5.3aLe pèlerinage (hajj)

Les rites de la 'umra : la visite en quatre actes

Volet 6 sur 12 · Le pèlerinage (hajj)

Sommaire

Tu arrives à La Mecque pour quelques jours, hors saison du hajj. On te dit : « fais une ’umra ». Quatre actes suffisent : se sacraliser, tourner autour de la Maison, courir entre les deux collines, raser ou raccourcir. Chacun a son lieu et sa règle. Voici la ’umra pas à pas, telle que le rite malikite l’ordonne.

Ce qu’est la ’umra

La ’umra (العمرة, la visite) est le petit pèlerinage : les mêmes gestes que le début du hajj, resserrés en quelques heures. Le Coran lie les deux dans un même commandement :

« وَأَتِمُّوا الْحَجَّ وَالْعُمْرَةَ لِلَّهِ » wa-atimmû-l-ḥajja wa-l-’umrata li-Llâh « Et accomplissez pour Allah le pèlerinage et la ’umra. » (Coran 2:196, traduction du sens de Hamidullah)

Chez les malikites, elle n’est pas une obligation au sens strict : le matn de Khalîl la pose comme sunna, « وسنت العمرة مرة » (wa-sunnata-l-’umrati marratan, « et la ’umra est une sunna, une fois »). La Risâla d’Ibn Abî Zayd précise le degré : « والعمرة سنة مؤكدة مرة في العمر » (wa-l-’umratu sunnatun mu’akkadatun marratan fî-l-’umr, « la ’umra est une sunna confirmée, une fois dans la vie »). Et la parole de Mâlik rapportée dans la Mudawwana serre encore l’écrou : « العمرة سنة واجبة كالوتر لا ينبغي تركها » (al-’umratu sunnatun wâjibatun ka-l-witri lâ yanbaghî tarkuhâ, « la ’umra est une sunna obligée comme le witr, il ne convient pas de la laisser », Mudawwana 2/374). Le witr étant, dans l’école, la prière de la nuit qui ne se délaisse pas, la comparaison fait son poids.

D’autres écoles la tiennent pour un devoir ferme : chaféites et hanbalites la disent « فرض عين في العمر مرة واحدة كالحج » (farḍa ’aynin fî-l-’umri marratan wâḥidatan ka-l-ḥajj, un devoir personnel, une seule fois dans la vie comme le hajj). Le Prophète ﷺ lui-même, questionné sur son caractère obligatoire, répondit :

« سُئِلَ عَنِ الْعُمْرَةِ أَوَاجِبَةٌ هِيَ قَالَ لاَ وَأَنْ تَعْتَمِرُوا هُوَ أَفْضَلُ » su’ila ’ani-l-’umrati awâjibatun hiya qâla lâ wa-an ta’tamirû huwa afḍal « On l’interrogea sur la ‘umra : est-elle obligatoire ? Il dit : non, et l’accomplir est meilleur. » (Jâmi’ at-Tirmidhî, no 931)

La ligne malikite tient les deux bouts : pas de farḍ, mais une sunna qu’on ne délaisse pas.

Quand la faire

Le matn donne à la ’umra une liberté que le hajj n’a pas : « وصح للعمرة أبدا إلا لمحرم بحج فلتحلله » (wa-ṣaḥḥa li-l-‘umrati abadan illâ li-muḥrimin bi-ḥajjin fa-li-taḥallulihi, « elle est valide toujours, sauf pour celui qui est en iḥrâm de hajj, jusqu’à sa désacralisation »). Toute l’année, donc, y compris pendant les mois du hajj. Deux nuances seulement : elle est déconseillée sur les jours des rites du hajj eux-mêmes (« وكره بعدهما وقبل غروب الرابع », wa-kuriha ba’dahumâ wa-qabla ghurûbi-r-râbi’ : après ’Arafa et le Nahr, avant le coucher du quatrième jour), et al-Jazîrî note qu’on déconseille de la répéter deux fois dans la même année.

Un mois lui donne un prix particulier. À une femme des Ansâr (les Auxiliaires de Médine) qui n’avait pu suivre le cortège, le Prophète ﷺ promit :

« فَإِنَّ عُمْرَةً فِي رَمَضَانَ تَعْدِلُ حَجَّةً » fa-inna ’umratan fî ramaḍâna ta’dilu ḥajjatan « Une ’umra en Ramaḍân équivaut à un hajj. » (Ṣaḥîḥ al-Bukhârî, no 1782)

Équivaut en récompense, entendons bien : elle ne dispense pas qui doit le hajj de le faire.

Où se sacraliser

Premier cas : tu arrives de l’extérieur, exprès pour la ’umra. Tu prends iḥrâm aux mêmes mîqâts (les bornes d’entrée sur La Mecque) que le pèlerin du hajj, ceux de la leçon 5.1b.

Deuxième cas : tu es déjà à La Mecque, résident ou pèlerin installé qui veut refaire une ’umra. Là, la règle change : il faut sortir du territoire sacré. La Risâla : « لا يحرم منها من أراد أن يعتمر حتى يخرج إلى الحل » (lâ yuḥrimu minhâ man arâda an ya’tamira ḥattâ yakhruja ilâ-l-ḥill, « nul ne se sacralise pour elle sans sortir vers le territoire profane »). Le ḥill (الحل), c’est tout ce qui n’est pas le ḥaram. Pour le mecquois comme pour le qârin, le matn le nomme : « ولها وللقران : الحل والجعرانة أولى ثم التنعيم » (wa-lahâ wa-li-l-qirân : al-ḥillu, wa-l-Ji’irrânatu awlâ thumma-t-Tan’îm) : al-Ji’irrâna d’abord, puis at-Tan’îm.

Le précédent vient de ’Â’isha, qu’Allah l’agrée. En plein hajj de l’Adieu, le Prophète ﷺ ordonna à son frère ’Abd ar-Raḥmân :

« أَمَرَهُ أَنْ يُرْدِفَ عَائِشَةَ، وَيُعْمِرَهَا مِنَ التَّنْعِيمِ » amarahu an yurdifa ’Â’ishata wa-yu’mirahâ mina-t-Tan’îm « Il lui ordonna de faire monter ’Â’isha derrière lui et de la faire entrer en ’umra depuis Tan’îm. » (Ṣaḥîḥ al-Bukhârî, no 1784)

Si tu oublies de sortir et que tu fais ta ’umra ainsi : le matn impose de reprendre les deux rites, « وَإِنْ لَمْ يَخْرُجْ أَعَادَ طَوَافَهُ وَسَعْيَهُ بَعْدَهُ وأهدى إن حلق » (wa-in lam yakhruj a’âda ṭawâfahu wa-sa’yahu ba’dahu wa-ahdâ in ḥalaq, « s’il n’est pas sorti, il refait son tawaf et son sa’y après, et offre un hady (bête à offrir) s’il s’est rasé »). Le lieu compte autant que le geste.

La séquence, pas à pas

Premier acte : l’iḥrâm. Les deux pièces, la niyya dans le cœur (règle de la leçon 2.2), la talbiya qui répond. Pour qui entre à La Mecque, elle se dit jusqu’au tawaf ; le détail des interdits, lui, est celui de 5.1b.

Deuxième acte : le tawaf. Sept circuits, la Maison à gauche, deux rak’â à la station d’Ibrâhîm ensuite. Tout le détail (conditions, raml, alignements) est en 5.2a ; rien ne change pour la ’umra.

Troisième acte : le sa’y. Sept trajets entre Ṣafâ et Marwa, en commençant par Ṣafâ, avec la même condition qu’en 5.2a : un tawaf valide avant lui, l’intention de son caractère obligatoire.

Quatrième acte : sortir. L’homme rase ou raccourcit ; la rasade est meilleure, « والحلاق أفضل في الحج والعمرة » (wa-l-ḥilâqu afḍalu fî-l-ḥajji wa-l-‘umra), mais « التقصير يجزىء » (at-taqṣîru yujzi’, le raccourci suffit). La femme ne rase jamais : « وسنة المرأة التقصير » (wa-sunnatu-l-mar’ati-t-taqṣîr), la mesure d’une phalange (« قدر الأنملة », qadra-l-anmulah). Et c’est fini : « ثم يحلق رأسه وقد تمت عمرته » (thumma yaḥliqu ra’sahu wa-qad tammat ’umratuhu, « puis il rase sa tête, et sa ’umra est complète », Risâla). Les interdits de l’iḥrâm tombent, tu es désacralisé.

Ce qu’elle n’a pas

C’est là que la ’umra diffère du hajj, et la liste tient en une phrase : ni station de ’Arafa, ni nuit de Muzdalifa, ni lapidations de Minâ, ni regroupement des prières, ni tawaf de congé obligatoire. Al-Jazîrî ne lui compte que trois piliers : l’iḥrâm, le tawaf et le sa’y ; tout ce qui fait la longueur et la solennité du hajj en est absent. Ce qui reste est pur : la Maison, les deux collines, le cheveu coupé.

Autre différence, qui n’est pas de mécanique : elle se refait. Le Prophète ﷺ a dit :

« الْعُمْرَةُ إِلَى الْعُمْرَةِ كَفَّارَةٌ لِمَا بَيْنَهُمَا » al-’umratu ilâ-l-’umrati kaffâratun limâ baynahumâ « La ’umra jusqu’à la ’umra est expiation de ce qu’il y a entre elles. » (Ṣaḥîḥ al-Bukhârî, no 1773)

Le hajj ne se doit qu’une fois ; elle se laisse refaire à chaque passage.

Et ensuite

La ‘umra se suffit à elle-même quand tu la fais seule. Mais le plus souvent, le pèlerin du hajj la rencontre autrement : glissée dans le même voyage, avant ou avec le hajj. Trois montages existent pour ça (ifrâd, tamattu’, qirân) et ils changent qui doit un sacrifice. C’est l’objet de la leçon suivante. Retrouve tout le parcours sur le cours de fiqh et la rubrique le pèlerinage.

Vérifiez votre compréhension

Question 1 sur 8 Chez les malikites, quel est le statut de la 'umra ?
Une sunna confirmée, une fois dans la vie

Le matn de Khalîl pose « وسنت العمرة مرة » (*sunnata-l-'umrati marratan*) et la Risâla « سنة مؤكدة مرة في العمر » (*sunnatun mu'akkadatun marratan fî-l-'umr*, une sunna confirmée, une fois dans la vie). Mâlik va jusqu'à la comparer au witr : « سنة واجبة كالوتر » (*sunnatun wâjibatun ka-l-witr*), qu'il ne convient pas de laisser. Chaféites et hanbalites la tiennent pour farḍ.

Une obligation (farḍ) au même titre que le hajj

C'est l'avis des chaféites et des hanbalites (« فرض عين في العمر مرة واحدة كالحج », *farḍa 'aynin fî-l-'umri marratan wâḥidatan ka-l-ḥajj*, un devoir une seule fois dans la vie comme le hajj), pas celui des malikites ni des hanafites, qui la classent sunna confirmée.

Une pratique facultative sans poids particulier

Le terme malikite est « سنة مؤكدة » (*sunnatun mu'akkadah*, sunna confirmée) et Mâlik dit « لا ينبغي تركها » (*lâ yanbaghî tarkuhâ*, il ne convient pas de la laisser). Ce n'est pas un libre choix négligeable.

Question 2 sur 8 Tu habites à La Mecque et veux faire une 'umra. D'où te sacralises-tu ?
De chez toi, à La Mecque même

Non : la Risâla pose « لا يحرم منها من أراد أن يعتمر حتى يخرج إلى الحل » (*lâ yuḥrimu minhâ man arâda an ya'tamira ḥattâ yakhruja ilâ-l-ḥill*). Qui veut la 'umra sort au territoire profane ; celui qui oublie refait tawaf et sa'y, et doit un hady s'il s'est rasé.

Au mîqât de ton pays d'origine

Les mîqâts valent pour qui entre à La Mecque de l'extérieur. Qui y est déjà, résident ou arrivant installé, sort au ḥill le plus proche ; le mîqât géographique n'est pas son repère pour la 'umra.

Du ḥill, de préférence al-Ji'irrâna puis at-Tan'îm

Le matn ordonne le ḥill (الحل, le territoire non sacré) : « ولها وللقران : الحل والجعرانة أولى ثم التنعيم » (*wa-lahâ wa-li-l-qirân : al-ḥillu, wa-l-Ji'irrânatu awlâ thumma-t-Tan'îm*). Le précédent est 'Â'isha, envoyée par le Prophète ﷺ à Tan'îm (Bukhârî 1784).

Question 3 sur 8 Dans quel ordre se déroule la 'umra ?
Sa'y, tawaf, puis rasade

Le sa'y exige un tawaf valide avant lui (« وصحته بتقدم طواف », *ṣiḥḥatuhu bi-taqaddumi ṭawâfin*, sa validité tient à un tawaf qui le précède, leçon 5.2a). Inverser les deux rend le sa'y à reprendre.

Iḥrâm, tawaf, sa'y, puis rasade ou raccourci

C'est la séquence de la Risâla : iḥrâm, sept circuits, deux rak'â, sept trajets entre Ṣafâ et Marwa, puis « ثم يحلق رأسه وقد تمت عمرته » (*thumma yaḥliqu ra'sahu wa-qad tammat 'umratuhu*, il rase sa tête et sa 'umra est complète).

Iḥrâm, rasade, tawaf, sa'y

La rasade est le geste de sortie (taḥallul) : elle vient en dernier, après le sa'y. Raser avant les rites reviendrait à se désacraliser avant de les avoir accomplis.

Question 4 sur 8 Que fait la femme pour sortir de sa 'umra ?
Elle rase sa tête comme l'homme

Jamais de rasade pour la femme : la règle est le taqṣîr, pas le ḥalq.

Elle coupe une mèche entière des deux côtés

La mesure est précise et modeste : « قدر الأنملة » (*qadra-l-anmulah*, la longueur d'une phalange), pas une mèche.

Elle raccourcit de la longueur d'une phalange

« وسنة المرأة التقصير » (*wa-sunnatu-l-mar'ati-t-taqṣîr*, la sunna de la femme est le raccourci) dit la Risâla, et le matn fixe la mesure : « تأخذ قدر الأنملة » (*ta'khudhu qadra-l-anmulah*).

Question 5 sur 8 Laquelle de ces choses la 'umra n'a pas ?
Le tawaf autour de la Ka'ba

Le tawaf est le cœur de la 'umra, sept circuits comme dans le hajj.

La station de 'Arafa

La 'umra n'a ni wuqûf de 'Arafa, ni nuit de Muzdalifa, ni lapidations, ni jam' des prières, ni tawaf de congé obligatoire (al-Jazîrî). C'est ce qui la rend courte : elle tient en quelques heures.

Le sa'y entre Ṣafâ et Marwa

Les sept trajets font partie de la 'umra autant que du hajj.

Question 6 sur 8 Quand la 'umra est-elle valide dans l'année ?
Uniquement en dehors des mois du hajj

Non : elle reste valide en tout temps, y compris en Shawwâl ou Dhû-l-qa'da ; seul celui qui est déjà en iḥrâm de hajj attend d'être désacralisé.

En tout temps, sauf pour qui est déjà sacralisé pour le hajj

« وصح للعمرة أبدا إلا لمحرم بحج فلتحلله » (*wa-ṣaḥḥa li-l-'umrati abadan illâ li-muḥrimin bi-ḥajjin fa-li-taḥallulihi*) : valide toujours, sauf pour le muḥrim de hajj jusqu'à sa désacralisation. Elle est seulement déconseillée les jours des rites du hajj.

Seulement pendant le mois de Ramaḍân

Le mois de Ramaḍân la rend plus méritoire (« عمرة في رمضان تعدل حجة », *'umratan fî Ramaḍâna ta'dilu ḥajjatan*, « une 'umra en Ramaḍân vaut un hajj », Bukhârî 1782), il n'est pas sa condition.

Question 7 sur 8 Que dit le hadith sur une 'umra accomplie en Ramaḍân ?
Qu'elle est interdite ce mois-là

Rien n'interdit la 'umra en Ramaḍân ; au contraire le hadith y attache un mérite immense.

Qu'elle dispense de faire le hajj

Le hadith parle de valeur (تعدل, elle équivaut), pas d'acquittement du devoir : l'obligation du hajj reste due par celui qui en a la capacité.

Qu'elle vaut un hajj en récompense

« فَإِنَّ عُمْرَةً فِي رَمَضَانَ تَعْدِلُ حَجَّةً » (*fa-inna 'umratan fî ramaḍâna ta'dilu ḥajjatan*), dit le Prophète ﷺ à une Ansârite (Bukhârî 1782). C'est une promesse de récompense, pas une substitution juridique : qui doit le hajj le doit encore.

Question 8 sur 8 Un Mecquois fait sa 'umra sans sortir au ḥill. Que dit le matn ?
Sa 'umra est valide : l'iḥrâm de chez soi suffit

Le matn ne la casse pas entièrement, mais impose de refaire les deux rites : sortir au ḥill est une condition du lieu, pas un simple ornement.

Il refait tawaf et sa'y, et doit un hady s'il s'est rasé

« وَإِنْ لَمْ يَخْرُجْ أَعَادَ طَوَافَهُ وَسَعْيَهُ بَعْدَهُ وأهدى إن حلق » (*wa-in lam yakhruj a'âda ṭawâfahu wa-sa'yahu ba'dahu wa-ahdâ in ḥalaq*) : il reprend le tawaf et le sa'y, et s'il s'était rasé, un hady (une bête à offrir) est dû.

Son iḥrâm est caduc, il doit tout recommencer à zéro

La règle est plus fine : l'iḥrâm tient, mais tawaf et sa'y faits sans la sortie au ḥill se reprennent après elle.