2.10aLa prière (salat)
Les prières des deux fêtes
Sommaire
Deux matins par an, la mosquée ne suffit plus : on sort vers le lieu de prière dehors, le muṣallâ. La prière des deux fêtes (ṣalât al-’îdayn) est une sunna forte dans l’école : Khalîl la pose en deux rak’as « لِمَأْمُورِ الْجُمُعَةِ », pour qui la prière du vendredi incombe. Et la sortie est plus large encore que ce cadre : Umm ’Aṭiyya rapporte le mot du Prophète ﷺ :
« يَخْرُجُ الْعَوَاتِقُ وَذَوَاتُ الْخُدُورِ… وَالْحُيَّضُ، وَلْيَشْهَدْنَ الْخَيْرَ وَدَعْوَةَ الْمُؤْمِنِينَ، وَيَعْتَزِلُ الْحُيَّضُ الْمُصَلَّى » yakhruju l-’awâtiqu wa-dhawâtu l-khudûri wa-l-ḥuyyaḍ, wa-lyashhadna l-khayra wa-da’wata l-mu’minîn, wa-ya’tazili l-ḥuyyaḍu l-muṣallâ « Sortent les jeunes filles, les femmes d’intérieur et même les indisposées : qu’elles assistent au bien et à l’appel des croyants ; les indisposées s’écartent du lieu de prière. » (Ṣaḥîḥ al-Bukhârî, n° 324)
Le jour se prépare dès le réveil : le ghusl est « حسن », chose bonne sans être obligatoire, dit la Risâla ; le parfum et les beaux habits sont recommandés, même pour qui ne prie pas avec le groupe. On y va à pied. Et le geste qui change selon la fête : au Fiṭr, on mange avant de sortir ; au Naḥr, on retarde le repas, la victime attend la prière.
Ni adhan ni appel
La convocation du ’îd n’est pas vocale : « وَلَيْسَ فِيهَا أَذَانٌ وَلَا إِقَامَةٌ », point d’adhan ni d’iqâma, dit la Risâla, et Khalîl ajoute qu’on n’y annonce même pas « la prière en commun ». Les gens se rassemblent au muṣallâ dans la matinée, quand le soleil a pris de la hauteur, et l’imam ouvre directement. En chemin, on dit le takbîr à voix haute (les deux fêtes, pas seulement l’Aḍḥâ) jusqu’à ce que l’imam entre en prière ; là on s’arrête.
Sept puis cinq : le compte des takbîrât
Voici le geste qui distingue l’école, et qui surprend celui qui vient d’une autre école. La Risâla : « وَيُكَبِّرُ فِي الْأُولَى سَبْعًا قَبْلَ الْقِرَاءَةِ يَعُدُّ فِيهَا تَكْبِيرَةَ الْإِحْرَامِ وَفِي الثَّانِيَةِ خَمْسَ تَكْبِيرَاتٍ لَا يَعُدُّ فِيهَا تَكْبِيرَةَ الْقِيَامِ ». Dans la première rak’a, sept takbîrât avant la lecture en comptant celle d’ouverture ; dans la seconde, cinq sans compter la takbîra du relevé de la prosternation. Les mains ne se lèvent qu’à la toute première : « لا يرفع يديه في صلاة العيد إلا في التكبيرة الأولى », parole de Mâlik conservée par la Mudawwana, le grand recueil de ses réponses. Puis la lecture, à voix haute : la Fâtiḥa puis « سَبِّحِ اسْمَ رَبِّكَ الْأَعْلَى » dans la première rak’a, la Fâtiḥa puis « وَالشَّمْسِ وَضُحَاهَا » dans la seconde, ou leurs semblables. Deux prosternations par rak’a, le tashahhud, le salut.
Qui arrive en retard pendant les takbîrât dit ce qu’il attrape avec l’imam, puis complète ; qui manque la prière peut la faire seul (« وَإِنْ فَاتَتْ قَضَى », dit Khalîl) ; le détail de son compte porte deux lectures chez les commentateurs, le geste est le même.
La khutba vient après
L’ordre s’inverse par rapport au vendredi : d’abord la prière, ensuite la khutba. L’imam monte au minbar, s’assied au début et au milieu : deux khuṭbas de la forme du vendredi, dit Khalîl. On écoute ; aux takbîrât de l’imam dans sa khutba, on répond par le takbîr ; pour tout le reste, on garde le silence : « وَيُنْصِتُونَ لَهُ فِيمَا سِوَى ذَلِكَ ». C’est la différence que le lecteur du vendredi doit remarquer : là-bas elle conditionne la prière ; ici elle la suit.
Ce qui reste du jour
On rentre par un autre chemin que celui de l’aller, « وَالنَّاسُ كَذَلِكَ », les gens de même. À l’Aḍḥâ, l’imam amène sa victime au muṣallâ et l’immole : « لِيَعْلَمَ ذَلِكَ النَّاسُ فَيَذْبَحُونَ بَعْدَهُ », pour que les gens le sachent et sacrifient après lui.
Et puis le takbîr des jours de Minâ (la vallée du pèlerinage), le tashrîq : « فَلْيُكَبِّرِ النَّاسُ دُبُرَ الصَّلَوَاتِ مِنْ صَلَاةِ الظُّهْرِ مِنْ يَوْمِ النَّحْرِ إِلَى صَلَاةِ الصُّبْحِ مِنَ الْيَوْمِ الرَّابعِ مِنْهُ وَهُوَ آخِرُ أَيَّامِ مِنَى ». Après chaque prescrite, du ẓuhr du jour du sacrifice jusqu’au ṣubḥ du quatrième jour, quinze prières, compte Khalîl. La formule : « اللَّهُ أَكْبَرُ اللَّهُ أَكْبَرُ اللَّهُ أَكْبَرُ », ou avec le tahlîl et le taḥmîd : « وَالْكُلُّ وَاسِعٌ », tout cela est licite.
Le ’îd est la prière qui habille un jour : deux rak’as, un compte de takbîrât, une khutba qui suit, et trois jours de takbîr au Naḥr. La leçon suivante descend dans les circonstances plus rares : l’éclipse et la demande de pluie. Le parcours continue sur la page des cours de fiqh et le hub de la prière ; la leçon précédente portait sur les prières surérogatoires.
