2.9La prière (salat)
Les prières surérogatoires
Sommaire
Après les cinq prières, il y a tout un domaine : les prières volontaires, an-nawâfil, les surérogatoires. Le mot même porte sa logique : ce qui vient en plus du prescrit, offert librement, jamais exigé de toi. Le Prophète ﷺ a dit :
« أَفْضَلُ الصِّيَامِ بَعْدَ رَمَضَانَ شَهْرُ اللَّهِ الْمُحَرَّمُ وَأَفْضَلُ الصَّلَاةِ بَعْدَ الْفَرِيضَةِ صَلَاةُ اللَّيْلِ » afḍalu ṣ-ṣiyâmi ba’da ramaḍâna shahru llâhi l-muḥarram, wa-afḍalu ṣ-ṣalâti ba’da l-farîḍati ṣalâtu l-layl « Le meilleur jeûne après Ramadan est le mois de Dieu, al-Muḥarram ; et la meilleure prière après la prescrite est la prière de la nuit. » (Ṣaḥîḥ Muslim, n° 1163a)
La Risâla d’Ibn Abî Zayd range tout cela dans un seul chapitre, « les prières prescrites et ce qui s’y attache de nafl et de sunnas ». C’est ce fil que cette leçon suit : la nuit d’abord, puis le tarâwîḥ, le ḍuḥâ, et ce qui entoure les cinq prescrites.
Le fil de la nuit
La nafl de la nuit se lit à voix haute ; celle du jour, à voix basse ; qui lit haut le jour, le matn dit « فذلك واسع » : le champ reste large. La nuit se prie par paires, « مثنى مثنى », deux rak’as puis salut.
Son sommet : le shaf’ puis le witr. Le shaf’ (la paire) fait au moins deux rak’as : on lit dans la première la Fâtiḥa et « سبح اسم ربك الأعلى », dans la seconde la Fâtiḥa et « قل يا أيها الكافرون ». Puis le witr, une rak’a, où l’on lit la Fâtiḥa, « قل هو الله أحد » et les deux Mu’awwidhatayn, le tout à voix haute.
Quand ? La meilleure part de la nuit est sa fin : « أفضل الليل آخره في القيام ». Le Prophète ﷺ priait douze rak’as puis le witr (ou dix, dit une autre lecture). Ibn ’Umar rapporte la consigne :
« مَنْ صَلَّى مِنَ اللَّيْلِ فَلْيَجْعَلْ آخِرَ صَلَاتِهِ وِتْرًا فَإِنَّ رَسُولَ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ كَانَ يَأْمُرُ بِذَلِكَ » man ṣallâ mina l-layli fa-lyaj’al âkhira ṣalâtihî witran, fa-inna rasûla llâhi ﷺ kâna ya’muru bi-dhâlik « Qui se lève la nuit, que sa dernière prière soit le witr : le Messager de Dieu ﷺ l’ordonnait. » (Ṣaḥîḥ Muslim, n° 751a)
Deux cas pratiques du matn. Qui craint de ne pas se réveiller avance son witr au début de la nuit, avec ses autres nafl ; s’il se réveille quand même, il prie par paires ce qu’il veut, sans refaire le witr : « لا يعيد الوتر », on ne le refait pas. Qui s’endort avant sa part de nuit (son ḥizb) le refait entre son réveil et l’aube, puis fait le witr, puis prie le ṣubḥ ; mais qui se souvient du witr après avoir prié le ṣubḥ ne le rattrape pas : le temps en est passé.
Le tarâwîḥ, la nuit du Ramadan
Le mois de jeûne a sa nafl propre. Le matn cite le hadith : « من قام رمضان إيمانا واحتسابا غفر له ما تقدم من ذنبه », « qui se lève en prière durant Ramadan, par foi et espoir de la récompense, ses péchés passés lui sont pardonnés » (al-Bukhârî, n° 37).
Le déroulé malikite : le qiyâm (l’office de la nuit) se fait « dans les mosquées d’assemblée, derrière un imam » ; qui veut le fait chez lui, « ce qui est meilleur pour celui dont l’intention est forte seul ». Les premières générations, dit la Risâla, le priaient en mosquée à vingt rak’as, puis faisaient le witr « à trois », entends : un shaf’ de deux rak’as et le witr d’une, séparés par le salut, pas trois rak’as liées ; puis trente-six autres rak’as encore. « Et tout cela est licite » : ’Â’isha rapporte pourtant que le Prophète ﷺ n’a jamais dépassé douze rak’as puis le witr, en Ramadan comme hors Ramadan. Le matn documente ; il ne tranche pas. Ce que tu retiens : deux rak’as par deux rak’as, en groupe ou chez soi, et le nombre appartient à l’usage local.
Le ḍuḥâ, la paire du matin
La prière du ḍuḥâ, celle de la mi-matinée, a une histoire discrète chez les malikites : la Risâla ne la nomme pas. Sa base est un hadith d’Abû Dharr :
« يُصْبِحُ عَلَى كُلِّ سُلَامَى مِنْ أَحَدِكُمْ صَدَقَةٌ… وَتُجْزِئُ مِنْ ذَلِكَ رَكْعَتَانِ يَرْكَعُهُمَا مِنَ الضُّحَى » yuṣbiḥu ’alâ kulli sulâmâ min aḥadikum ṣadaqah… wa-tujzi’u min dhâlika rak’atâni yarka’uhumâ mina ḍ-ḍuḥâ « Chaque articulation de votre corps doit chaque matin son aumône (ṣadaqa)… et deux rak’as priées au ḍuḥâ suffisent à tout cela. » (Ṣaḥîḥ Muslim, n° 720)
Et la réserve ancienne, dite honnêtement : ’Â’isha rapporte, par la chaîne malikite elle-même, que le Prophète ﷺ n’a jamais prié la nafl du ḍuḥâ, « et moi je la prie ; car le Messager de Dieu ﷺ laissait l’œuvre qu’il aimait faire, par crainte que les gens ne la fassent et qu’elle ne leur soit imposée » (Ṣaḥîḥ Muslim, n° 718). Retiens la mesure de l’école : une prière aimée, légère, jamais comptée comme une dette.
Autour des cinq prescrites
Le reste des sunnas encadre les farḍ : ce sont les rawâtib, les réglées. Les plus confirmées : les deux rak’as de l’aube, avant le ṣubḥ, à la Fâtiḥa seule et à voix basse :
« رَكْعَتَا الْفَجْرِ خَيْرٌ مِنَ الدُّنْيَا وَمَا فِيهَا » rak’atâ l-fajri khayrun mina d-dunyâ wa-mâ fîhâ « Les deux rak’as de l’aube valent mieux que le monde et ce qu’il contient. » (Ṣaḥîḥ Muslim, n° 725a)
Puis : quatre rak’as après le ẓuhr (salut toutes les deux), et autant avant le ’aṣr ; après le maghrib, deux rak’as au moins, six si tu veux ; « التنفل بين المغرب والعشاء مرغب فيه », la nafl entre le maghrib et le ‘ishâ’ est recherchée. Une borne : point de nafl entre le fajr et le lever du soleil, hors rak’atâ l-fajr. Un adab : le matn déconseille de dormir avant le ‘ishâ’ et de bavarder après sans besoin.
Enfin l’entrée : qui entre à la mosquée purifié ne s’assied pas avant deux rak’as, la taḥiyyat al-masjid (le salut de la mosquée), tant que l’heure s’y prête.
La nafl n’est pas une dette : c’est le signe que le farḍ t’a laissé de l’appétit. La leçon suivante passe aux prières des grandes occasions : les deux fêtes, l’éclipse et la demande de pluie. Le parcours continue sur la page des cours de fiqh et le hub de la prière ; le cours précédent portait sur le vendredi.
