· 20 octobre 2026 · 6 min de lecture · quiz ≈ 8 min
Volet 4 sur 12 · Le pèlerinage (hajj)
Sommaire
Tout le hajj se joue en un jour et une nuit : le 9 dhû-l-ḥijja à ’Arafa, puis la descente de nuit à Muzdalifa. Voici la chronologie du 8 au 10, ce qui fait tenir le pèlerinage, et ce qui coûte une compensation quand on le rate.
Le déroulé suppose les rites d’entrée déjà faits : le tawaf et le sa’y pour l’’umra ou l’arrivée, et l’iḥrâm toujours porté (5.1b).
Le 8 : le jour de tarwiya
Le hajj commence par un déplacement. Le 8, appelé yawm at-tarwiya (jour de l’abreuvage : on y portait l’eau avant que les puits ne soient creusés), le pèlerin quitte La Mecque pour Minâ, le vallon des tentes à quelques kilomètres à l’est.
Le matn règle la journée : « وخروجه لمنى قدر ما يدرك بها الظهر وبياته بها » (wa-khurûjuhu li-Minan qadra mâ yudriku bihâ aẓ-ẓuhra wa-bayâtuhu bihâ, « son départ pour Minâ de sorte à y atteindre le ẓuhr, et sa nuit là-bas »). La Risâla donne le détail : les prières de ẓuhr à fajr à Minâ, puis départ pour ’Arafa le lendemain matin. La journée est calme par dessein : on se repose avant le jour qui pèse.
Le 9 : montée à ’Arafa
Le lendemain, après le lever du soleil, le cortège gagne la plaine de ’Arafa (matn : « وسيره لعرفة بعد الطلوع », wa-sayruhu li-‘Arafata ba’da aṭ-ṭulû’). Sur la route, la halte de Namira ; puis, passé le zawâl, deux sermons de l’imam et les prières du ẓuhr et du ’aṣr groupées et avancées :
« وخطبتان بعد الزوال ثم أذن وجمع بين الظهرين إثر الزوال »
wa-khuṭbatâni ba’da aẓ-ẓawâli thumma adhânun wa-jam’un bayna aẓ-ẓuhrayni ithara aẓ-ẓawâl
« Deux sermons après le zawâl, puis l’adhân, et le groupement des deux prières de midi tout de suite après le zawâl. » (matn Khalîl)
L’après-midi est libéré pour l’essentiel : la station.
Un détail sonore marque la bascule : la talbiya, scandée depuis le mîqât, se tait ici. La Risâla : « ولا يدع التلبية في هذا كله حتى تزول الشمس من يوم عرفة » (wa-lâ yada’u t-talbiyata fî hâdhâ kullihi ḥattâ tazûla sh-shamsu min yawmi ’Arafah, « il ne délaisse la talbiya dans tout cela que lorsque le soleil décline du jour de ‘Arafa »). Au zawâl du 9, les « labbayk » tombent : à leur place, le du’â’ et le taḍarru’ de la station.
Le wuqûf : le pilier qui porte le nom du jour
Le hadith le dit en deux mots : « الحج عرفة » (al-ḥajju ’Arafah, « le hajj, c’est ‘Arafa », Jâmi’ at-Tirmidhî, no 889). Le wuqûf (الوقوف, la station) est le pilier sans lequel le hajj n’existe pas.
Chez les malikites, ce pilier a deux niveaux, et les distinguer change tout pour le pèlerin réel :
Le rukn (le pilier) : un instant de présence à ’Arafa entre le coucher du 9 et l’aube du 10, même en passant. Le matn : « وللحج حضور جزء عرفة ساعة ليلة النحر ولو مر » (wa-li-l-ḥajji ḥuḍûru juz’i ’Arafata sâ’ata laylata n-naḥri wa-law marr). Arriver à 4 h du matin sauve le hajj.
Le wâjib (le devoir) : la station du jour, un instant entre le zawâl et le coucher. Jazîrî la pose : « لحظة من زوال شمس يوم عرفة إلى غروبها » (un instant du zawâl du jour de ’Arafa à son coucher). La quitter avant le coucher sans excuse ne perd pas le hajj, mais un dam (دم, une bête de compensation) est dû.
Deux précisions qui valent cher. D’abord, traverser ’Arafa ne suffit pas sans savoir ni intention : pour le seul passage, Jazîrî exige de savoir que c’est ’Arafa et d’y viser la présence (« العلم بأنها عرفة… أن ينوي بمروره الحضور », al-’ilmu bi-annahâ ‘Arafah… an yanwiya bi-murûrihi-l-ḥuḍûr). Ensuite, le fond d’’Urana n’est pas ’Arafa (لا الجاهل : كبطن عرنة, ka-baṭni ’Urana), un vallon contigu, hors des limites, que le matn cite pour marquer que le lieu compte. À l’inverse, la présence vaut même à l’intérieur de la mosquée de ’Arafa, mais on l’y déconseille (« وأجزأ بمسجدها بكره », wa-ujzi’a bi-masjidihâ bi-karah, « elle suffit dans sa mosquée, avec blâme ») : la plaine est le lieu de la station, pas l’ombre d’un toit.
La station elle-même : en état de pureté, monté sur sa bête puis debout, sauf la fatigue ; le matn : « ووقوفه بوضوء وركوبه به ثم قيام إلا لتعب » (wa-wuqûfuhu bi-wuḍû’in wa-rukûbuhu bihi thumma qiyâmun illâ li-ta’ab). Et le contenu de la journée tient en quatre mots : « ودعاء وتضرع للغروب » (wa-du’â’un wa-taḍarru’un li-l-ghurûb, « invocation et supplication jusqu’au coucher »). La journée entière est une seule longue demande.
Muzdalifa : la nuit qui descend
Au coucher, le cortège repart en procession vers Muzdalifa, à mi-chemin entre ’Arafa et Minâ. Le Coran nomme le mouvement :
« فَإِذَا أَفَضْتُم مِنْ عَرَفَاتٍ فَاذْكُرُوا اللَّهَ عِنْدَ الْمَشْعَرِ الْحَرَامِ »
fa-idhâ afaḍtum min ’Arafâtin fa-dhkurû-llâha ’inda-l-Mash’ari-l-ḥarâm
« Puis, quand vous déferlez depuis ’Arafât, invoquez Allah au Mash’ar al-Ḥarâm. » (Coran 2:198, traduction du sens de Hamidullah)
À Muzdalifa, maghrib et ‘ishâ’ se prient groupées sur place (matn : « وصلاته بمزدلفة العشاءين », wa-ṣalâtuhu bi-Muzdalifata-l-’ishâ’ayn), et le fajr du 10 s’y fait aussi, dit la Risâla (المغرب والعشاء والصبح, al-maghrib wa-l-‘ishâ’ wa-ṣ-ṣubḥ). Puis la nuit : « وبياته بها وإن لم ينزل فالدم » (wa-bayâtuhu bihâ wa-in lam yanzil fa-d-dam, « sa nuit là-bas ; s’il ne s’y arrête pas, le dam »).
La nuit de Muzdalifa est donc un devoir : la délaisser sans excuse coûte un dam. Mais le madhhab connaît ses portes : une présence même d’une heure avant l’aube suffit (Jazîrî : « ولو ساعة قبل الفجر ») ; l’incapable repart après le crépuscule s’il part avec le groupe (« وإن عجز فبعد الشفق », wa-in ’ajiza fa-ba’da sh-shafaq) ; et la Mudawwana élargit aux femmes et aux enfants, qu’elle autorise à devancer ou retarder le départ (« وواسع للنساء والصبيان أن يتقدموا أو يتأخروا », wa-wâsi’un li-n-nisâ’i wa-ṣ-ṣibyâni an yataqaddamû aw yata’akhkharû). C’est dans ces portes que passent les caravanes qui la traversent plus brièvement.
Le Mash’ar et le retour à Minâ
Avant l’aube, dernier moment de Muzdalifa : la station au Mash’ar al-Ḥarâm, l’endroit nommé par le verset : takbîr et du’â’ jusqu’à l’isfâr (الإسفار, la pleine lueur de l’aube), ni avant le fajr ni après le lever (matn : « ولا وقوف بعده ولا قبل الصبح », wa-lâ wuqûfa ba’dahu wa-lâ qabla aṣ-ṣubḥ).
Puis la marche reprend, et le matn note la seule hâte du parcours : « وإسراع ببطن محسر » (wa-isrâ’un bi-baṭni Muḥassir, « et la hâte dans le fond de Muḥassir »), le dernier vallon avant Minâ. La Risâla dit le geste : accélérer sa monture en le traversant (« يحرك دابته ببطن محسر », yuḥarriku dâbatahu bi-baṭni Muḥassir).