5.2aLe pèlerinage (hajj)

Le tawaf et le sa'y : les deux premiers rites

Volet 3 sur 12 · Le pèlerinage (hajj)

Sommaire

Le pèlerin entre dans les rites par deux gestes : le tawaf, les sept tours de la Ka’ba, et le sa’y, les sept trajets entre les deux petites collines de Ṣafâ et Marwa. Voici le geste exact, ses conditions et les cas réels qui reviennent le plus souvent : la foule, l’interruption, la fatigue.

Cette leçon suppose acquise la précédente : le pèlerin est déjà en iḥrâm quand il arrive devant la Maison (L’iḥrâm et ses interdits).

Le tawaf : sept tours, la Maison à gauche

Le tawaf (الطواف, aṭ-ṭawâf, la circumambulation) consiste à faire sept circuits de la Ka’ba, la Maison sur la gauche du marcheur. Le matn le pose en quatre mots : « ثم الطواف لهما سبعا » (thumma aṭ-ṭawâfu lahumâ sab’an, « puis le tawaf pour les deux rites : sept »), et fixe le sens de la marche : « وجعل البيت عن يساره » (wa-yaj’alu-l-bayta ’an yasârihi, « la Maison se tenant à sa gauche »). Chaque circuit commence et finit à la Pierre noire ; passer les quatre coins fait un circuit.

Le Coran nomme ce geste dans le déroulé du pèlerinage :

« وَلْيَطَّوَّفُوا بِالْبَيْتِ الْعَتِيقِ » wa-l-yaṭṭawwafû bi-l-bayti-l-’atîq « Qu’ils fassent les circuits autour de la Maison antique. » (Coran 22:29, traduction du sens de Hamidullah)

Ce qui le tient : les conditions

Quatre conditions le fondent dans le madhhab malikite.

La pureté rituelle. Le matn exige le tawaf « بالطهرين والستر » (bi-ṭ-ṭâhirîna wa-s-satr, « dans l’état de pureté et de pudeur ») : sans wudu’, il ne compte pas, et le petit hadath qui survient en cours le casse (« وبطل بحدث », wa-baṭala bi-ḥadath). La règle du wudu’ reste celle de la leçon 1.3a.

Le lieu. Le tawaf se fait à l’intérieur de la mosquée sacrée, le corps entièrement hors de la Maison : ni sur la base surélevée qui l’entoure (le shadharwân), ni dans le demi-cercle du ḥijr qui fait partie d’elle. Six coudées du ḥijr sont comprises dans la Maison : tourner dedans, c’est marcher dans la Maison, pas autour.

La continuité. Les sept tours s’enchaînent (الموالاة, al-muwâlâ). La vie réelle est prévue : interrompu par une prière funéraire, une nécessité ou l’oubli d’un bout, on reprend depuis le début (ابتدأ, ibtada’a, « il recommence »). Cassé par le petit hadath, on se purifie puis on reprend selon le cas ; le matn distingue celui qui saignait ou apprenait une souillure (بنى, banâ, « il reprend ») de celui qui refait entièrement.

Le point de départ. Chaque tawaf s’ouvre aligné sur la Pierre noire ; s’il est interrompu pour une funéraille ou une nécessité, il se reprend depuis le début, sans que le rite soit perdu.

Les gestes : salut, raml, deux rak’a

À chaque passage devant la Pierre noire, le geste est de la saluer : le baiser si on peut l’atteindre (« تقبيل حجر بفم », taqbîl ḥajarin bi-fam), la toucher de la main si la foule l’interdit, et le matn descend jusqu’au dernier degré : « وللزحمة لمس بيد ثم عود » (wa-li-z-zaḥmati lamsun bi-yadin thumma ’ûd, « pour la cohue : toucher de la main, puis avec un bâton »). Le coin yéménite, lui, se touche à la main mais ne se baise pas, dit la Risâla (« ولا يستلم الركن اليماني بفيه ولكن بيده », wa-lâ yastalimu r-rukna-l-yamâniyya bi-fîhi wa-lâkin bi-yadih).

Dans les trois premiers circuits, l’homme garde un pas accéléré : le raml (الرمل), « ورمل رجل في الثلاثة الأول » (wa-raml rajulin fî-th-thalâthati-l-ûlâ, « et la cadence soutenue pour l’homme dans les trois premiers »), y compris pour celui qui porte un malade ou un enfant. La femme ne le fait pas.

Après le septième tour, deux rak’a près du Maqâm d’Ibrâhîm (« ركعتيه بالقرب », rak’atayhi bi-l-qurb). Leur statut exact, le matn le consigne comme discuté : « وفي سنية ركعتي الطواف ووجوبهما : تردد » (taraddud, hésitation entre sunna et devoir). Puis le pèlerin boit de l’eau de zamzam, dont le matn recommande l’abondance et le fait d’en rapporter chez soi (وكثرة شرب ماء زمزم ونقله).

Le sa’y : sept trajets entre Ṣafâ et Marwa

Du tawaf, on sort vers la colline de Ṣafâ. Le Coran nomme les deux monts :

« إِنَّ الصَّفَا وَالْمَرْوَةَ مِن شَعَائِرِ اللَّهِ » inna aṣ-Ṣafâ wa-l-Marwata min sha’â’iri-llâh « Ṣafâ et Marwa sont vraiment parmi les lieux sacrés d’Allah. » (Coran 2:158, traduction du sens de Hamidullah)

Le sa’y (السعي, la course) est de sept trajets entre les deux collines : « ثم السعي سبعا بين الصفا والمروة » (thumma s-sa’yu sab’an bayna aṣ-Ṣafâ wa-l-Marwati). On débute à Ṣafâ : le départ compte un trajet, le retour en compte un (« منه البدء مرة والعود أخرى », minhu-l-bad’u marratan wa-l-’awdu ukhrâ). On finit donc à Marwa. Sur chacun des deux monts, on s’arrête debout pour invoquer : la Risâla compte quatre stations à Ṣafâ et quatre à Marwa.

Dans le bas de la galerie, entre deux repères verts, l’homme accélère : « وإسراع بين الأخضرين فوق الرمل » (wa-isrâ’un bayna-l-akhḍarayni fawqa r-raml, « et la hâte entre les deux repères verts, au-dessus du sol »). La femme ne court pas, précise al-Jazîrî : « المرأة لا تهرول » (al-mar’atu lâ tahrul).

Deux conditions. Le sa’y n’est valide qu’après un tawaf valide et avec l’intention de son caractère obligatoire : « وصحته بتقدم طواف ونوى فرضيته » (wa-ṣiḥḥatuhu bi-taqaddumi ṭawâfin wa-yanwiya farḍiyyatahu). Le sa’y fait avant le tawaf se reprend après lui ; l’ordre des rites n’est pas une simple habitude, il conditionne leur validité. L’intention suit la règle de la leçon 2.2.

Cas réels de foule et de faiblesse

Le matn prévoit la cohue du hajj : les galeries supérieures de la mosquée valent pour le tawaf quand la foule l’exige, sinon le tawaf s’y refait (« وجاز بسقائف لزحمة وإلا أعاد », wa-jâza bi-saqâ’ifa li-zaḥmatin wa-illâ a’âd). La Pierre se salue à distance quand la main ne passe plus.

Dernière asymétrie utile : le sa’y porté compte pour le porteur et pour le porté (« وأجزأ السعي عنهما : كمحمولين فيهما », wa-ujzi’a s-sa’yu ’anhumâ : ka-maḥmûlayni fîhimâ, « comme deux portés »), alors qu’un tawaf fait en portant quelqu’un ne compte ni pour lui ni pour soi si le porteur ne le visait pas pour lui-même. Le sa’y des fauteuils roulants, dans la galerie d’aujourd’hui, est la suite directe de cette règle.

Le récit qui a fixé les gestes

Les gestes enseignés ici viennent d’un seul jour : le pèlerinage de l’Adieu, rapporté par Jâbir ibn ’Abdallah (Ṣaḥîḥ Muslim, no 1218a). Devant les siens, le Prophète ﷺ a fait le rite en entier et a dit, monté sur sa monture le jour du Nahr :

« لِتَأْخُذُوا مَنَاسِكَكُمْ فَإِنِّي لاَ أَدْرِي لَعَلِّي لاَ أَحُجُّ بَعْدَ حَجَّتِي هَذِهِ » li-ta’khudhû manâsikakum fa-innî lâ adrî la’allî lâ aḥujju ba’da ḥajjatî hâdhihi « Pour que vous preniez de moi vos rites : je ne sais pas, je ne ferai peut-être plus de hajj après celui-ci. » (Ṣaḥîḥ Muslim, no 1297)

Le détail des gestes est donc hérité, pas improvisé : ce que le pèlerin d’aujourd’hui refait est ce que les premiers ont vu.

Et ensuite

Tawaf et sa’y accomplis, le pèlerin attend le 8 dhû-l-ḥijja : le jour de tarwiya, le départ pour Minâ puis ’Arafa. La suite dans la leçon suivante, « ’Arafat, Muzdalifa et Minâ ». Vue d’ensemble du parcours : la page du Cours de fiqh et le pôle Le pèlerinage.

Vérifiez votre compréhension

Question 1 sur 8 Karim fait le tour de la Ka'ba. Combien de circuits, dans quel sens, et où ?
sept circuits, la Maison à sa gauche, à l'intérieur de la mosquée

Le matn le pose : « ثم الطواف لهما سبعا » (*thumma aṭ-ṭawâfu lahumâ sab'an*, « puis le tawaf pour les deux rites : sept »), la Maison à gauche (وجعل البيت عن يساره), et le tout à l'intérieur de la mosquée, le corps hors de la Maison : ni sur la base qui l'entoure ni dans le ḥijr, dont six coudées en font partie.

sept circuits, la Maison à sa droite, en longeant le ḥijr

Deux erreurs : la Maison se tient à la gauche du marcheur, et le ḥijr fait partie d'elle (six coudées comprises) : tourner dedans, c'est marcher dans la Maison, pas autour.

sept allers-retours entre la Pierre noire et le coin yéménite

Le tawaf est un tour complet de la Maison, pas un va-et-vient entre deux angles. Chacun des sept circuits repasse les quatre coins, Pierre noire comprise.

Question 2 sur 8 Au deuxième circuit, Nadia réalise qu'elle n'est plus en état de wudu'. Que dit la règle malikite ?
elle continue : la pureté n'est exigée que pour la prière, pas pour le tawaf

C'est l'inverse : le matn malikite nomme la pureté comme condition du tawaf. L'état de wudu' est requis pour qu'il compte.

elle s'arrête et le tawaf est définitivement perdu : le hajj est à refaire

Non : le hadath casse le tawaf en cours, pas le hajj. On refait les ablutions et le tawaf. Seul un pilier manqué dans son temps (comme la présence à 'Arafa) compromet le hajj.

son tawaf est cassé : elle refait son wudu' et refait le tawaf

Le matn exige le tawaf « بالطهرين والستر وبطل بحدث » (*bi-ṭ-ṭâhirîna wa-s-satr wa-baṭala bi-ḥadath*, « dans l'état de pureté et de pudeur, et il s'annule par le petit hadath »). Le matn exige la pureté comme il l'exige pour la prière : sans elle, le tawaf ne tient pas. En revanche, la simple interruption pour une prière funéraire ou un besoin ne le casse pas : on reprend.

Question 3 sur 8 Une prière funéraire s'organise pendant le tawaf de Sofiane. Il s'interrompt pour la prier. Que doit-il faire ?
il reprend exactement au point où il s'était arrêté, comme dans une file d'attente

Pas de reprise à mi-chemin : le matn dit « il recommence » (ibtada'a). L'interruption autorisée n'efface pas le rite, mais le circuit interrompu se refait depuis son début.

il recommence son tawaf depuis le début : l'interruption pour une nécessité casse la continuité mais se répare

La continuité (الموالاة, *al-muwâlâ*) est de règle, mais le matn prévoit la réparation : « ابتدأ إن قطع لجنازة أو نفقة أو نسي بعضه » (*ibtada'a in quṭi'a li-janâzatin aw nafaqatin aw nasiya ba'ḍahu*, « il recommence s'il est coupé par une funéraille, une nécessité ou l'oubli d'une partie »). On ne perd pas le rite, on recommence depuis le début.

son tawaf est annulé : il doit attendre le lendemain pour recommencer

L'interruption pour une nécessité n'est pas un casse définitif : c'est justement pour ce cas que le matn prévoit de recommencer. Seul le petit hadath impose un autre traitement (refaire après purification).

Question 4 sur 8 La foule est telle qu'on ne peut approcher la Pierre noire. Que prescrit le madhhab ?
la saluer à la main, puis à distance avec un bâton si même la main ne passe pas : le baiser n'est jamais une obligation

Le geste idéal reste le baiser (تقبيل حجر بفم, *taqbîl ḥajarin bi-fam*), mais le matn prévoit la foule : « وللزحمة لمس بيد ثم عود » (*wa-li-z-zaḥmati lamsun bi-yadin thumma 'ûd*, « et pour la cohue : toucher de la main, puis avec un bâton »). Le coin yéménite, lui, se touche à la main sans jamais se baiser (Risâla).

se frayer un passage jusqu'à la Pierre coûte que coûte : le tawaf ne compte pas sans le baiser

Non : le baiser est un geste de dévotion, pas une condition de validité. Le matn offre les degrés (main, puis bâton), et la tradition mentionne le geste de loin. Se blesser ou blesser autrui pour atteindre la Pierre détruirait le sens du rite.

sauter le salut de la Pierre rend le tour sans valeur : il faut le refaire

Le salut de la Pierre n'est pas une condition du tawaf. L'oublier ou ne pas pouvoir l'atteindre n'invalide aucun circuit : les degrés existent précisément pour ça.

Question 5 sur 8 Après ses sept circuits, Ali veut accomplir les deux rak'a du tawaf. Où, et quel est leur statut chez les malikites ?
n'importe où dans la mosquée : ce sont des rak'a ordinaires sans lieu ni statut particulier

Le matn nomme le lieu : près du Maqâm. Et ce ne sont pas des rak'a quelconques : elles sont liées au tawaf, avec un statut discuté dans l'école (sunna ou wâjib).

elles sont interdites le jour du hajj : on ne prie rien d'autre que le tawaf

Au contraire : les deux rak'a font partie du déroulé du tawaf dans tous nos textes (matn et Risâla). Rien ne les interdit le jour du hajj.

près du Maqâm d'Ibrâhîm ; l'école hésite sur leur statut entre sunna et devoir

Le matn les place « بالقرب » (*bi-l-qurb*, « près du Maqâm ») et consigne l'hésitation : « وفي سنية ركعتي الطواف ووجوبهما : تردد » (*wa-fî sunniyyati rak'atay aṭ-ṭawâfi wa-wujûbihimâ : taraddud*, « sunna ou obligatoires : hésitation rapportée »). Les faire reste la pratique du rite ; leur statut exact, l'école l'a laissé ouvert.

Question 6 sur 8 Entre Ṣafâ et Marwa, combien de trajets compte un sa'y complet ?
sept allers-retours complets, soit quatorze trajets

Compter aller-retour pour un seul trajet doublerait le rite : sept trajets au total, départ de Ṣafâ, arrivée à Marwa. La Risâla le confirme : quatre stations à Ṣafâ, quatre à Marwa.

sept trajets : l'aller compte un, le retour compte un, on commence à Ṣafâ

Le matn fixe le compte : « ثم السعي سبعا بين الصفا والمروة منه البدء مرة والعود أخرى » (*thumma s-sa'yu sab'an bayna aṣ-Ṣafâ wa-l-Marwati minhu-l-bad'u marratan wa-l-'awdu ukhrâ*, « puis le sa'y : sept entre Ṣafâ et Marwa, le départ compte une fois, le retour une autre »). Sept trajets donc, pas sept allers-retours : on finit à Marwa.

trois trajets, comme les trois tours rapides du tawaf

Confusion avec le raml du tawaf (les trois premiers circuits accélérés). Le sa'y compte sept trajets, ni trois ni quatorze.

Question 7 sur 8 Yasmine a fait son sa'y avant son tawaf d'arrivée. Que vaut son sa'y selon le matn ?
il compte comme un sa'y surérogatoire qu'on pourra déduire du définitif

Le matn ne prévoit pas de sa'y « en avance » : sans tawaf valide qui le précède, il ne vaut pas comme rite du hajj. Le rite obéit à un ordre.

il compte : l'ordre entre tawaf et sa'y est indifférent

C'est l'avis de certaines autres écoles, pas la règle du matn malikite : la précédence du tawaf est une condition de validité du sa'y.

il ne compte pas : le sa'y n'est valide qu'après un tawaf valide, avec l'intention de son obligation

Le matn pose deux conditions : « وصحته بتقدم طواف ونوى فرضيته » (*wa-ṣiḥḥatuhu bi-taqaddumi ṭawâfin wa-yanwiya farḍiyyatahu*, « sa validité tient à un tawaf qui le précède et à l'intention de son caractère obligatoire »). Un sa'y fait avant le tawaf se reprend après lui : la séquence n'est pas indifférente.

Question 8 sur 8 Quel est le rôle des deux repères verts dans la galerie du sa'y ?
délimiter la zone réservée aux handicapés : le reste du sa'y se fait à pied

Non : les repères balisent un tronçon de course pour tous les hommes qui le peuvent, pas une voie d'accès. L'idée de secteur réservé n'existe pas dans le rite.

marquer le tronçon où l'homme accélère le pas ; la femme ne court pas

Le matn prescrit l'accélération « وإسراع بين الأخضرين فوق الرمل » (*wa-isrâ'un bayna-l-akhḍarayni fawqa r-raml*, « et la hâte entre les deux repères verts, au-dessus du sol ») et la Risâla le situe dans le lit du Massîl (baṭn al-Masîl). Jazîrî précise : « المرأة لا تهرول » (*al-mar'atu lâ tahrul*, « la femme ne court pas »).

indiquer où finit Ṣafâ et où commence Marwa : passer le second poteau, c'est un nouveau trajet

Les repères ne marquent ni le début ni la fin du trajet : le sa'y commence à Ṣafâ et finit à Marwa, les poteaux verts se trouvent entre les deux, dans le bas de la galerie.