· 20 octobre 2026 · 6 min de lecture · quiz ≈ 8 min
Volet 3 sur 12 · Le pèlerinage (hajj)
Sommaire
Le pèlerin entre dans les rites par deux gestes : le tawaf, les sept tours de la Ka’ba, et le sa’y, les sept trajets entre les deux petites collines de Ṣafâ et Marwa. Voici le geste exact, ses conditions et les cas réels qui reviennent le plus souvent : la foule, l’interruption, la fatigue.
Cette leçon suppose acquise la précédente : le pèlerin est déjà en iḥrâm quand il arrive devant la Maison (L’iḥrâm et ses interdits).
Le tawaf : sept tours, la Maison à gauche
Le tawaf (الطواف, aṭ-ṭawâf, la circumambulation) consiste à faire sept circuits de la Ka’ba, la Maison sur la gauche du marcheur. Le matn le pose en quatre mots : « ثم الطواف لهما سبعا » (thumma aṭ-ṭawâfu lahumâ sab’an, « puis le tawaf pour les deux rites : sept »), et fixe le sens de la marche : « وجعل البيت عن يساره » (wa-yaj’alu-l-bayta ’an yasârihi, « la Maison se tenant à sa gauche »). Chaque circuit commence et finit à la Pierre noire ; passer les quatre coins fait un circuit.
Le Coran nomme ce geste dans le déroulé du pèlerinage :
« وَلْيَطَّوَّفُوا بِالْبَيْتِ الْعَتِيقِ »
wa-l-yaṭṭawwafû bi-l-bayti-l-’atîq
« Qu’ils fassent les circuits autour de la Maison antique. » (Coran 22:29, traduction du sens de Hamidullah)
Ce qui le tient : les conditions
Quatre conditions le fondent dans le madhhab malikite.
La pureté rituelle. Le matn exige le tawaf « بالطهرين والستر » (bi-ṭ-ṭâhirîna wa-s-satr, « dans l’état de pureté et de pudeur ») : sans wudu’, il ne compte pas, et le petit hadath qui survient en cours le casse (« وبطل بحدث », wa-baṭala bi-ḥadath). La règle du wudu’ reste celle de la leçon 1.3a.
Le lieu. Le tawaf se fait à l’intérieur de la mosquée sacrée, le corps entièrement hors de la Maison : ni sur la base surélevée qui l’entoure (le shadharwân), ni dans le demi-cercle du ḥijr qui fait partie d’elle. Six coudées du ḥijr sont comprises dans la Maison : tourner dedans, c’est marcher dans la Maison, pas autour.
La continuité. Les sept tours s’enchaînent (الموالاة, al-muwâlâ). La vie réelle est prévue : interrompu par une prière funéraire, une nécessité ou l’oubli d’un bout, on reprend depuis le début (ابتدأ, ibtada’a, « il recommence »). Cassé par le petit hadath, on se purifie puis on reprend selon le cas ; le matn distingue celui qui saignait ou apprenait une souillure (بنى, banâ, « il reprend ») de celui qui refait entièrement.
Le point de départ. Chaque tawaf s’ouvre aligné sur la Pierre noire ; s’il est interrompu pour une funéraille ou une nécessité, il se reprend depuis le début, sans que le rite soit perdu.
Les gestes : salut, raml, deux rak’a
À chaque passage devant la Pierre noire, le geste est de la saluer : le baiser si on peut l’atteindre (« تقبيل حجر بفم », taqbîl ḥajarin bi-fam), la toucher de la main si la foule l’interdit, et le matn descend jusqu’au dernier degré : « وللزحمة لمس بيد ثم عود » (wa-li-z-zaḥmati lamsun bi-yadin thumma ’ûd, « pour la cohue : toucher de la main, puis avec un bâton »). Le coin yéménite, lui, se touche à la main mais ne se baise pas, dit la Risâla (« ولا يستلم الركن اليماني بفيه ولكن بيده », wa-lâ yastalimu r-rukna-l-yamâniyya bi-fîhi wa-lâkin bi-yadih).
Dans les trois premiers circuits, l’homme garde un pas accéléré : le raml (الرمل), « ورمل رجل في الثلاثة الأول » (wa-raml rajulin fî-th-thalâthati-l-ûlâ, « et la cadence soutenue pour l’homme dans les trois premiers »), y compris pour celui qui porte un malade ou un enfant. La femme ne le fait pas.
Après le septième tour, deux rak’a près du Maqâm d’Ibrâhîm (« ركعتيه بالقرب », rak’atayhi bi-l-qurb). Leur statut exact, le matn le consigne comme discuté : « وفي سنية ركعتي الطواف ووجوبهما : تردد » (taraddud, hésitation entre sunna et devoir). Puis le pèlerin boit de l’eau de zamzam, dont le matn recommande l’abondance et le fait d’en rapporter chez soi (وكثرة شرب ماء زمزم ونقله).
Le sa’y : sept trajets entre Ṣafâ et Marwa
Du tawaf, on sort vers la colline de Ṣafâ. Le Coran nomme les deux monts :
« إِنَّ الصَّفَا وَالْمَرْوَةَ مِن شَعَائِرِ اللَّهِ »
inna aṣ-Ṣafâ wa-l-Marwata min sha’â’iri-llâh
« Ṣafâ et Marwa sont vraiment parmi les lieux sacrés d’Allah. » (Coran 2:158, traduction du sens de Hamidullah)
Le sa’y (السعي, la course) est de sept trajets entre les deux collines : « ثم السعي سبعا بين الصفا والمروة » (thumma s-sa’yu sab’an bayna aṣ-Ṣafâ wa-l-Marwati). On débute à Ṣafâ : le départ compte un trajet, le retour en compte un (« منه البدء مرة والعود أخرى », minhu-l-bad’u marratan wa-l-’awdu ukhrâ). On finit donc à Marwa. Sur chacun des deux monts, on s’arrête debout pour invoquer : la Risâla compte quatre stations à Ṣafâ et quatre à Marwa.
Dans le bas de la galerie, entre deux repères verts, l’homme accélère : « وإسراع بين الأخضرين فوق الرمل » (wa-isrâ’un bayna-l-akhḍarayni fawqa r-raml, « et la hâte entre les deux repères verts, au-dessus du sol »). La femme ne court pas, précise al-Jazîrî : « المرأة لا تهرول » (al-mar’atu lâ tahrul).
Deux conditions. Le sa’y n’est valide qu’après un tawaf valide et avec l’intention de son caractère obligatoire : « وصحته بتقدم طواف ونوى فرضيته » (wa-ṣiḥḥatuhu bi-taqaddumi ṭawâfin wa-yanwiya farḍiyyatahu). Le sa’y fait avant le tawaf se reprend après lui ; l’ordre des rites n’est pas une simple habitude, il conditionne leur validité. L’intention suit la règle de la leçon 2.2.
Cas réels de foule et de faiblesse
Le matn prévoit la cohue du hajj : les galeries supérieures de la mosquée valent pour le tawaf quand la foule l’exige, sinon le tawaf s’y refait (« وجاز بسقائف لزحمة وإلا أعاد », wa-jâza bi-saqâ’ifa li-zaḥmatin wa-illâ a’âd). La Pierre se salue à distance quand la main ne passe plus.
Dernière asymétrie utile : le sa’y porté compte pour le porteur et pour le porté (« وأجزأ السعي عنهما : كمحمولين فيهما », wa-ujzi’a s-sa’yu ’anhumâ : ka-maḥmûlayni fîhimâ, « comme deux portés »), alors qu’un tawaf fait en portant quelqu’un ne compte ni pour lui ni pour soi si le porteur ne le visait pas pour lui-même. Le sa’y des fauteuils roulants, dans la galerie d’aujourd’hui, est la suite directe de cette règle.
Le récit qui a fixé les gestes
Les gestes enseignés ici viennent d’un seul jour : le pèlerinage de l’Adieu, rapporté par Jâbir ibn ’Abdallah (Ṣaḥîḥ Muslim, no 1218a). Devant les siens, le Prophète ﷺ a fait le rite en entier et a dit, monté sur sa monture le jour du Nahr :
« لِتَأْخُذُوا مَنَاسِكَكُمْ فَإِنِّي لاَ أَدْرِي لَعَلِّي لاَ أَحُجُّ بَعْدَ حَجَّتِي هَذِهِ »
li-ta’khudhû manâsikakum fa-innî lâ adrî la’allî lâ aḥujju ba’da ḥajjatî hâdhihi
« Pour que vous preniez de moi vos rites : je ne sais pas, je ne ferai peut-être plus de hajj après celui-ci. » (Ṣaḥîḥ Muslim, no 1297)
Le détail des gestes est donc hérité, pas improvisé : ce que le pèlerin d’aujourd’hui refait est ce que les premiers ont vu.
Et ensuite
Tawaf et sa’y accomplis, le pèlerin attend le 8 dhû-l-ḥijja : le jour de tarwiya, le départ pour Minâ puis ’Arafa. La suite dans la leçon suivante, « ’Arafat, Muzdalifa et Minâ ». Vue d’ensemble du parcours : la page du Cours de fiqh et le pôle Le pèlerinage.