La lapidation, le sacrifice et la sortie des rites
· 20 octobre 2026 · 6 min de lecture · quiz ≈ 8 min
Volet 5 sur 12 · Le pèlerinage (hajj)
Sommaire
Le matin du 10 dhû-l-ḥijja, le cortège descendu de Muzdalifa entre à Minâ et enchaîne les quatre gestes du jour du Nahr : le jet de la jamra de ’Aqaba, le sacrifice pour qui le doit, la rasade, puis le retour à la Maison pour l’ifâda. Leur ordre sunna, leurs fenêtres et le moment où tout redevient licite : c’est ce jour, puis les jours de tashrîq, et enfin le tawaf des adieux.
Premier geste à l’arrivée : le ramy (الرمي, le jet) de la jamrat al-’Aqaba, la stèle la plus proche de La Mecque. Sept petits cailloux, un takbîr à chacun. Le matn le pose net : « ورميه العقبة حين وصوله » (wa-ramyuhu al-’Aqabata ḥîna wuṣûlihi), « وتكبيره مع كل حصاة » (wa-takbîruhu ma’a kulli ḥaṣâh). La Risâla précise la munition : « بسبع حصيات مثل حصى الخذف » (bi-sab’i ḥaṣayâtin mithla ḥaṣâ-l-khadhf, « sept cailloux comme la menue pierre des frondes »), des graviers, pas des pierres.
Ibn ’Umar le faisait ainsi : sept cailloux, takbîr après chaque jet, et il lançait la ‘Aqaba depuis le fond du vallon ; il stationnait pour un long du’â’ face à la qibla après les deux autres jamarât, jamais après ’Aqaba (Bukhârî, no 1751). Le jour du Nahr, cette seule jamra est lancée ; les trois viendront les jours suivants.
Le sacrifice et la rasade
Pour qui doit un hady (هدي, l’animal offert), la bête est égorgée à Minâ, avant le zawâl (matn : « وذبح قبل الزوال », wa-dhabḥun qabla aẓ-ẓawâl). Qui doit un hady, pour quelles bêtes et dans quels modes de hajj : c’est l’objet du cours 5.3 du module « Le pèlerinage », consacré à l’’umra et aux trois modes.
Puis les cheveux. L’homme se rase la tête (« ثم حلقه », thumma ḥalqahu), la rasade étant meilleure, dit la Risâla (« الحلاق أفضل », al-ḥallâqu afdal) ; le raccourci suffit (والتقصير مجز). La femme ne rase jamais : elle prend un bout de cheveu de la taille d’une phalange (« وهو سنة المرأة : تأخذ قدر الأنملة », wa-huwa sunnatu-l-mar’ati : ta’khudhu qadra-l-anâmil).
Le premier taḥallul : presque tout redevient licite
Dès le jet de ’Aqaba accompli, le premier taḥallul (التحلل, la désacralisation) s’ouvre : les interdits de l’iḥrâm tombent sauf les rapports conjugaux et la chasse. Le matn : « وَحَلَّ بِهَا غَيْرَ نِسَاءٍ وَصَيْدٍ » (wa-ḥalla bihâ ghayra nisâ’in wa-ṣayd, « il est désacralisé par elle, sauf femmes et chasse »). Les habits cousus, le parfum, la tête couverte redeviennent licites dès cette heure.
L’ifâda : le tawaf qui clôt le hajj
Reste le retour à la Maison : le tawaf al-ifâda (طواف الإفاضة, le tawaf de la déferlante), nommé pour la foule qui se jette vers la Ka’ba. Al-Jazîrî le range parmi les piliers du hajj. Une fois fait, « وحل به ما بقي إن حلق » (wa-ḥalla bihi mâ baqiya in ḥalaq, « et le reste devient licite par lui s’il s’est rasé ») : le taḥallul complet suppose les deux, l’ifâda et la rasade ; alors tout redevient licite, y compris l’intimité.
L’ordre des actes : sunna et souplesse
L’ordre idéal : jet, sacrifice, rasade, ifâda. Le madhhab connaît la vie des caravanes : qui égorge avant le jet, cela suffit sans compensation, dit le rapport de Mâlik cité par le matn : « من ذبح قبل الرمي… أجزأه ولا دم عليه » (man dhabaḥa qabla r-ramy… ajza’ahu wa-lâ dama ’alayh, Tâj wa-l-Iklîl 3/131). Le matn tolère aussi d’avancer la rasade ou l’ifâda sur le jet, hors cas particuliers (وتقديم الحلق أو الإفاضة على الرمي لا إن خالف في غير). Dans la foule réelle, l’ordre se plie sans que le rite se casse.
Les jours de Minâ : nuits et cailloux
Les jours de tashrîq (أيام التشريق, les 11, 12 et 13) se vivent à Minâ. Deux obligations :
Les nuits. La présence nocturne à Minâ est exigée : « وإن ترك جل ليلة فدم » (wa-in taraka julla laylatin fa-dam, « s’il laisse la majeure partie d’une nuit, le dam »). Qui part avant le coucher du deuxième jour voit tomber sa nuit et son jet du troisième : c’est le cas du départ pressé.
Les jets. Chaque jour, les trois jamarât reçoivent chacune sept cailloux, dans l’ordre : la petite, la moyenne, puis ’Aqaba, du zawâl au coucher (« ورمي كل يوم الثلاث وختم بالعقبة من الزوال للغروب », wa-ramyu kulla yawmin ath-thalâtha wa-khatma bi-l-‘Aqabati mina z-ẓawâli li-l-ghurûb). Après la première et la deuxième, on stationne pour le du’â’ ; pas après ’Aqaba, où l’on s’en va (Risâla : « ولا يقف عند جمرة العقبة ولينصرف »). Qui ne peut pas lancer, enfant ou incapable, mandate : « ويستنيب فيتحرى وقت الرمي ويكبر » (wa-yastanîbu fa-yataḥarrâ waqta r-ramyi wa-yukabbir, « il mandate quelqu’un qui veille l’heure du jet et fait le takbîr »).
Le départ : ta’ajjul et tawaf des adieux
Le Coran lui-même prévoit le départ pressé :
« فَمَن تَعَجَّلَ فِى يَوْمَيْنِ فَلَآ إِثْمَ عَلَيْهِ وَمَن تَأَخَّرَ فَلَآ إِثْمَ عَلَيْهِ »
fa-man ta’ajjala fî yawmayni fa-lâ ithma ’alayhi wa-man ta’akhkhara fa-lâ ithma ’alayh
« Qui se hâte en deux jours n’a pas de péché, et qui tarde n’a pas de péché. » (Coran 2:203, traduction du sens de Hamidullah)
Le ta’ajjul (التعجل, la hâte) : qui quitte Minâ avant le coucher du deuxième jour de tashrîq voit le troisième jour tomber, nuits et jets compris (matn : « أو ليلتين إن تعجل », aw laylatayni in ta’ajjal).
Puis le dernier geste avant de quitter La Mecque : le tawaf al-wadâ’, le tawaf de l’adieu. Il incombe à qui part loin : le matn oppose al-Juḥfa, station lointaine, à at-Tan’îm, porte de la ville (« إن خرج لكالجحفة لا كالتنعيم », in kharaja li-ka-l-Juḥfati lâ ka-t-Tan’îm) ; un séjour diurne en ville l’annule, sauf nécessité légère. La femme en ḥayḍ ou nifâs n’a pas à l’attendre : « وحبس الكري والولي لحيض أو نفاس » (wa-ḥabsu-l-kirîya wa-l-waliyya li-ḥayḍin aw nifâs, « retenir la bête louée ou le groupe pour une ḥayḍ ou des lochies tombe »). Le cas qui a fixé la règle :
« أَحَابِسَتُنَا هِيَ » a-ḥâbisatunâ hiya ; « فَلاَ إِذًا » fa-lâ idhan
« Nous retient-elle ? », demanda le Prophète ﷺ quand Ṣafiyya eut ses règles ; on lui dit qu’elle avait déjà fait l’ifâda : « Alors non. » (Bukhârî, no 1757 ; et le principe général : « لاَ يَنْفِرَنَّ أَحَدٌ حَتَّى يَكُونَ آخِرُ عَهْدِهِ بِالْبَيْتِ », « que nul ne parte avant que son dernier engagement soit la Maison », Ṣaḥîḥ Muslim, no 1327)
Elle attendait déjà pour l’ifâda, que les règles ne dispensent pas, mais pas pour l’adieu.
Le hajj, en une trajectoire
Iḥrâm au mîqât, tawaf et sa’y, la nuit de Minâ, le jour de ’Arafa, la descente de Muzdalifa, les cailloux, le sacrifice, la rasade, la Maison deux fois encore, puis l’adieu. Chaque geste a sa fenêtre et sa souplesse. Les erreurs fréquentes et leurs compensations relèvent du cours 5.4 ; les modes du hajj et la ’umra, du cours 5.3 ; et la visite de Médine, du cours 5.5. Vue d’ensemble : le Cours de fiqh et tout le module « Le pèlerinage ».