1.7cLa purification (tahara)
Le sang prolongé (istihâda)
Sommaire
Les règles devaient durer six jours. Le dixième jour, le sang coule encore. Pour le fiqh, ce n’est plus du hayd : c’est de l’istiḥâḍa, le sang prolongé, un état autre où tout change. La femme est pure : elle prie, elle jeûne, sa vie reprend. Voici la règle de l’école de Mâlik.
Le sang qui n’est pas les règles
La distinction fondatrice est un hadith. Fâṭima bint Abî Ḥubaysh voyait son sang continuer sans fin et vint interroger le Prophète ﷺ, qui répondit :
« إنما ذلك عرق وليس بالحيضة، فإذا أقبلت الحيضة فدعي الصلاة، وإذا أدبرت فاغسلي عنك الدم وصلي » innamâ dhâlika ’irqun wa-laysa bi-l-ḥayḍati fa-idhâ aqbala l-ḥayḍatu fa-da’î ṣ-ṣalâta wa-idhâ adbarat fa-ghsilî ’anki d-dama wa-ṣallî « Ce n’est qu’une veine, pas les règles : quand les règles viennent, laisse la prière ; quand elles s’en vont, lave-toi du sang et prie. » (Sahih Muslim, n° 333)
Tout l’istiḥâḍa tient dans ce « ce n’est pas les règles » : le sang qui coule hors mesure est un sang autre, une ’irq, une veine, et l’état rituel ne le suit pas. Les suspensions de la leçon 1.7a appartiennent au hayd seul ; l’excédent n’en hérite pas.
La règle : retour à l’habitude
Comment savoir où finit le hayd et où commence l’excédent ? La leçon 1.7a a donné les mesures : la mubtadi’a, la première fois, borne à quinze jours ; la mu’tâda, l’habituée, ajoute à son habitude jusqu’à trois jours de précaution sans franchir les quinze. Au-delà de cette mesure, le sang n’est plus menstruel : c’est l’istiḥâḍa qui commence, là, net.
La mu’tâda de sept jours dont le sang coule au douzième a fini ses règles au dixième : les deux derniers jours sont de l’excédent, et l’état qui s’attache à l’excédent n’est pas celui du hayd.
La mustahâḍa est pure
Le matn de Khalîl, le texte de base de l’école, le dit sans détour : « ثم هي طاهر : تغتسل كلما انقطع الدم وتصوم وتصلي وتوطأ » (thumma hiya ṭâhirun taghtasilu kullamâ nqaṭa’a d-damu wa-taṣûmu wa-tuṣallî wa-tûṭa’u), « ensuite elle est pure : elle se lave chaque fois que le sang s’arrête, elle jeûne, elle prie, elle est approchée ».
Tout ce que le hayd suspendait reprend : la prière, le jeûne, la mosquée, le muṣḥaf, le couple. La tradition documente jusqu’au rapport conjugal : Abû Dâwûd rapporte les cas d’Umm Ḥabîba et de Ḥamna bt Jaḥsh, approchées par leurs maris en état d’istiḥâḍa (Sunan Abî Dâwûd, n° 309-310). La mustahâḍa, la femme au sang prolongé, n’est pas une malade en attente : elle est une pure qui prie.
La leçon 1.6 l’avait croisée sans le dire : le même matn, ouvrant l’essuyage sur les khuffs, les bottines de cuir, nomme la mustahâḍa parmi ceux qui en jouissent : « وَإِنْ مُسْتَحَاضَةٌ » (wa-in mustaḥâḍatun), « même la mustahâḍa ». Elle figure là comme une pure ordinaire : sa licence est celle de tous, preuve que l’excédent ne l’a pas laissée en suspens.
Son wudu’ chez Mâlik
Une question précise se pose : doit-elle refaire son wudu’, ses petites ablutions, à chaque prière, comme le répètent les guides ? La réponse du madhhab est documentée nommément :
« كان لا يرى على المستحاضة وضوءا عند كل صلاة إلا أن يصيبها حدث غير الدم فتوضأ » kâna lâ yarâ ’alâ l-mustaḥâḍati wuḍû’an ‘inda kulli ṣalâtin illâ an yuṣîbahâ ḥadathun ghayru d-dami fa-tawaḍḍa’ « Il ne voyait pas d’ablution due par la mustahâḍa à chaque prière, sauf si un ḥadath autre que le sang la touchait : alors elle faisait ses ablutions. » (Sunan Abî Dâwûd, n° 306)
Le ḥadath, la souillure rituelle que l’ablution lève, est la cause ordinaire du wudu’ : sommeil, toilettes et le reste. Et le recueil ajoute : « هذا قول مالك يعني ابن أنس » (hâdhâ qawlu Mâlikin ya’nî bna Anas), « ceci est la position de Mâlik, c’est-à-dire Ibn Anas ». La règle est nommée : le sang qui coule n’est pas pour elle un annulatif nouveau : son wudu’ se refait pour les causes ordinaires, le sommeil, les toilettes, comme tout le monde, non pour le sang. Le matn de Khalîl consigne une transmission qui exige le wudu’, puis tranche : « والأظهر نفيه » (wa-l-aẓharu nafyuhû), « et l’avis préféré le nie ».
C’est un écart net avec ce qu’on lit partout : le « wudu’ à chaque prière » est la règle d’autres écoles ; la ligne malikite, dite nommément par Abû Dâwûd, est plus légère.
Quand demander conseil
La règle enseignée ici couvre le cas clair : une habitude, un maximum, un excédent. Mais la réalité est parfois sans mesure : un sang continu depuis des mois, aucune habitude lisible, aucun jour d’arrêt ; un saignement sous traitement médical ; des cycles qui ne ressemblent à rien de décrit. Ces cas sortent de la mécanique simple : le fiqh lui-même renvoie alors au savant compétent, qui travaillera le cas un par un ; et un saignement qui inquiète relève aussi du médecin, l’état rituel ne dispensant jamais du soin du corps.
Ce cours se referme où il avait commencé : la purification ne suspend jamais la relation. Même le sang prolongé, qui semble tout couper, laisse la femme pure, sa prière intacte : la règle n’ôte le culte que là où le texte l’a dit, pas un jour de plus.
Le parcours complet est sur la page de la formation de fiqh et dans le module de la purification ; les deux leçons précédentes, les menstrues et les lochies, posent les mesures dont l’istiḥâḍa est l’excédent, et la leçon 1.1 rappelle le ḥadath, l’impureté rituelle, que le wudu’ lève.
