2.9La prière (salat)

Les prières surérogatoires

Volet 13 sur 16 · La prière (salat)

Sommaire

Après les cinq prières, il y a tout un domaine : les prières volontaires, an-nawâfil, les surérogatoires. Le mot même porte sa logique : ce qui vient en plus du prescrit, offert librement, jamais exigé de toi. Le Prophète ﷺ a dit :

« أَفْضَلُ الصِّيَامِ بَعْدَ رَمَضَانَ شَهْرُ اللَّهِ الْمُحَرَّمُ وَأَفْضَلُ الصَّلَاةِ بَعْدَ الْفَرِيضَةِ صَلَاةُ اللَّيْلِ » afḍalu ṣ-ṣiyâmi ba’da ramaḍâna shahru llâhi l-muḥarram, wa-afḍalu ṣ-ṣalâti ba’da l-farîḍati ṣalâtu l-layl « Le meilleur jeûne après Ramadan est le mois de Dieu, al-Muḥarram ; et la meilleure prière après la prescrite est la prière de la nuit. » (Ṣaḥîḥ Muslim, n° 1163a)

La Risâla d’Ibn Abî Zayd range tout cela dans un seul chapitre, « les prières prescrites et ce qui s’y attache de nafl et de sunnas ». C’est ce fil que cette leçon suit : la nuit d’abord, puis le tarâwîḥ, le ḍuḥâ, et ce qui entoure les cinq prescrites.

Le fil de la nuit

La nafl de la nuit se lit à voix haute ; celle du jour, à voix basse ; qui lit haut le jour, le matn dit « فذلك واسع » : le champ reste large. La nuit se prie par paires, « مثنى مثنى », deux rak’as puis salut.

Son sommet : le shaf’ puis le witr. Le shaf’ (la paire) fait au moins deux rak’as : on lit dans la première la Fâtiḥa et « سبح اسم ربك الأعلى », dans la seconde la Fâtiḥa et « قل يا أيها الكافرون ». Puis le witr, une rak’a, où l’on lit la Fâtiḥa, « قل هو الله أحد » et les deux Mu’awwidhatayn, le tout à voix haute.

Quand ? La meilleure part de la nuit est sa fin : « أفضل الليل آخره في القيام ». Le Prophète ﷺ priait douze rak’as puis le witr (ou dix, dit une autre lecture). Ibn ’Umar rapporte la consigne :

« مَنْ صَلَّى مِنَ اللَّيْلِ فَلْيَجْعَلْ آخِرَ صَلَاتِهِ وِتْرًا فَإِنَّ رَسُولَ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ كَانَ يَأْمُرُ بِذَلِكَ » man ṣallâ mina l-layli fa-lyaj’al âkhira ṣalâtihî witran, fa-inna rasûla llâhi ﷺ kâna ya’muru bi-dhâlik « Qui se lève la nuit, que sa dernière prière soit le witr : le Messager de Dieu ﷺ l’ordonnait. » (Ṣaḥîḥ Muslim, n° 751a)

Deux cas pratiques du matn. Qui craint de ne pas se réveiller avance son witr au début de la nuit, avec ses autres nafl ; s’il se réveille quand même, il prie par paires ce qu’il veut, sans refaire le witr : « لا يعيد الوتر », on ne le refait pas. Qui s’endort avant sa part de nuit (son ḥizb) le refait entre son réveil et l’aube, puis fait le witr, puis prie le ṣubḥ ; mais qui se souvient du witr après avoir prié le ṣubḥ ne le rattrape pas : le temps en est passé.

Le tarâwîḥ, la nuit du Ramadan

Le mois de jeûne a sa nafl propre. Le matn cite le hadith : « من قام رمضان إيمانا واحتسابا غفر له ما تقدم من ذنبه », « qui se lève en prière durant Ramadan, par foi et espoir de la récompense, ses péchés passés lui sont pardonnés » (al-Bukhârî, n° 37).

Le déroulé malikite : le qiyâm (l’office de la nuit) se fait « dans les mosquées d’assemblée, derrière un imam » ; qui veut le fait chez lui, « ce qui est meilleur pour celui dont l’intention est forte seul ». Les premières générations, dit la Risâla, le priaient en mosquée à vingt rak’as, puis faisaient le witr « à trois », entends : un shaf’ de deux rak’as et le witr d’une, séparés par le salut, pas trois rak’as liées ; puis trente-six autres rak’as encore. « Et tout cela est licite » : ’Â’isha rapporte pourtant que le Prophète ﷺ n’a jamais dépassé douze rak’as puis le witr, en Ramadan comme hors Ramadan. Le matn documente ; il ne tranche pas. Ce que tu retiens : deux rak’as par deux rak’as, en groupe ou chez soi, et le nombre appartient à l’usage local.

Le ḍuḥâ, la paire du matin

La prière du ḍuḥâ, celle de la mi-matinée, a une histoire discrète chez les malikites : la Risâla ne la nomme pas. Sa base est un hadith d’Abû Dharr :

« يُصْبِحُ عَلَى كُلِّ سُلَامَى مِنْ أَحَدِكُمْ صَدَقَةٌ… وَتُجْزِئُ مِنْ ذَلِكَ رَكْعَتَانِ يَرْكَعُهُمَا مِنَ الضُّحَى » yuṣbiḥu ’alâ kulli sulâmâ min aḥadikum ṣadaqah… wa-tujzi’u min dhâlika rak’atâni yarka’uhumâ mina ḍ-ḍuḥâ « Chaque articulation de votre corps doit chaque matin son aumône (ṣadaqa)… et deux rak’as priées au ḍuḥâ suffisent à tout cela. » (Ṣaḥîḥ Muslim, n° 720)

Et la réserve ancienne, dite honnêtement : ’Â’isha rapporte, par la chaîne malikite elle-même, que le Prophète ﷺ n’a jamais prié la nafl du ḍuḥâ, « et moi je la prie ; car le Messager de Dieu ﷺ laissait l’œuvre qu’il aimait faire, par crainte que les gens ne la fassent et qu’elle ne leur soit imposée » (Ṣaḥîḥ Muslim, n° 718). Retiens la mesure de l’école : une prière aimée, légère, jamais comptée comme une dette.

Autour des cinq prescrites

Le reste des sunnas encadre les farḍ : ce sont les rawâtib, les réglées. Les plus confirmées : les deux rak’as de l’aube, avant le ṣubḥ, à la Fâtiḥa seule et à voix basse :

« رَكْعَتَا الْفَجْرِ خَيْرٌ مِنَ الدُّنْيَا وَمَا فِيهَا » rak’atâ l-fajri khayrun mina d-dunyâ wa-mâ fîhâ « Les deux rak’as de l’aube valent mieux que le monde et ce qu’il contient. » (Ṣaḥîḥ Muslim, n° 725a)

Puis : quatre rak’as après le ẓuhr (salut toutes les deux), et autant avant le ’aṣr ; après le maghrib, deux rak’as au moins, six si tu veux ; « التنفل بين المغرب والعشاء مرغب فيه », la nafl entre le maghrib et le ‘ishâ’ est recherchée. Une borne : point de nafl entre le fajr et le lever du soleil, hors rak’atâ l-fajr. Un adab : le matn déconseille de dormir avant le ‘ishâ’ et de bavarder après sans besoin.

Enfin l’entrée : qui entre à la mosquée purifié ne s’assied pas avant deux rak’as, la taḥiyyat al-masjid (le salut de la mosquée), tant que l’heure s’y prête.


La nafl n’est pas une dette : c’est le signe que le farḍ t’a laissé de l’appétit. La leçon suivante passe aux prières des grandes occasions : les deux fêtes, l’éclipse et la demande de pluie. Le parcours continue sur la page des cours de fiqh et le hub de la prière ; le cours précédent portait sur le vendredi.

Vérifiez votre compréhension

Question 1 sur 6 La meilleure prière après les prescrites, selon le hadith, est…
celle de la nuit

« وَأَفْضَلُ الصَّلَاةِ بَعْدَ الْفَرِيضَةِ صَلَاةُ اللَّيْلِ » (Muslim, n° 1163a). Et la Risâla ajoute : « أفضل الليل آخره في القيام », la meilleure part de la nuit est sa fin pour s'y tenir debout.

celle du vendredi en groupe

Le vendredi est le meilleur jour, pas la meilleure nafl : la jumu'a n'est d'ailleurs pas surérogatoire, c'est le farḍ du midi du vendredi. Le hadith vise les prières volontaires.

celle du ḍuḥâ, la plus aimée

Le ḍuḥâ est aimé (il suffit à la ṣadaqa du jour), mais le rang du hadith est clair : la nuit d'abord. La hiérarchie du matn : la nuit, puis ce qui l'entoure.

Question 2 sur 6 Le witr malikite, c'est…
trois rak'as liées d'un seul salut

C'est une forme d'une autre école. Chez Mâlik, on prie le shaf' de deux rak'as, on salue, puis une rak'a de witr à part : c'est ce « وتر بثلاث » des salaf que le matn décrit : séparés par le salut.

un shaf' de deux rak'as puis une rak'a de witr, séparées par le salut

« ثم يصلي الشفع والوتر جهرا » : le shaf' (au moins deux rak'as, سبح puis الكافرون) puis le witr (une rak'a, الإخلاص et les Mu'awwidhatayn), le tout à voix haute.

une rak'a obligatoire avant de dormir

Le witr n'est pas un farḍ : « من صلى من الليل فليجعل آخر صلاته وترا », il conclut la nuit, pas nécessairement la veillée du soir. Qui craint de ne pas se réveiller l'avance, c'est vrai ; l'obligation, non.

Question 3 sur 6 Tu crains de ne pas te réveiller dans la nuit. Le matn malikite te dit de…
laisser le witr : on te le pardonnera puisque tu dors

La clémence n'est pas l'option du matn : « إلا من الغالب عليه أن لا ينتبه فليقدم وتره » : qui prévoit de ne pas se réveiller avance son witr au début de la nuit, avec ses autres nafl.

prier deux witrs, un le soir et un à l'aube

Il n'y a qu'un witr par nuit : « لا يعيد الوتر ». Si le witr du soir est fait, la nafl de fin de nuit se prie par paires sans autre witr.

avancer le witr au début de la nuit

C'est le mot même de la Risâla : le witr avancé n'est pas perdu ; et si tu te réveilles quand même, tu pries ce que tu veux « مثنى مثنى », par paires, sans refaire le witr (« ولا يعيد الوتر »).

Question 4 sur 6 Sur le nombre des rak'as du tarâwîḥ, le matn de la Risâla…
rapporte vingt rak'as (salaf) et trente-six de plus (usage médinois) : tout cela est licite

« وكان السلف الصالح يقومون فيه في المساجد بعشرين ركعة ثم يوترون بثلاث » puis « ستا وثلاثين ركعة غير الشفع والوتر وكل ذلك واسع » : la Risâla ne tranche pas, elle documente.

fixe vingt rak'as comme seule forme licite

Le matn rapporte plusieurs usages sans en verrouiller un : vingt rak'as chez les salaf, trente-six autres dans l'usage médinois, et 'Â'isha rapporte que le Prophète ﷺ n'a jamais dépassé douze rak'as plus le witr ; « وكل ذلك واسع », tout cela est licite.

interdit de dépasser onze rak'as

Le plafond de 'Â'isha (douze + witr) est rapporté comme sa constatation de la pratique du Prophète ﷺ, pas comme une interdiction aux suivants : le matn conclut « كل ذلك واسع ».

Question 5 sur 6 Concernant le ḍuḥâ, ce qui est juste…
c'est un farḍ du matin

Rien d'obligatoire : le Prophète ﷺ ne l'a jamais priée (Muslim, n° 718), justement « خشية أن يعمل به الناس فيفرض عليهم », par crainte qu'elle ne devienne imposée. Une nafl, pas un farḍ.

c'est une innovation blâmable à éviter

'Â'isha la prie elle-même, et sa raison du silence prophétique est la crainte de l'imposition, pas le blâme : « وإني لأسبحها ». La Risâla ne la nomme pas, mais la tradition la fonde : deux rak'as qui valent la ṣadaqa du jour (Muslim, n° 720).

c'est une nafl aimée et légère : deux rak'as suffisent à la ṣadaqa du jour

« وَتُجْزِئُ مِنْ ذَلِكَ رَكْعَتَانِ يَرْكَعُهُمَا مِنَ الضُّحَى » (Muslim, n° 720) : deux rak'as du matin couvrent la ṣadaqa due sur chaque articulation. Aimée, jamais comptée comme une dette.

Question 6 sur 6 Tu arrives à la mosquée à une heure licite. La règle de la Risâla…
on s'assied d'abord, puis on prie si l'on veut

Le matn est sans appel : « ومن دخل المسجد على وضوء فلا يجلس حتى يصلي ركعتين » : l'entrée de la mosquée se salue par deux rak'as (taḥiyyat al-masjid) avant de s'asseoir.

on ne s'assied pas avant deux rak'as de salut de la mosquée

La taḥiyyat al-masjid : « فلا يجلس حتى يصلي ركعتين », à condition que l'heure s'y prête (pas entre le fajr et le lever du soleil, où seules les rak'as de l'aube sont permises)

on attend le crépuscule pour prier en groupe

Rien à attendre : la nafl a sa fenêtre. La seule borne du matn est l'heure prohibée : l'entrée se salue quand le rukû' est permis.