Lâ ilâha illâ Allah : la parole du tawhîd qui libère le cœur

Sommaire

Enseignement de Sidi Mounir al-Qadiri Boutchich, cheikh de la voie, extrait de l’épisode 324 de la série Layali al-Wissal (« Les Nuits de l’union »), diffusé le 13 septembre 2026 sur la chaîne de la Fondation Al Moultaqa. Prononcé en arabe ; traduction littérale ci-dessous, texte d’accompagnement rédigé par la rédaction.

Extrait de 7 min 4 s (00:43:24 → 00:50:28). Vidéo intégrale d’origine : Layali al-Wissal, épisode 324, chaîne de la Fondation Al Moultaqa.

Traduction littérale de l’intervention (de l’arabe)

Traduction littérale, mot à mot autant que le français le permet ; l’article ci-dessous en présente le sens et la structure.

« [L’animateur] Mes seigneurs et mesdames, spectateurs et spectatrices, nous vous laissons maintenant avec la parole de notre cheikh béni, son excellence le docteur Moulay Mounir al-Qadiri Boutchich, qui nous gratifie toujours de belles perles et de sagesses. Il a intitulé, que Dieu l’agrée, sa parole : « Lâ ilâha illâ Allah, la parole du tawhîd et la libération du cœur ». À notre cheikh, le savant qui met en pratique, la montagne dressée, la parole, avec nos remerciements. »

« [Sidi Mounir] Au nom de Dieu, le Miséricordieux, le Miséricordant. Louange à Dieu qui a fait resplendir de la lumière du tawhîd les cœurs des connaissants, et qui a fait de Lâ ilâha illâ Allah la clé du salut et le plus grand des rappels. Prière et salut sur notre maître Mohammed, l’envoyé du tawhîd et de la miséricorde, sur sa famille, ses compagnons et quiconque suit sa voie jusqu’au Jour de la rétribution.

Ensuite : mes seigneurs et mesdames, ô gens de l’union, alors que nous voici aux derniers jours du mois de Rabî’ al-Awwal, le mois de la joie de la naissance de notre maître le Messager de Dieu, paix et salut sur lui, la miséricorde offerte, rappelons-nous le message qu’il a apporté : la sincérité du servage envers Dieu l’Unique, le Solitaire, et la libération du cœur de tout attachement à autre que Lui.

Car Lâ ilâha illâ Allah n’est pas une parole que la langue seule prononce : elle est légère sur la langue mais lourde dans la balance ; elle est une réalité qui, lorsqu’elle s’installe dans le cœur, change le regard de l’homme sur lui-même, sur le bas monde et sur les causes. Elle commence par « il n’y a pas » : négation de tout ce qui dispute le tawhîd dans le cœur ; puis « de divinité si ce n’est Dieu » : affirmation de l’attachement à Lui, glorifié, seul.

Mais le tawhîd ne signifie pas que nous abandonnions les causes : nous les prenons sans nous appuyer sur elles, nous agissons par elles sans nous en remettre à elles, nous nous y employons sans les rendre maîtresses de nos cœurs. Car le feu ne brûle que par la permission de Dieu, le remède ne guérit que par la permission de Dieu, et l’argent ne procure le bonheur que par Sa permission, Lui le glorifié et très haut.

Et selon la parole de Junayd, que Dieu lui fasse miséricorde, telle que l’imam al-Qushayrî la rapporte de lui dans la Risâla Qushayriyya : « Le soufisme : être avec Dieu sans relation. » Le soufisme : être avec Dieu sans relation. Et telle est l’essence de la purification : que ta main soit dans les causes et ton cœur avec le Causeur des causes. Dieu le glorifié et très haut dit : « Mon succès ne vient que de Dieu. »

Lorsque le serviteur connaît son indigence envers son Maître, l’arête du moi se brise, et il sait que le bienfait vient de Dieu : « Tout bienfait qui est en vous vient de Dieu » ; le succès vient de Dieu, la force vient de Dieu, la guidance vient de Dieu. Et parmi ce qui voile le plus les lumières du tawhîd, il y a qu’une chose du bas monde prenne dans le cœur la place de la lumière de Dieu ; c’est pourquoi Il dit, glorifié et très haut : « Dis : si vos pères, vos fils, vos frères, vos épouses, votre clan, les biens que vous avez acquis, un commerce dont vous craignez le dépérissement et des demeures qui vous plaisent vous sont plus chers que Dieu et Son Messager… » Ce qui est demandé n’est pas de quitter la famille, l’argent ou le travail : c’est de ne pas nous voiler de Dieu par eux, et de ne rien préférer à Son ordre et à Son agrément.

Ô bien-aimés, lorsque Lâ ilâha illâ Allah s’installe dans le cœur, ses effets apparaissent sur les membres : véridicité dans la langue, fidélité dans la main, chasteté dans l’œil, miséricorde dans le cœur, humilité avec les créatures et bienfaisance envers elles. Et là nous comprenons que le dhikr n’est pas une séparation d’avec la vie : c’est lui qui redresse la vie. Le cœur attaché à Dieu, la main travaillant sur terre, l’âme combattant ses passions, et les créatures profitant aux serviteurs par leurs œuvres pies ; les créatures profitant aux serviteurs par leurs œuvres pies.

Telle est l’éducation mohammadienne et l’essence de la voie soufie : la station de l’ihsân ; un tawhîd qui engendre la purification, une purification qui porte l’ihsân, et un ihsân qui se change en service de l’homme, de la société et de la patrie.

Et en l’anniversaire de la naissance du maître des créatures, l’Élu, sur lui la plus pure prière et le salut, la plus grande fidélité consiste à faire de Lâ ilâha illâ Allah une méthode de vie, et que notre amour du noble Prophète, paix et salut sur lui, se change en imitation de sa véridicité, de sa miséricorde, de ses mœurs, de son humilité et de sa bienfaisance.

Ô gens de l’union, magnifiez cette parole dans vos cœurs, multipliez son dire, réalisez son sens dans vos œuvres et vos mœurs, et faites que votre certitude en Dieu soit plus grande que votre attachement aux causes, et votre espérance en Lui plus grande que votre espérance en ce qui se trouve chez les gens.

Lorsque le cœur s’emplit de Lâ ilâha illâ Allah, ses lumières ne restent pas dans le cœur seul : elles apparaissent sur les membres et dans le traitement des créatures. La langue s’en embaume : elle ne ment pas, ne diffame pas les gens, ne médit pas et ne nuit pas ; la main s’y redresse : elle n’opprime pas et ne trahit pas. Et la véridicité, la fidélité et l’ihsân deviennent un fruit parmi les fruits du tawhîd.

Cela paraît aussi dans le travail et le don : le serviteur devient profitable à son pays, aux pays et aux serviteurs ; il accomplit son devoir avec véridicité et sincérité, il sert sa patrie en quête de l’agrément de Dieu, jusqu’à ce que naisse dans son cœur un patriotisme véridique dont la substance est la responsabilité, la fidélité et l’amour du bien pour les gens et la patrie, voire pour l’humanité tout entière.

Ô Dieu, affermis dans nos cœurs la lumière de Lâ ilâha illâ Allah, réalise-nous en ses vérités, accorde-nous la sincérité de l’ikhlâs en elle, et fais d’elle une vie pour nos cœurs, une lumière pour nos esprits et une rectitude pour nos œuvres. Ô Dieu, accorde-nous la beauté du tawakkul en Toi, l’indigence vers Toi et la confiance en Toi, et ne mets pas dans nos cœurs d’attachement qui nous voile de Toi, ô Dieu, ô Rahmân, ô Rahîm.

Ô Dieu, garde le Commandeur des croyants Sa Majesté le roi Mohammed VI, soutiens-le de Ta victoire, de Ton succès et de Ta direction, revêts-le de l’habit de la santé et de l’aisance, réjouis son œil par son héritier Son Altesse Royale le prince Moulay El Hassan, fais-le grandir, ô Dieu, d’une belle croissance, et fortifie son dos par son heureux frère Son Altesse Royale le prince Moulay Rachid, et garde tous les membres de la famille royale alaouite chérifienne.

Ô Dieu, garde notre pays le Maroc, perpétue sur lui la grâce de la quiétude, de la sécurité, de la foi, de l’unité et de la stabilité, guide ses enfants vers ce qui porte son bien et sa rectitude, et garde tous les pays des musulmans, ô le plus Miséricordieux des miséricordieux, ô Seigneur des mondes. Ô Dieu, prie sur notre maître Mohammed ibn ’Abdallâh, le debout par le droit de Dieu : nulle affaire n’est à l’étroit sans que Dieu la délie ; et sur sa famille et tous ses compagnons. Louange à Dieu, Seigneur des mondes. »

Il y a des paroles qu’on croit connaître pour les avoir toujours sur les lèvres. Lâ ilâha illâ Allah est de celles-là. Sidi Mounir al-Qadiri Boutchich, cheikh de la Tariqa Qadiriya Boutchichiya, lui consacre toute son intervention en arabe lors de la veillée Layali al-Wissal n° 324 : « la parole du tawhîd et la libération du cœur ». Pas un cours sur la profession de foi, mais une exploration de ce qu’elle fait au cœur qui la porte.

Une parole qui n’est pas qu’une formule

Le point de départ est une mise en garde. Lâ ilâha illâ Allah « n’est pas une parole que la langue seule prononce ». Légère sur la langue, lourde dans la balance : la formule n’est efficace que si elle désigne une réalité installée. Et cette réalité a deux temps, que la grammaire de la phrase porte en elle. D’abord lâ ilâha : la négation, qui refuse à tout autre que Dieu la royauté intérieure du cœur. Puis illâ Allah : l’affirmation, qui fixe l’attachement à Lui seul.

La conséquence est radicale : installée, la parole « change le regard de l’homme sur lui-même, sur le bas monde et sur les causes ». On ne prie plus avec les mêmes yeux.

Prendre les causes sans s’y fier

L’enseignement détruit aussitôt un malentendu : le tawhîd ne commande pas de quitter le monde. « Nous prenons les causes sans nous appuyer sur elles, nous agissons par elles sans nous en remettre à elles. » Le feu ne brûle que par la permission de Dieu ; le remède ne guérit que par Sa permission ; l’argent ne donne le bonheur que par Sa permission.

C’est ici que Sidi Mounir cite la définition de Junayd de Bagdad rapportée par l’imam al-Qushayrî dans sa Risâla : « le soufisme : être avec Dieu sans relation », c’est-à-dire sans que le cœur dépende des moyens interposés. La formule se condense : « que ta main soit dans les causes et ton cœur avec le Causeur des causes. » Et le Coran donne la clé en une parole de Shu’ayb : « mon succès ne vient que de Dieu » (sourate Hûd, 11:88).

Le cœur qui connaît sa pauvreté

Lorsque le serviteur « connaît son indigence envers son Maître », dit l’enseignement, « l’arête du moi se brise ». Les biens, la force, la guidance : tout vient de Dieu, comme le dit le verset : « Tout bienfait qui est en vous vient de Dieu » (sourate an-Nahl, 16:53). Et ce qui voile le plus les lumières du tawhîd est qu’une chose du bas monde « prenne dans le cœur la place de la lumière de Dieu ».

Là s’insère le verset que Sidi Mounir récite : « Dis : si vos pères, vos fils, vos frères, vos épouses, votre clan, les biens que vous avez acquis, un commerce dont vous craignez le dépérissement et des demeures qui vous plaisent vous sont plus chers que Dieu et Son Messager… » (sourate at-Tawba, 9:24). Et la précision qui désarme toute lecture rigoriste : « ce qui est demandé n’est pas de quitter la famille, l’argent ou le travail : c’est de ne pas nous voiler de Dieu par eux, et de ne rien préférer à Son ordre et à Son agrément. » On garde tout ; on déplace l’attachement.

Du cœur aux membres : les fruits du tawhîd

La troisième partie de l’enseignement suit les effets. Quand la parole s’installe, « ses effets apparaissent sur les membres : véridicité dans la langue, fidélité dans la main, chasteté dans l’œil, miséricorde dans le cœur, humilité avec les créatures ». Le dhikr n’est pas une retraite hors de la vie : « c’est lui qui redresse la vie. Le cœur attaché à Dieu, la main travaillant sur terre, l’âme combattant ses passions. »

La suite résume toute la pédagogie de la voie : « un tawhîd qui engendre la purification, une purification qui porte l’ihsân, et un ihsân qui se change en service de l’homme, de la société et de la patrie. » La station de l’ihsân, adorer Dieu comme si on Le voyait, n’est pas une fin contemplative : c’est le point où la spiritualité devient service.

Une fidélité qui devient méthode de vie

L’occasion donne sa couleur au propos : la veillée se tient « aux derniers jours du mois de Rabî’ al-Awwal, le mois de la joie de la naissance du Prophète ». La plus grande fidélité à ce Mawlid, enseigne Sidi Mounir, consiste à « faire de Lâ ilâha illâ Allah une méthode de vie », et à convertir l’amour du Prophète en imitation : de sa véridicité, de sa miséricorde, de ses mœurs, de son humilité, de sa bienfaisance.

L’exhortation finale est directe : « magnifiez cette parole dans vos cœurs, multipliez son dire, réalisez son sens dans vos œuvres et vos mœurs. » Quand le cœur s’en emplit, la langue s’embaume : elle ne ment plus, ne diffame plus, ne médit plus. La main se redresse : elle n’opprime plus, ne trahit plus. Et dans le travail et le don naît « un patriotisme véridique dont la substance est la responsabilité, la fidélité et l’amour du bien », qui ne s’arrête pas à la patrie : « voire pour l’humanité tout entière. »

L’intervention se clôt par une longue invocation : que Dieu affermisse la lumière de la parole dans les cœurs ; pour le Commandeur des croyants Sa Majesté le roi Mohammed VI, le prince héritier Moulay El Hassan, le prince Moulay Rachid et la famille royale ; pour le Maroc, sa quiétude, son unité, sa stabilité ; pour tous les pays des musulmans. C’est dans la même veillée que Sidi Mounir enseignait en français la bonne parole, une responsabilité spirituelle : le prolongement naturel, puisque la kalima qui remplit le cœur se mesure précisément à ce qui sort de la langue. Pour approfondir, voir la page sur le dhikr et les questions fréquentes et la présentation de la Tariqa Qadiriya Boutchichiya.


Enseignement de Sidi Mounir al-Qadiri Boutchich dans Layali al-Wissal n° 324 (Fondation Al Moultaqa), en arabe, borné de 00:43:24 à 00:50:28. Article et traduction littérale rédigés sur le fichier source MP4 puis transcription whisper medium ; la citation de Junayd a été vérifiée dans la Risâla d’al-Qushayrî ; références détaillées dans la fiche de travail.

Questions fréquentes

Que signifie Lâ ilâha illâ Allah au-delà de la formule ?

Selon Sidi Mounir : la première partie, « lâ ilâha », est une négation qui refuse dans le cœur tout ce qui dispute à Dieu la royauté intérieure ; la seconde, « illâ Allah », affirme l'attachement à Lui seul. Installée au cœur, la parole change le regard sur soi, sur le monde et sur les causes.

Le tawhîd commande-t-il de renoncer au monde ?

Non. L'enseignement dit de « prendre les causes sans s'y fier » : travailler, fonder une famille, servir le pays, sans laisser la confiance du cœur se déplacer de Dieu vers les moyens.

Quelle est la définition du soufisme citée par Sidi Mounir ?

Celle de Junayd de Bagdad, rapportée par l'imam al-Qushayrî dans sa Risâla : « le soufisme : être avec Dieu sans relation », c'est-à-dire sans dépendance aux moyens interposés.

Quels effets le tawhîd a-t-il sur le comportement ?

Véridicité de la langue, fidélité de la main, chasteté du regard, miséricorde du cœur, humilité avec les créatures : le dhikr ne sépare pas de la vie, il la redresse.