1.7aLa purification (tahara)
Les menstrues (hayd)
Sommaire
Les règles viennent de commencer. La prière s’arrête, le jeûne aussi, et le reste ? Ce qui change pendant le hayd, les menstrues : ce qu’il suspend, ce qu’il laisse, combien de temps il peut durer, comment on sait qu’il est fini. C’est l’une des questions les plus posées au fiqh, et l’une des mieux encadrées. Voici la réponse de l’école de Mâlik, posée à froid.
La question est légitime
Le Coran en parle sans détour, et il le fait en répondant à une question :
« ويسألونك عن المحيض، قل هو أذى فاعتزلوا النساء في المحيض ولا تقربوهن حتى يطهرن، فإذا تطهرن فأتوهن من حيث أمركم الله، إن الله يحب التوابين ويحب المتطهرين » wa-yas’alûnaka ’ani l-maḥîḍi qul huwa adhan fa-’tazilû n-nisâ’a fî l-maḥîḍi wa-lâ taqrabûhunna ḥattâ yaṭhurna fa-idhâ taṭahharna fa-tûhunna min ḥaythu amarakumu llâhu inna llâha yuḥibbu t-tawwâbîna wa-yuḥibbu l-mutaṭahhirîn « Et ils t’interrogent sur la menstruation des femmes. Dis : c’est un mal. Éloignez-vous donc des femmes pendant les menstrues, et ne les approchez que quand elles sont pures. Quand elles se sont purifiées, alors cohabitez avec elles suivant les prescriptions d’Allah car Allah aime ceux qui se repentent, et Il aime ceux qui se purifient. » (Coran 2:222, trad. Hamidullah)
« Ils t’interrogent » : la règle du hayd est née d’une question posée au Prophète ﷺ, et le verset a gardé cette question dans son ouverture. La poser n’est pas une indiscrétion. Le Prophète ﷺ louait même celles qui insistaient :
« نعم النساء نساء الأنصار لم يكن يمنعهن الحياء أن يسألن عن الدين وأن يتفقهن فيه » ni’ma n-nisâ’u nisâ’u l-anṣâri lam yakun yamna’uhunna l-ḥayâ’u an yas’alna ’ani d-dîni wa-an yatafaqqahna fîhi « Les meilleures des femmes sont les femmes des Anṣâr : la pudeur ne les empêchait pas de questionner la religion et de s’y instruire. » (Sunan Abî Dâwûd, n° 316)
Ce qu’est le hayd, et combien de temps
Définition du matn de Khalîl, le texte de base de l’école : « دم كصفرة أو كدرة خرج بنفسه من قبل من تحمل عادة وإن دفعة » (damun ka-ṣufratin aw kudratin kharaja bi-nafsihi min qibali man taḥmilu ’âdatan wa-in daf’atan), « un sang, même jaunâtre ou trouble, qui sort de lui-même chez celle qui porte habituellement, ne serait-ce qu’une fois ». Trois choses à retenir : c’est un sang qui vient de lui-même, sans cause extérieure ; la couleur n’importe pas, le jaunâtre et le trouble comptent ; et il suffit qu’il vienne chez celle qui en a l’habitude.
Le temps, lui, se lit sur trois cas de figure que les matns posent côte à côte : « النساء مبتدأة ومعتادة وحامل » (an-nisâ’u mubtadi’atun wa-mu’tâdatun wa-ḥâmilun), les femmes sont débutante, habituée ou enceinte.
- La mubtadi’a, celle qui voit le sang pour la première fois : son maximum est de quinze jours, « نصف شهر » (niṣfu shahri), une demi-lunaison. Au-delà, ce n’est plus du hayd.
- La mu’tâda, l’habituée : sa règle, c’est son habitude. Si le sang la dépasse, elle ajoute jusqu’à trois jours de précaution sans franchir les quinze ; passé ce plafond, elle est pure.
- La ḥâmil, la femme enceinte : fait propre au madhhab, elle peut être en état de hayd, environ quinze jours après le troisième mois de grossesse, environ vingt après le sixième ; avant trois mois, le matn consigne deux avis.
Un détail pratique : le sang intermittent se compte par recollement, les jours de sang s’additionnent jusqu’à l’habitude et les interruptions ne remettent pas le compteur à zéro.
Ce qui s’arrête, ce qui continue
Le cœur de la question. Al-Akhdarî pose la liste d’une phrase : « ولا يحل للحائض صلاة ولا صوم ولا طواف ولا مس مصحف ولا دخول مسجد » (wa-lâ yaḥillu li-l-ḥâ’iḍi ṣalâtun wa-lâ ṣawmun wa-lâ ṭawâfun wa-lâ massu muṣḥafin wa-lâ dukhûlu masjidin), « il n’est pas permis à la femme en règles ni la prière, ni le jeûne, ni le ṭawâf, ni le toucher du muṣḥaf, ni l’entrée de la mosquée ».
Cinq suspensions, à lire une par une :
- La prière et le jeûne ne sont pas valides : ce n’est pas une dispense, les actes ne comptent pas pendant le hayd.
- Le ṭawâf, les tours autour de la Ka’ba, et l’entrée de la mosquée (donc la retraite de l’i’tikâf) : suspendus pareil.
- Le toucher du muṣḥaf, l’exemplaire relié du Coran : interdit, mais pas la lecture. Le même matn enchaîne aussitôt : « وقراءتها جائزة » (wa-qirâ’atuhâ jâ’izatun), « et sa lecture est permise ». La hâ’iḍ lit le Coran de mémoire ou sans toucher le livre ; la distinction est écrite dans le texte, et c’est un point où l’école se montre plus douce que ce qu’on entend partout.
Et le reste de la vie ? Il continue. Le surnageant de la femme en règles, l’eau qu’elle laisse après usage, est pur ; ‘Â’isha, la mère des croyants, raconte qu’elle coiffait et lavait la tête du Prophète ﷺ pendant ses propres règles, « فَأُرَجِّلُ رَأْسَهُ وَأَنَا حَائِضٌ » (fa-urajjilu ra’sahu wa-anâ ḥâ’iḍun), « je lui coiffais la tête alors que j’étais en règles » (Sahih Muslim, n° 297), et le même recueil rapporte qu’il récitait le Coran, la tête posée dans le giron d’’Â’isha. Le quotidien n’est pas suspendu.
L’intimité, dite clairement
Le verset dit « éloignez-vous des femmes » ; les matns précisent le domaine de cet écartement. Al-Akhdarî : « ولا يحل لزوجها فرجها ولا ما بين سرتها وركبتيها حتى تغتسل » (wa-lâ yaḥillu li-zawjihâ farjahâ wa-lâ mâ bayna surratihâ wa-rukbatayhâ ḥattâ taghtasila), « il n’est pas permis au mari son sexe, ni ce qui est entre son nombril et ses genoux, jusqu’à ce qu’elle se soit lavée ».
Deux précisions de l’école. L’interdit court jusqu’au ghusl, le lavage majeur, non jusqu’au simple arrêt du sang : Khalîl le dit expressément, même après la fin du sang et un tayammum, la purification de la terre : il faut l’eau du ghusl. Et l’interdit porte sur le rapport et la zone, pas sur le couple : la tendresse hors cette zone reste permise, comme le montre le hadith de l’izâr, le pagne :
« كان إحدانا إذا كانت حائضا أمرها رسول الله فتأتزر بإزار ثم يباشرها » kâna iḥdânâ idhâ kânat ḥâ’iḍan amarahâ rasûlu llâhi fa-ta’taziru bi-izârin thumma yubâshirahâ « Quand l’une de nous était en règles, le Messager de Dieu lui demandait de s’envelopper d’un pagne, puis il la touchait. » (Sahih Muslim, n° 293)
La mubâshara, le contact peau contre peau, le pagne couvrant la zone, restait donc ouverte. Interdit le rapport, pas la tendresse : la règle est précise des deux côtés.
Savoir que c’est fini
Deux signes, chez Khalîl : « الطهر بجفوف أو قصة » (aṭ-ṭuhru bi-jufûfin aw quṣṣatin), « la pureté par le dessèchement ou l’écoulement blanc ». Le jufûf, le dessèchement complet, ou la quṣṣa, l’écoulement blanchâtre qui clôt les règles. L’habituée attend la quṣṣa jusqu’à la fin de son temps préféré ; le contrôle se fait « عند النوم والصبح » (’inda n-nawmi wa-ṣ-ṣubḥ), au coucher et au matin, pas avant l’aube.
Sang arrêté, signe vu : le ghusl, le lavage majeur de la leçon 1.4, rouvre tout, prière, jeûne, mosquée, muṣḥaf, couple. Une pratique rapportée par ’Â’isha complète le lavage : passer un chiffon parfumé au musc, la firṣa, à l’endroit du sang, « تتبعي بها أثر الدم » (tatatabba’î bihâ athara d-dam), « suis avec elle la trace du sang » (Sahih Muslim, n° 332). Un soin de propreté, pas une obligation.
Ce qui se rattrape, ce qui ne se rattrape pas
La règle tient en une ligne du matn : « وعليها قضاء الصوم دون الصلاة » (wa-’alayhâ qaḍâ’u ṣ-ṣawmi dûna ṣ-ṣalâti), « elle doit le rattrapage du jeûne, non de la prière ». Les jours de ramadan suspendus se reprennent après le mois ; les prières suspendues, jamais. La tradition le confirme : Mu’âdha demandait à ’Â’isha si la femme en règles rattrapait la prière, et la réponse fut : « كانت إحدانا تحيض على عهد رسول الله ثم لا تؤمر بقضاء » (kânat iḥdânâ taḥîḍu ’alâ ‘ahdi rasûli llâhi thumma lâ tu’maru bi-qaḍâ’), « l’une de nous avait ses règles du vivant du Messager de Dieu, et il ne lui était pas ordonné de rattraper » (Sahih Muslim, n° 335).
La suspension de la prière n’est donc pas une dette à solder : c’est un arrêt ordonné, et le matn n’y ajoute aucune reprise.
Et si le sang ne s’arrête pas ? Au-delà du maximum, quinze jours pour la première fois, l’habitude majorée pour l’habituée, ce n’est plus du hayd : la femme est pure. Ce sang prolongé a son nom, l’istiḥâḍa, et la leçon 1.7c dira sa règle propre. Juste avant, la leçon 1.7b traite des lochies, an-nifâs, le sang de la naissance : il suspend comme le hayd, mais reprend sur un autre calendrier.
Le parcours complet est sur la page de la formation de fiqh et dans le module de la purification ; la leçon précédente, essuyer sur les khuffs et les pansements, croisait déjà la mustahâḍa que la suite de ce cours rejoindra, et la leçon 1.4 détaille le ghusl qui rouvre tout à la fin du hayd.
