5.3aLe pèlerinage (hajj)
Les rites de la 'umra : la visite en quatre actes
Sommaire
Tu arrives à La Mecque pour quelques jours, hors saison du hajj. On te dit : « fais une ’umra ». Quatre actes suffisent : se sacraliser, tourner autour de la Maison, courir entre les deux collines, raser ou raccourcir. Chacun a son lieu et sa règle. Voici la ’umra pas à pas, telle que le rite malikite l’ordonne.
Ce qu’est la ’umra
La ’umra (العمرة, la visite) est le petit pèlerinage : les mêmes gestes que le début du hajj, resserrés en quelques heures. Le Coran lie les deux dans un même commandement :
« وَأَتِمُّوا الْحَجَّ وَالْعُمْرَةَ لِلَّهِ » wa-atimmû-l-ḥajja wa-l-’umrata li-Llâh « Et accomplissez pour Allah le pèlerinage et la ’umra. » (Coran 2:196, traduction du sens de Hamidullah)
Chez les malikites, elle n’est pas une obligation au sens strict : le matn de Khalîl la pose comme sunna, « وسنت العمرة مرة » (wa-sunnata-l-’umrati marratan, « et la ’umra est une sunna, une fois »). La Risâla d’Ibn Abî Zayd précise le degré : « والعمرة سنة مؤكدة مرة في العمر » (wa-l-’umratu sunnatun mu’akkadatun marratan fî-l-’umr, « la ’umra est une sunna confirmée, une fois dans la vie »). Et la parole de Mâlik rapportée dans la Mudawwana serre encore l’écrou : « العمرة سنة واجبة كالوتر لا ينبغي تركها » (al-’umratu sunnatun wâjibatun ka-l-witri lâ yanbaghî tarkuhâ, « la ’umra est une sunna obligée comme le witr, il ne convient pas de la laisser », Mudawwana 2/374). Le witr étant, dans l’école, la prière de la nuit qui ne se délaisse pas, la comparaison fait son poids.
D’autres écoles la tiennent pour un devoir ferme : chaféites et hanbalites la disent « فرض عين في العمر مرة واحدة كالحج » (farḍa ’aynin fî-l-’umri marratan wâḥidatan ka-l-ḥajj, un devoir personnel, une seule fois dans la vie comme le hajj). Le Prophète ﷺ lui-même, questionné sur son caractère obligatoire, répondit :
« سُئِلَ عَنِ الْعُمْرَةِ أَوَاجِبَةٌ هِيَ قَالَ لاَ وَأَنْ تَعْتَمِرُوا هُوَ أَفْضَلُ » su’ila ’ani-l-’umrati awâjibatun hiya qâla lâ wa-an ta’tamirû huwa afḍal « On l’interrogea sur la ‘umra : est-elle obligatoire ? Il dit : non, et l’accomplir est meilleur. » (Jâmi’ at-Tirmidhî, no 931)
La ligne malikite tient les deux bouts : pas de farḍ, mais une sunna qu’on ne délaisse pas.
Quand la faire
Le matn donne à la ’umra une liberté que le hajj n’a pas : « وصح للعمرة أبدا إلا لمحرم بحج فلتحلله » (wa-ṣaḥḥa li-l-‘umrati abadan illâ li-muḥrimin bi-ḥajjin fa-li-taḥallulihi, « elle est valide toujours, sauf pour celui qui est en iḥrâm de hajj, jusqu’à sa désacralisation »). Toute l’année, donc, y compris pendant les mois du hajj. Deux nuances seulement : elle est déconseillée sur les jours des rites du hajj eux-mêmes (« وكره بعدهما وقبل غروب الرابع », wa-kuriha ba’dahumâ wa-qabla ghurûbi-r-râbi’ : après ’Arafa et le Nahr, avant le coucher du quatrième jour), et al-Jazîrî note qu’on déconseille de la répéter deux fois dans la même année.
Un mois lui donne un prix particulier. À une femme des Ansâr (les Auxiliaires de Médine) qui n’avait pu suivre le cortège, le Prophète ﷺ promit :
« فَإِنَّ عُمْرَةً فِي رَمَضَانَ تَعْدِلُ حَجَّةً » fa-inna ’umratan fî ramaḍâna ta’dilu ḥajjatan « Une ’umra en Ramaḍân équivaut à un hajj. » (Ṣaḥîḥ al-Bukhârî, no 1782)
Équivaut en récompense, entendons bien : elle ne dispense pas qui doit le hajj de le faire.
Où se sacraliser
Premier cas : tu arrives de l’extérieur, exprès pour la ’umra. Tu prends iḥrâm aux mêmes mîqâts (les bornes d’entrée sur La Mecque) que le pèlerin du hajj, ceux de la leçon 5.1b.
Deuxième cas : tu es déjà à La Mecque, résident ou pèlerin installé qui veut refaire une ’umra. Là, la règle change : il faut sortir du territoire sacré. La Risâla : « لا يحرم منها من أراد أن يعتمر حتى يخرج إلى الحل » (lâ yuḥrimu minhâ man arâda an ya’tamira ḥattâ yakhruja ilâ-l-ḥill, « nul ne se sacralise pour elle sans sortir vers le territoire profane »). Le ḥill (الحل), c’est tout ce qui n’est pas le ḥaram. Pour le mecquois comme pour le qârin, le matn le nomme : « ولها وللقران : الحل والجعرانة أولى ثم التنعيم » (wa-lahâ wa-li-l-qirân : al-ḥillu, wa-l-Ji’irrânatu awlâ thumma-t-Tan’îm) : al-Ji’irrâna d’abord, puis at-Tan’îm.
Le précédent vient de ’Â’isha, qu’Allah l’agrée. En plein hajj de l’Adieu, le Prophète ﷺ ordonna à son frère ’Abd ar-Raḥmân :
« أَمَرَهُ أَنْ يُرْدِفَ عَائِشَةَ، وَيُعْمِرَهَا مِنَ التَّنْعِيمِ » amarahu an yurdifa ’Â’ishata wa-yu’mirahâ mina-t-Tan’îm « Il lui ordonna de faire monter ’Â’isha derrière lui et de la faire entrer en ’umra depuis Tan’îm. » (Ṣaḥîḥ al-Bukhârî, no 1784)
Si tu oublies de sortir et que tu fais ta ’umra ainsi : le matn impose de reprendre les deux rites, « وَإِنْ لَمْ يَخْرُجْ أَعَادَ طَوَافَهُ وَسَعْيَهُ بَعْدَهُ وأهدى إن حلق » (wa-in lam yakhruj a’âda ṭawâfahu wa-sa’yahu ba’dahu wa-ahdâ in ḥalaq, « s’il n’est pas sorti, il refait son tawaf et son sa’y après, et offre un hady (bête à offrir) s’il s’est rasé »). Le lieu compte autant que le geste.
La séquence, pas à pas
Premier acte : l’iḥrâm. Les deux pièces, la niyya dans le cœur (règle de la leçon 2.2), la talbiya qui répond. Pour qui entre à La Mecque, elle se dit jusqu’au tawaf ; le détail des interdits, lui, est celui de 5.1b.
Deuxième acte : le tawaf. Sept circuits, la Maison à gauche, deux rak’â à la station d’Ibrâhîm ensuite. Tout le détail (conditions, raml, alignements) est en 5.2a ; rien ne change pour la ’umra.
Troisième acte : le sa’y. Sept trajets entre Ṣafâ et Marwa, en commençant par Ṣafâ, avec la même condition qu’en 5.2a : un tawaf valide avant lui, l’intention de son caractère obligatoire.
Quatrième acte : sortir. L’homme rase ou raccourcit ; la rasade est meilleure, « والحلاق أفضل في الحج والعمرة » (wa-l-ḥilâqu afḍalu fî-l-ḥajji wa-l-‘umra), mais « التقصير يجزىء » (at-taqṣîru yujzi’, le raccourci suffit). La femme ne rase jamais : « وسنة المرأة التقصير » (wa-sunnatu-l-mar’ati-t-taqṣîr), la mesure d’une phalange (« قدر الأنملة », qadra-l-anmulah). Et c’est fini : « ثم يحلق رأسه وقد تمت عمرته » (thumma yaḥliqu ra’sahu wa-qad tammat ’umratuhu, « puis il rase sa tête, et sa ’umra est complète », Risâla). Les interdits de l’iḥrâm tombent, tu es désacralisé.
Ce qu’elle n’a pas
C’est là que la ’umra diffère du hajj, et la liste tient en une phrase : ni station de ’Arafa, ni nuit de Muzdalifa, ni lapidations de Minâ, ni regroupement des prières, ni tawaf de congé obligatoire. Al-Jazîrî ne lui compte que trois piliers : l’iḥrâm, le tawaf et le sa’y ; tout ce qui fait la longueur et la solennité du hajj en est absent. Ce qui reste est pur : la Maison, les deux collines, le cheveu coupé.
Autre différence, qui n’est pas de mécanique : elle se refait. Le Prophète ﷺ a dit :
« الْعُمْرَةُ إِلَى الْعُمْرَةِ كَفَّارَةٌ لِمَا بَيْنَهُمَا » al-’umratu ilâ-l-’umrati kaffâratun limâ baynahumâ « La ’umra jusqu’à la ’umra est expiation de ce qu’il y a entre elles. » (Ṣaḥîḥ al-Bukhârî, no 1773)
Le hajj ne se doit qu’une fois ; elle se laisse refaire à chaque passage.
Et ensuite
La ‘umra se suffit à elle-même quand tu la fais seule. Mais le plus souvent, le pèlerin du hajj la rencontre autrement : glissée dans le même voyage, avant ou avec le hajj. Trois montages existent pour ça (ifrâd, tamattu’, qirân) et ils changent qui doit un sacrifice. C’est l’objet de la leçon suivante. Retrouve tout le parcours sur le cours de fiqh et la rubrique le pèlerinage.
