La bonne parole, une responsabilité spirituelle

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Enseignement de Sidi Mounir al-Qadiri Boutchich, cheikh de la voie, extrait de l’épisode 324 de la série Layali al-Wissal (« Les Nuits de l’union »), diffusé le 13 septembre 2026 sur la chaîne de la Fondation Al Moultaqa. Prononcé en français ; texte d’accompagnement rédigé par la rédaction.

Extrait de 5 min 39 s (01:19:17 → 01:24:56). Vidéo intégrale d’origine : Layali al-Wissal, épisode 324, chaîne de la Fondation Al Moultaqa.

Parmi les plus grands héritages que le Prophète, paix et salut sur lui, nous a laissés figure celui-ci : la parole est une responsabilité. Morale et spirituelle à la fois. C’est le titre même de cette intervention de Sidi Mounir al-Qadiri Boutchich, cheikh de la Tariqa Qadiriya Boutchichiya, à la veillée Layali al-Wissal n° 324 : la bonne parole, une responsabilité spirituelle.

Une parole pareille à un bel arbre

Le Coran, rappelle l’enseignement, donne de la bonne parole une image : « N’as-tu pas vu comment Allah propose en parabole une bonne parole pareille à un arbre bon, dont la racine est ferme et le rameau s’élance dans le ciel ? » (sourate Ibrâhîm, 14:24). Une parole enracinée, qui porte son fruit en hauteur : le verset suivant précise que cet arbre « donne ses fruits en tout temps, par la grâce de son Seigneur » (14:25).

Et la bonne parole ne reste pas ici-bas : « vers Lui monte la bonne parole, et Il élève l’œuvre salutaire » (sourate Fâtir, 35:10). Dire vrai, dire bien, c’est déjà une ascension. Pour Ibn ’Abbâs, cousin du Prophète et père de l’exégèse, cette « bonne parole » est d’abord la parole d’unicité, Lâ ilâha illâ Allah : le maître-mot que Sidi Mounir avait lui-même commenté en arabe plus tôt dans la même veillée.

Dire ce qu’il y a de meilleur

Face à la discorde, le Coran donne la consigne : « Et dis à Mes serviteurs d’exprimer les meilleures paroles, car le Diable sème la discorde entre eux ; certes, le Diable est pour l’homme un ennemi déclaré » (sourate al-Isrâ’, 17:53). La meilleure parole n’est pas une option de bonne éducation : elle est la digue dressée contre la zizanie.

Le Prophète, paix et salut sur lui, a multiplié les rappels sur la parole, appelant les croyants à la maîtrise de leur langue. Il fait même de la parole un don : « la bonne parole est une aumône », rapportent le Sahih d’al-Bukhârî (n° 2989) et le Sahih de Muslim (n° 1009). Son école se résume en une phrase, rapportée par Abû Hurayra dans le Sahih d’al-Bukhârî (n° 6018) et le Sahih de Muslim (n° 47) : « Quiconque croit en Allah et au Jour dernier, qu’il dise du bien ou qu’il garde le silence. » Parole vraie, parole douce, parole utile : celle qui conduit à l’entente et à l’apaisement mutuel.

Le dhikr qui purifie la langue

C’est pourquoi les maîtres du soufisme ont toujours insisté sur le lien intime entre le rappel de la formule d’unicité et l’excellence du comportement. La langue du disciple cheminant vers Dieu se purifie par la répétition du nom divin : le dhikr chasse les pensées égoïstes et laisse place à la douceur et à la sagesse. Comme le formule le maître Ibn ’Atâ’illâh al-Iskandarî, cité dans l’intervention : « toute parole proférée porte l’habit du cœur d’où elle émane ».

On comprend alors la cohérence de la voie. Le même nom qui tourne dans le cœur façonne ce qui sort de la bouche ; l’éthique de la parole n’est pas un artifice social mais l’extériorisation d’un état intérieur. C’est toute la pédagogie de la Tariqa Qadiriya Boutchichiya : le rappel transforme l’homme, et l’homme transformé transforme sa parole.

À chaque circonstance sa parole

Reste une précision essentielle : chaque circonstance impose sa convenance. Ce qui peut être juste dans un contexte peut ne pas l’être dans un autre. La bonne parole n’a donc pas vocation à être un discours uniforme récité partout de la même manière : elle demande un discernement, un sens du moment et de l’interlocuteur. Et même dans le désaccord, la maîtrise de la langue demeure une preuve de piété : de cette piété naît un discours qui rassemble, qui répare et qui élève.

L’intervention se clôt par une prière : que Dieu purifie nos cœurs de l’envie et de la haine, qu’Il préserve la sagesse dans nos paroles, qu’Il répande Sa miséricorde sur le Royaume du Maroc et son peuple et qu’Il assiste le Commandeur des croyants. Un enseignement à entendre jusqu’au bout, dans la même veillée où l’on méditait aussi la persévérance du cœur avec Sidi Salman Ayyoubi. Pour approfondir la notion de dhikr et son rôle dans le cheminement, voir les questions et réponses sur le soufisme et la page des séances de dhikr à Paris.


Enseignement de Sidi Mounir al-Qadiri Boutchich dans Layali al-Wissal n° 324 (Fondation Al Moultaqa), en français, borné de 01:19:17 à 01:24:56. Article rédigé sur le fichier source audio puis transcription whisper ; citations rapportées fidèlement au sens, références vérifiées dans la fiche de travail.

Questions fréquentes

Que dit le Coran de la bonne parole ?

Le verset 24 de la sourate Ibrâhîm (14) la compare à un bel arbre : « une bonne parole pareille à un arbre bon dont la racine est ferme et le rameau s'élance dans le ciel ». Le verset 53 de la sourate al-Isrâ' (17) ordonne : « dis à Mes serviteurs d'exprimer les meilleures paroles, car le Diable sème la discorde entre eux ».

Quel hadith résume l'éthique de la parole ?

Rapporté par Abû Hurayra dans le Sahih d'al-Bukhârî (n° 6018) et le Sahih de Muslim (n° 47) : « Quiconque croit en Allah et au Jour dernier, qu'il dise du bien ou qu'il garde le silence. »

Quel lien entre le dhikr et la parole ?

Selon l'enseignement de Sidi Mounir, les maîtres du soufisme ont toujours insisté sur le lien intime entre le rappel de la formule d'unicité et l'excellence du comportement : la langue du cheminant se purifie par la répétition du nom divin, qui chasse les pensées égoïstes et laisse place à la douceur et à la sagesse.

La parole juste est-elle la même en toute circonstance ?

Non. Chaque circonstance impose sa convenance : ce qui peut être juste dans un contexte peut ne pas l'être dans un autre. Même dans le désaccord, la maîtrise de la langue demeure une preuve de piété.