Les lochies (nifas) et la reprise des actes cultuels
· 19 octobre 2026 · 4 min de lecture · quiz ≈ 6 min
Volet 9 sur 10 · La purification (tahara)
Sommaire
L’enfant vient de naître. Le sang qui suit l’accouchement porte son nom propre dans le fiqh : le nifas, les lochies. Même famille que le hayd de la leçon précédente, mêmes suspensions, mais une borne propre et une règle de reprise à part. Voici la règle de l’école de Mâlik.
Le sang de la naissance
Le matn de Khalîl, le texte de base de l’école, le définit sobrement : « دم خرج للولادة ولو بين توأمين » (damun kharaja li-l-wilâdati wa-law bayna taw’amayn), « un sang sorti pour l’accouchement, même entre deux jumeaux ». La précision des jumeaux n’est pas un détail de scribe : le matn en tire que le sang qui s’interpose entre les deux naissances fait « فَنِفَاسَان » (fa-nifâsân), deux lochies, chaque naissance ouvrant son propre compteur.
La borne : soixante jours, chez al-Akhdarî comme chez Khalîl. C’est le chiffre du madhhab, et il étonnera qui a partout entendu « quarante jours ». D’où viennent les quarante ? D’un rapport d’Umm Salama, épouse du Prophète ﷺ :
« كانت النفساء على عهد رسول الله تقعد بعد نفاسها أربعين يوما - أو أربعين ليلة - »
kânat n-nafasâ’u ’alâ ’ahdi rasûli llâhi taq’udu ba’da nafâsihâ arba’îna yawman - aw arba’îna laylatan -
« L’accouchée, au temps du Messager de Dieu, restait après ses lochies quarante jours, ou quarante nuits. » (Sunan Abî Dâwûd, n° 311)
C’est la coutume rapportée de l’époque prophétique : les quarante jours que les guides répètent sont ce constat, non la borne du madhhab. La règle malikite couvre jusqu’à soixante ; en deçà, le sang qui coule est du nifas, avec tout ce que cela suspend.
Les mêmes suspensions
Al-Akhdarî le dit d’une formule : « كالحيض في منعه » (ka-l-ḥayḍi fî man’ihi), « comme le hayd dans ce qu’il empêche ». Tout ce que la leçon 1.7a détaille s’applique pareil : la prière et le jeûne invalides, le ṭawâf, l’entrée de la mosquée, le toucher du muṣḥaf, l’exemplaire du Coran, le rapport et la zone entre nombril et genoux jusqu’au ghusl, le lavage majeur. Et la même douceur : la lecture du Coran reste permise.
La liste est identique, article par article ; ce qui change, c’est le calendrier et la reprise.
La reprise : le sang s’arrête, elle se lave, elle prie
Le matn d’al-Akhdarî pose la règle sans délai : le sang arrêté avant la borne, même le jour même de la naissance, la femme se lave et prie. Pas de quarante jours à purger, pas de fin de mois à attendre : l’arrêt réel du sang fait la reprise, après le ghusl de la leçon 1.4.
La logique est la même qu’à la fin du hayd : dessèchement ou écoulement blanc, lavage, retour à tout. Si le sang s’arrête au dixième jour, le dixième jour reprend la prière. Seule différence avec le hayd : la fenêtre est large, soixante jours pendant lesquels un arrêt du sang fait reprendre, puis un retour éventuel se juge à l’écart.
Et au-delà des soixante ? La borne franchie, le sang qui coule n’est plus du nifas : il bascule dans le cas de la leçon suivante, l’istiḥâḍa, le sang prolongé, où la femme est pure et prie. Comme pour le hayd, le madhhab refuse qu’un sang prolongé suspende le culte sans fin : la mesure atteinte, l’état change.
Le sang qui revient
Le nifas peut s’interrompre puis reprendre : le matn donne la mesure pour lire ce retour. Écart de quinze jours ou plus entre l’arrêt et le retour : ce n’est plus du nifas, c’est du hayd, avec les règles de la leçon 1.7a. Écart moindre : le sang se rattache aux lochies, qui continuent sous leur borne de soixante.
La règle, mise en dates : arrêt le vingtième jour, retour le vingt-septième, huit jours d’écart, les lochies continuent ; retour le trente-huitième, dix-huit jours, ce sont des règles. La quinzaine fait frontière, comme elle bornait déjà le hayd.
Ce qui se rattrape
Même règle que le hayd, et un hadith l’explicite pour le nifas : « لا يأمرها بقضاء صلاة النفاس » (lâ ya’muruhâ bi-qaḍâ’i ṣalâti n-nafâs), « il ne lui ordonne pas de rattraper la prière des lochies » (Sunan Abû Dâwûd, n° 312). Le jeûne suspendu se rattrape, la prière jamais.
Reste le sang qui dépasse tout : la femme dont les règles n’en finissent pas, ou dont le sang coule hors de toute mesure. Ce n’est ni hayd ni nifas : c’est l’istiḥâḍa, le sang prolongé, et son état est tout autre : elle est pure, elle prie. La leçon suivante lui est consacrée.