1.7bLa purification (tahara)

Les lochies (nifas) et la reprise des actes cultuels

Volet 9 sur 10 · La purification (tahara)

Sommaire

L’enfant vient de naître. Le sang qui suit l’accouchement porte son nom propre dans le fiqh : le nifas, les lochies. Même famille que le hayd de la leçon précédente, mêmes suspensions, mais une borne propre et une règle de reprise à part. Voici la règle de l’école de Mâlik.

Le sang de la naissance

Le matn de Khalîl, le texte de base de l’école, le définit sobrement : « دم خرج للولادة ولو بين توأمين » (damun kharaja li-l-wilâdati wa-law bayna taw’amayn), « un sang sorti pour l’accouchement, même entre deux jumeaux ». La précision des jumeaux n’est pas un détail de scribe : le matn en tire que le sang qui s’interpose entre les deux naissances fait « فَنِفَاسَان » (fa-nifâsân), deux lochies, chaque naissance ouvrant son propre compteur.

La borne : soixante jours, chez al-Akhdarî comme chez Khalîl. C’est le chiffre du madhhab, et il étonnera qui a partout entendu « quarante jours ». D’où viennent les quarante ? D’un rapport d’Umm Salama, épouse du Prophète ﷺ :

« كانت النفساء على عهد رسول الله تقعد بعد نفاسها أربعين يوما - أو أربعين ليلة - » kânat n-nafasâ’u ’alâ ’ahdi rasûli llâhi taq’udu ba’da nafâsihâ arba’îna yawman - aw arba’îna laylatan - « L’accouchée, au temps du Messager de Dieu, restait après ses lochies quarante jours, ou quarante nuits. » (Sunan Abî Dâwûd, n° 311)

C’est la coutume rapportée de l’époque prophétique : les quarante jours que les guides répètent sont ce constat, non la borne du madhhab. La règle malikite couvre jusqu’à soixante ; en deçà, le sang qui coule est du nifas, avec tout ce que cela suspend.

Les mêmes suspensions

Al-Akhdarî le dit d’une formule : « كالحيض في منعه » (ka-l-ḥayḍi fî man’ihi), « comme le hayd dans ce qu’il empêche ». Tout ce que la leçon 1.7a détaille s’applique pareil : la prière et le jeûne invalides, le ṭawâf, l’entrée de la mosquée, le toucher du muṣḥaf, l’exemplaire du Coran, le rapport et la zone entre nombril et genoux jusqu’au ghusl, le lavage majeur. Et la même douceur : la lecture du Coran reste permise.

La liste est identique, article par article ; ce qui change, c’est le calendrier et la reprise.

La reprise : le sang s’arrête, elle se lave, elle prie

Le matn d’al-Akhdarî pose la règle sans délai : le sang arrêté avant la borne, même le jour même de la naissance, la femme se lave et prie. Pas de quarante jours à purger, pas de fin de mois à attendre : l’arrêt réel du sang fait la reprise, après le ghusl de la leçon 1.4.

La logique est la même qu’à la fin du hayd : dessèchement ou écoulement blanc, lavage, retour à tout. Si le sang s’arrête au dixième jour, le dixième jour reprend la prière. Seule différence avec le hayd : la fenêtre est large, soixante jours pendant lesquels un arrêt du sang fait reprendre, puis un retour éventuel se juge à l’écart.

Et au-delà des soixante ? La borne franchie, le sang qui coule n’est plus du nifas : il bascule dans le cas de la leçon suivante, l’istiḥâḍa, le sang prolongé, où la femme est pure et prie. Comme pour le hayd, le madhhab refuse qu’un sang prolongé suspende le culte sans fin : la mesure atteinte, l’état change.

Le sang qui revient

Le nifas peut s’interrompre puis reprendre : le matn donne la mesure pour lire ce retour. Écart de quinze jours ou plus entre l’arrêt et le retour : ce n’est plus du nifas, c’est du hayd, avec les règles de la leçon 1.7a. Écart moindre : le sang se rattache aux lochies, qui continuent sous leur borne de soixante.

La règle, mise en dates : arrêt le vingtième jour, retour le vingt-septième, huit jours d’écart, les lochies continuent ; retour le trente-huitième, dix-huit jours, ce sont des règles. La quinzaine fait frontière, comme elle bornait déjà le hayd.

Ce qui se rattrape

Même règle que le hayd, et un hadith l’explicite pour le nifas : « لا يأمرها بقضاء صلاة النفاس » (lâ ya’muruhâ bi-qaḍâ’i ṣalâti n-nafâs), « il ne lui ordonne pas de rattraper la prière des lochies » (Sunan Abû Dâwûd, n° 312). Le jeûne suspendu se rattrape, la prière jamais.

Reste le sang qui dépasse tout : la femme dont les règles n’en finissent pas, ou dont le sang coule hors de toute mesure. Ce n’est ni hayd ni nifas : c’est l’istiḥâḍa, le sang prolongé, et son état est tout autre : elle est pure, elle prie. La leçon suivante lui est consacrée.

Le parcours complet est sur la page de la formation de fiqh et dans le module de la purification ; la leçon précédente, les menstrues, détaille les suspensions que le nifas reprend à l’identique, et la leçon 1.4 traite du ghusl qui rouvre tout à l’arrêt du sang.

Vérifiez votre compréhension

Question 1 sur 6 Accouchée il y a quarante-cinq jours, elle voit encore du sang. Dans l'école de Mâlik…
Elle est encore en nifas : la borne du madhhab est de soixante jours

Les deux matns posent le maximum à soixante jours. Les « quarante jours » qu'on entend partout sont la coutume rapportée par Umm Salama, pas la borne : au-delà de soixante seulement, le sang change d'état.

Au-delà de quarante jours, ce n'est plus du nifas : elle doit reprendre

Les quarante jours sont le rapport d'Umm Salama sur la coutume de l'époque prophétique, pas la règle du madhhab : les matns portent la borne à soixante. Tant que le sang coule en deçà, les suspensions tiennent.

Le nifas plafonne à quinze jours comme le hayd

Les quinze jours sont la borne du hayd, pas du nifas : le sang de la naissance a sa propre mesure, soixante jours, précisément parce qu'il suit un autre événement.

Question 2 sur 6 Le sang s'est arrêté le vingt-cinquième jour après la naissance. Que fait-elle ?
Elle attend les quarante jours traditionnels avant de reprendre

Aucune attente n'est attachée au nombre : le matn fait la reprise dès l'arrêt du sang, même le jour même de la naissance. Les quarante sont une coutume rapportée, pas un délai à purger.

Elle attend la fin du mois lunaire suivant l'accouchement

La reprise ne suit aucun calendrier : elle suit l'arrêt réel du sang. Le matn la place même au jour de la naissance si le sang s'y est arrêté.

Elle fait le ghusl et reprend la prière aussitôt

C'est la règle d'al-Akhdarî : sang arrêté avant la borne, même dès le jour de la naissance, elle se lave et prie. Le ghusl rouvre tout, comme à la fin du hayd.

Question 3 sur 6 Le sang des lochies s'était arrêté au vingtième jour ; il revient au trente-huitième. Ce retour est…
Du nifas qui continue : il est rattaché aux lochies

L'écart entre l'arrêt et le retour compte : au-dessous de quinze jours le sang revient au nifas, mais ici il est de dix-huit. Le retour s'est fait hors la fenêtre des lochies.

Du hayd : l'écart dépasse quinze jours, ce sont des règles, plus des lochies

La règle du matn : un sang qui revient après un écart de quinze jours ou plus n'est plus du nifas mais du hayd, avec les durées et suspensions de la leçon 1.7a.

De l'istiḥâḍa : le sang qui revient n'est jamais du hayd

Le retour n'est pas d'office un sang prolongé : le critère est l'écart. En deçà de quinze jours il se rattache au nifas ; au-delà, il reprend le nom et les règles du hayd.

Question 4 sur 6 Même accouchée, le sang reprend cette fois au vingt-septième jour, huit jours après l'arrêt…
Le compteur repart à zéro : c'est un nouveau nifas de soixante jours

Le matn ne remet pas le compteur à zéro pour un retour proche : le sang qui revient en deçà de quinze jours se rattache au nifas en cours, qui garde sa borne unique.

C'est de l'istiḥâḍa : tout sang qui revient est prolongé

Le sang qui revient n'est pas automatiquement prolongé : la mesure est l'écart, pas le retour. En deçà de quinze jours, il reste dans le nifas.

C'est toujours le nifas : un retour en deçà de quinze jours se rattache aux lochies

La règle est symétrique : écart inférieur à quinze jours, le sang revient au nifas ; écart de quinze ou plus, il devient du hayd. Ici huit jours : les lochies continuent.

Question 5 sur 6 Pendant le nifas, ce qui est suspendu est…
Exactement ce que le hayd suspend : prière, jeûne, ṭawâf, mosquée, toucher du muṣḥaf, intimité jusqu'au ghusl

Les matns traitent le nifas « comme le hayd dans ce qu'il empêche » : même liste, mêmes nuances. La lecture du Coran reste permise pareillement ; seule la borne change.

La prière et le jeûne seulement : le reste est libre

La suspension du nifas n'est pas allégée : le matn dit « كالحيض في منعه » (*ka-l-ḥayḍi fî man'ihi*), comme le hayd dans ce qu'il empêche. Les cinq suspensions de la leçon 1.7a s'appliquent pareil.

Toute vie religieuse : elle ne reprend qu'au quarantième jour

Deux erreurs d'un coup : la lecture du Coran reste permise pendant le nifas comme pendant le hayd, et la reprise suit l'arrêt du sang, pas un nombre de jours.

Question 6 sur 6 Après l'accouchement, que devra-t-elle rattraper ?
Le jeûne seulement : la prière du nifas ne se rattrape pas

Abû Dâwûd 312 le dit mot à mot : il ne lui est pas ordonné de rattraper la prière du nifas. Comme pour le hayd, les jours de jeûne suspendus se reprennent, les prières jamais.

Le jeûne et la prière, dès que le sang s'arrête

Le rattrapage du nifas suit la même règle que le hayd : le jeûne oui, la prière non. La suspension de la prière est un arrêt ordonné, pas une dette à solder.

Rien : la naissance dispense des deux pour le mois entier

Le nifas suspend mais n'efface pas : le jeûne raté se rattrape après le mois, comme pour le hayd. Seule la prière est dispensée de reprise.