1.7aLa purification (tahara)

Les menstrues (hayd)

Volet 8 sur 10 · La purification (tahara)

Sommaire

Les règles viennent de commencer. La prière s’arrête, le jeûne aussi, et le reste ? Ce qui change pendant le hayd, les menstrues : ce qu’il suspend, ce qu’il laisse, combien de temps il peut durer, comment on sait qu’il est fini. C’est l’une des questions les plus posées au fiqh, et l’une des mieux encadrées. Voici la réponse de l’école de Mâlik, posée à froid.

La question est légitime

Le Coran en parle sans détour, et il le fait en répondant à une question :

« ويسألونك عن المحيض، قل هو أذى فاعتزلوا النساء في المحيض ولا تقربوهن حتى يطهرن، فإذا تطهرن فأتوهن من حيث أمركم الله، إن الله يحب التوابين ويحب المتطهرين » wa-yas’alûnaka ’ani l-maḥîḍi qul huwa adhan fa-’tazilû n-nisâ’a fî l-maḥîḍi wa-lâ taqrabûhunna ḥattâ yaṭhurna fa-idhâ taṭahharna fa-tûhunna min ḥaythu amarakumu llâhu inna llâha yuḥibbu t-tawwâbîna wa-yuḥibbu l-mutaṭahhirîn « Et ils t’interrogent sur la menstruation des femmes. Dis : c’est un mal. Éloignez-vous donc des femmes pendant les menstrues, et ne les approchez que quand elles sont pures. Quand elles se sont purifiées, alors cohabitez avec elles suivant les prescriptions d’Allah car Allah aime ceux qui se repentent, et Il aime ceux qui se purifient. » (Coran 2:222, trad. Hamidullah)

« Ils t’interrogent » : la règle du hayd est née d’une question posée au Prophète ﷺ, et le verset a gardé cette question dans son ouverture. La poser n’est pas une indiscrétion. Le Prophète ﷺ louait même celles qui insistaient :

« نعم النساء نساء الأنصار لم يكن يمنعهن الحياء أن يسألن عن الدين وأن يتفقهن فيه » ni’ma n-nisâ’u nisâ’u l-anṣâri lam yakun yamna’uhunna l-ḥayâ’u an yas’alna ’ani d-dîni wa-an yatafaqqahna fîhi « Les meilleures des femmes sont les femmes des Anṣâr : la pudeur ne les empêchait pas de questionner la religion et de s’y instruire. » (Sunan Abî Dâwûd, n° 316)

Ce qu’est le hayd, et combien de temps

Définition du matn de Khalîl, le texte de base de l’école : « دم كصفرة أو كدرة خرج بنفسه من قبل من تحمل عادة وإن دفعة » (damun ka-ṣufratin aw kudratin kharaja bi-nafsihi min qibali man taḥmilu ’âdatan wa-in daf’atan), « un sang, même jaunâtre ou trouble, qui sort de lui-même chez celle qui porte habituellement, ne serait-ce qu’une fois ». Trois choses à retenir : c’est un sang qui vient de lui-même, sans cause extérieure ; la couleur n’importe pas, le jaunâtre et le trouble comptent ; et il suffit qu’il vienne chez celle qui en a l’habitude.

Le temps, lui, se lit sur trois cas de figure que les matns posent côte à côte : « النساء مبتدأة ومعتادة وحامل » (an-nisâ’u mubtadi’atun wa-mu’tâdatun wa-ḥâmilun), les femmes sont débutante, habituée ou enceinte.

Un détail pratique : le sang intermittent se compte par recollement, les jours de sang s’additionnent jusqu’à l’habitude et les interruptions ne remettent pas le compteur à zéro.

Ce qui s’arrête, ce qui continue

Le cœur de la question. Al-Akhdarî pose la liste d’une phrase : « ولا يحل للحائض صلاة ولا صوم ولا طواف ولا مس مصحف ولا دخول مسجد » (wa-lâ yaḥillu li-l-ḥâ’iḍi ṣalâtun wa-lâ ṣawmun wa-lâ ṭawâfun wa-lâ massu muṣḥafin wa-lâ dukhûlu masjidin), « il n’est pas permis à la femme en règles ni la prière, ni le jeûne, ni le ṭawâf, ni le toucher du muṣḥaf, ni l’entrée de la mosquée ».

Cinq suspensions, à lire une par une :

Et le reste de la vie ? Il continue. Le surnageant de la femme en règles, l’eau qu’elle laisse après usage, est pur ; ‘Â’isha, la mère des croyants, raconte qu’elle coiffait et lavait la tête du Prophète ﷺ pendant ses propres règles, « فَأُرَجِّلُ رَأْسَهُ وَأَنَا حَائِضٌ » (fa-urajjilu ra’sahu wa-anâ ḥâ’iḍun), « je lui coiffais la tête alors que j’étais en règles » (Sahih Muslim, n° 297), et le même recueil rapporte qu’il récitait le Coran, la tête posée dans le giron d’’Â’isha. Le quotidien n’est pas suspendu.

L’intimité, dite clairement

Le verset dit « éloignez-vous des femmes » ; les matns précisent le domaine de cet écartement. Al-Akhdarî : « ولا يحل لزوجها فرجها ولا ما بين سرتها وركبتيها حتى تغتسل » (wa-lâ yaḥillu li-zawjihâ farjahâ wa-lâ mâ bayna surratihâ wa-rukbatayhâ ḥattâ taghtasila), « il n’est pas permis au mari son sexe, ni ce qui est entre son nombril et ses genoux, jusqu’à ce qu’elle se soit lavée ».

Deux précisions de l’école. L’interdit court jusqu’au ghusl, le lavage majeur, non jusqu’au simple arrêt du sang : Khalîl le dit expressément, même après la fin du sang et un tayammum, la purification de la terre : il faut l’eau du ghusl. Et l’interdit porte sur le rapport et la zone, pas sur le couple : la tendresse hors cette zone reste permise, comme le montre le hadith de l’izâr, le pagne :

« كان إحدانا إذا كانت حائضا أمرها رسول الله فتأتزر بإزار ثم يباشرها » kâna iḥdânâ idhâ kânat ḥâ’iḍan amarahâ rasûlu llâhi fa-ta’taziru bi-izârin thumma yubâshirahâ « Quand l’une de nous était en règles, le Messager de Dieu lui demandait de s’envelopper d’un pagne, puis il la touchait. » (Sahih Muslim, n° 293)

La mubâshara, le contact peau contre peau, le pagne couvrant la zone, restait donc ouverte. Interdit le rapport, pas la tendresse : la règle est précise des deux côtés.

Savoir que c’est fini

Deux signes, chez Khalîl : « الطهر بجفوف أو قصة » (aṭ-ṭuhru bi-jufûfin aw quṣṣatin), « la pureté par le dessèchement ou l’écoulement blanc ». Le jufûf, le dessèchement complet, ou la quṣṣa, l’écoulement blanchâtre qui clôt les règles. L’habituée attend la quṣṣa jusqu’à la fin de son temps préféré ; le contrôle se fait « عند النوم والصبح » (’inda n-nawmi wa-ṣ-ṣubḥ), au coucher et au matin, pas avant l’aube.

Sang arrêté, signe vu : le ghusl, le lavage majeur de la leçon 1.4, rouvre tout, prière, jeûne, mosquée, muṣḥaf, couple. Une pratique rapportée par ’Â’isha complète le lavage : passer un chiffon parfumé au musc, la firṣa, à l’endroit du sang, « تتبعي بها أثر الدم » (tatatabba’î bihâ athara d-dam), « suis avec elle la trace du sang » (Sahih Muslim, n° 332). Un soin de propreté, pas une obligation.

Ce qui se rattrape, ce qui ne se rattrape pas

La règle tient en une ligne du matn : « وعليها قضاء الصوم دون الصلاة » (wa-’alayhâ qaḍâ’u ṣ-ṣawmi dûna ṣ-ṣalâti), « elle doit le rattrapage du jeûne, non de la prière ». Les jours de ramadan suspendus se reprennent après le mois ; les prières suspendues, jamais. La tradition le confirme : Mu’âdha demandait à ’Â’isha si la femme en règles rattrapait la prière, et la réponse fut : « كانت إحدانا تحيض على عهد رسول الله ثم لا تؤمر بقضاء » (kânat iḥdânâ taḥîḍu ’alâ ‘ahdi rasûli llâhi thumma lâ tu’maru bi-qaḍâ’), « l’une de nous avait ses règles du vivant du Messager de Dieu, et il ne lui était pas ordonné de rattraper » (Sahih Muslim, n° 335).

La suspension de la prière n’est donc pas une dette à solder : c’est un arrêt ordonné, et le matn n’y ajoute aucune reprise.

Et si le sang ne s’arrête pas ? Au-delà du maximum, quinze jours pour la première fois, l’habitude majorée pour l’habituée, ce n’est plus du hayd : la femme est pure. Ce sang prolongé a son nom, l’istiḥâḍa, et la leçon 1.7c dira sa règle propre. Juste avant, la leçon 1.7b traite des lochies, an-nifâs, le sang de la naissance : il suspend comme le hayd, mais reprend sur un autre calendrier.

Le parcours complet est sur la page de la formation de fiqh et dans le module de la purification ; la leçon précédente, essuyer sur les khuffs et les pansements, croisait déjà la mustahâḍa que la suite de ce cours rejoindra, et la leçon 1.4 détaille le ghusl qui rouvre tout à la fin du hayd.

Vérifiez votre compréhension

Question 1 sur 7 Premières règles de sa vie : le sang coule encore au vingtième jour. Que dit le matn ?
Au-delà de quinze jours, ce n'est plus du hayd : la première fois plafonne à une demi-lunaison

Le maximum de la mubtadi'a, la débutante, est fixé à « نصف شهر » (*niṣfu shahri*), quinze jours. La prière reprend à la borne ; ce qui coule ensuite relève d'un autre sang, l'istiḥâḍa, objet de la leçon 1.7c.

Elle a suspendu la prière vingt jours : le hayd dure tant que le sang coule

C'est la confusion la plus répandue : le madhhab pose une borne à la première venue. Le sang qui la dépasse n'est plus compté comme menstruation.

Elle devait reprendre au septième jour, durée moyenne des règles

Sept jours est une moyenne médicale, pas une borne juridique. Le matn ne connaît que le plafond de quinze pour la première fois ; en dessous, l'arrêt réel du sang fait la fin.

Question 2 sur 7 Habituée de cinq jours, elle voit le sang continuer au sixième. La règle de l'habituée…
Sa nouvelle durée devient d'office son habitude

L'habitude ne se réécrit pas d'un coup de sang : le matn lui fait ajouter des jours de précaution, sans toucher au plafond. La mécanique est mesurée, pas automatique.

Elle attend l'arrêt du sang, quel qu'en soit le temps

L'habituée comme la débutante reste bornée par les quinze jours : attendre sans borne ferait du sang prolongé une menstruation, ce que le matn refuse.

Elle ajoute jusqu'à trois jours de précaution, sans dépasser quinze, puis elle est pure

C'est la mécanique des deux matns : l'habitude plus trois, plafond quinze. Au-delà, l'état change : plus de suspensions, retour à la prière et au jeûne.

Question 3 sur 7 Pendant ses règles, laquelle de ces pratiques reste permise selon le matn ?
Entrer dans la mosquée pour écouter un rappel

Le « ولا دخول مسجد » (*wa-lâ dukhûlu masjidin*) d'al-Akhdarî interdit l'entrée de la mosquée pendant le hayd, quelle qu'en soit la raison : l'i'tikâf comme la visite.

Lire le Coran, sans toucher le muṣḥaf

Le même matn qui interdit le toucher du livre dit aussitôt « وقراءتها جائزة » (*wa-qirâ'atuhâ jâ'izatun*) : sa lecture est permise. De mémoire ou à distance du muṣḥaf, la récitation continue.

Toucher le muṣḥaf pour suivre la récitation du soir

Le toucher du muṣḥaf figure dans les cinq suspensions du matn. La nuance est fine mais ferme : la lecture est ouverte, le contact avec le livre non.

Question 4 sur 7 Son ramadan a été interrompu six jours par les règles. À la sortie du mois…
Elle rattrape les six jours de jeûne, et ne rattrape aucune prière

« وعليها قضاء الصوم دون الصلاة » (*wa-'alayhâ qaḍâ'u ṣ-ṣawmi dûna ṣ-ṣalâti*) : le jeûne se rattrape, la prière non. 'Â'isha le confirme dans Muslim 335 : jamais il n'a été ordonné de rattraper la prière du hayd.

Elle rattrape les jeûnes et les prières suspendus

Le rattrapage ne concerne que le jeûne : les prières d'un hayd entier formeraient une charge que la règle n'a pas posée. La suspension de la prière n'est pas une dette.

Elle ne rattrape rien : la suspension efface la dette des deux

La suspension n'efface pas le jeûne : les jours de ramadan sont comptés et dus, ils se reprennent après le mois. Seule la prière est dispensée de rattrapage.

Question 5 sur 7 Comment le matn dit-il que le hayd est terminé ?
Au septième jour, terme ordinaire des règles

Aucun nombre de jours ne signe la fin : la durée se lit sur l'habitude, la fin se lit sur le corps. Le septième jour n'a rien de juridique.

Dès que le sang s'interrompt une heure, même au milieu de l'habitude

Un arrêt d'une heure ne signe rien : le matn fait contrôler au coucher et au matin, pas en continu. Le sang qui va et vient se recolle et se compte.

Par le dessèchement ou l'écoulement blanc

« الطهر بجفوف أو قصة » (*aṭ-ṭuhru bi-jufûfin aw quṣṣatin*) : le jufûf, le dessèchement, ou la quṣṣa, l'écoulement blanchâtre qui clôt les règles. Après le signe, le ghusl rouvre tout.

Question 6 sur 7 Le sang s'est arrêté, elle n'a pas encore fait le ghusl. Pour le mari…
Tout contact reste interdit jusqu'au ghusl

Le hadith de l'izâr montre le Prophète ﷺ touchant son épouse en règles au-dessus d'un pagne : la mubâshara, la tendresse hors zone, reste ouverte. L'interdit porte sur le rapport et la zone, pas sur le couple.

Le rapport et la zone entre nombril et genoux restent interdits jusqu'au ghusl

C'est la précision malikite : l'interdit court « حتى تغتسل » (*ḥattâ taghtasila*), jusqu'au lavage majeur, et Khalîl refuse même le tayammum comme raccourci. L'arrêt du sang appelle le ghusl, il ne le remplace pas.

Rien n'est plus interdit : l'arrêt du sang suffit

L'arrêt du sang ouvre la permission du ghusl, pas le rapport : le verset conditionne à « فإذا تطهرن » (*fa-idhâ taṭahharna*), quand elles se sont purifiées, c'est-à-dire lavées.

Question 7 sur 7 Une femme en règles au quotidien : qu'est-ce qui change pour la maison ?
Presque rien : son surnageant est pur, elle peut coiffer ou laver la tête de l'autre

Le titre du chapitre de Muslim le documente : la pureté de son surnageant, l'appui dans son giron, la lecture du Coran dans son giron. 'Â'isha coiffait le Prophète ﷺ pendant ses propres règles.

Elle mange à part : ses restes sont impurs

Son surnageant est pur selon le recueil même : le hayd est un état rituel, pas une souillure de la personne. L'exclusion de la table n'a aucun fondement dans les matns.

Elle dort seule : le lit conjugal est suspendu

Le hadith de l'izâr montre le contact tendre permis pendant le hayd : seuls le rapport et la zone nombril-genoux attendent le ghusl. Le reste de la vie commune continue.