2.10aLa prière (salat)

Les prières des deux fêtes

Volet 14 sur 16 · La prière (salat)

Sommaire

Deux matins par an, la mosquée ne suffit plus : on sort vers le lieu de prière dehors, le muṣallâ. La prière des deux fêtes (ṣalât al-’îdayn) est une sunna forte dans l’école : Khalîl la pose en deux rak’as « لِمَأْمُورِ الْجُمُعَةِ », pour qui la prière du vendredi incombe. Et la sortie est plus large encore que ce cadre : Umm ’Aṭiyya rapporte le mot du Prophète ﷺ :

« يَخْرُجُ الْعَوَاتِقُ وَذَوَاتُ الْخُدُورِ… وَالْحُيَّضُ، وَلْيَشْهَدْنَ الْخَيْرَ وَدَعْوَةَ الْمُؤْمِنِينَ، وَيَعْتَزِلُ الْحُيَّضُ الْمُصَلَّى » yakhruju l-’awâtiqu wa-dhawâtu l-khudûri wa-l-ḥuyyaḍ, wa-lyashhadna l-khayra wa-da’wata l-mu’minîn, wa-ya’tazili l-ḥuyyaḍu l-muṣallâ « Sortent les jeunes filles, les femmes d’intérieur et même les indisposées : qu’elles assistent au bien et à l’appel des croyants ; les indisposées s’écartent du lieu de prière. » (Ṣaḥîḥ al-Bukhârî, n° 324)

Le jour se prépare dès le réveil : le ghusl est « حسن », chose bonne sans être obligatoire, dit la Risâla ; le parfum et les beaux habits sont recommandés, même pour qui ne prie pas avec le groupe. On y va à pied. Et le geste qui change selon la fête : au Fiṭr, on mange avant de sortir ; au Naḥr, on retarde le repas, la victime attend la prière.

Ni adhan ni appel

La convocation du ’îd n’est pas vocale : « وَلَيْسَ فِيهَا أَذَانٌ وَلَا إِقَامَةٌ », point d’adhan ni d’iqâma, dit la Risâla, et Khalîl ajoute qu’on n’y annonce même pas « la prière en commun ». Les gens se rassemblent au muṣallâ dans la matinée, quand le soleil a pris de la hauteur, et l’imam ouvre directement. En chemin, on dit le takbîr à voix haute (les deux fêtes, pas seulement l’Aḍḥâ) jusqu’à ce que l’imam entre en prière ; là on s’arrête.

Sept puis cinq : le compte des takbîrât

Voici le geste qui distingue l’école, et qui surprend celui qui vient d’une autre école. La Risâla : « وَيُكَبِّرُ فِي الْأُولَى سَبْعًا قَبْلَ الْقِرَاءَةِ يَعُدُّ فِيهَا تَكْبِيرَةَ الْإِحْرَامِ وَفِي الثَّانِيَةِ خَمْسَ تَكْبِيرَاتٍ لَا يَعُدُّ فِيهَا تَكْبِيرَةَ الْقِيَامِ ». Dans la première rak’a, sept takbîrât avant la lecture en comptant celle d’ouverture ; dans la seconde, cinq sans compter la takbîra du relevé de la prosternation. Les mains ne se lèvent qu’à la toute première : « لا يرفع يديه في صلاة العيد إلا في التكبيرة الأولى », parole de Mâlik conservée par la Mudawwana, le grand recueil de ses réponses. Puis la lecture, à voix haute : la Fâtiḥa puis « سَبِّحِ اسْمَ رَبِّكَ الْأَعْلَى » dans la première rak’a, la Fâtiḥa puis « وَالشَّمْسِ وَضُحَاهَا » dans la seconde, ou leurs semblables. Deux prosternations par rak’a, le tashahhud, le salut.

Qui arrive en retard pendant les takbîrât dit ce qu’il attrape avec l’imam, puis complète ; qui manque la prière peut la faire seul (« وَإِنْ فَاتَتْ قَضَى », dit Khalîl) ; le détail de son compte porte deux lectures chez les commentateurs, le geste est le même.

La khutba vient après

L’ordre s’inverse par rapport au vendredi : d’abord la prière, ensuite la khutba. L’imam monte au minbar, s’assied au début et au milieu : deux khuṭbas de la forme du vendredi, dit Khalîl. On écoute ; aux takbîrât de l’imam dans sa khutba, on répond par le takbîr ; pour tout le reste, on garde le silence : « وَيُنْصِتُونَ لَهُ فِيمَا سِوَى ذَلِكَ ». C’est la différence que le lecteur du vendredi doit remarquer : là-bas elle conditionne la prière ; ici elle la suit.

Ce qui reste du jour

On rentre par un autre chemin que celui de l’aller, « وَالنَّاسُ كَذَلِكَ », les gens de même. À l’Aḍḥâ, l’imam amène sa victime au muṣallâ et l’immole : « لِيَعْلَمَ ذَلِكَ النَّاسُ فَيَذْبَحُونَ بَعْدَهُ », pour que les gens le sachent et sacrifient après lui.

Et puis le takbîr des jours de Minâ (la vallée du pèlerinage), le tashrîq : « فَلْيُكَبِّرِ النَّاسُ دُبُرَ الصَّلَوَاتِ مِنْ صَلَاةِ الظُّهْرِ مِنْ يَوْمِ النَّحْرِ إِلَى صَلَاةِ الصُّبْحِ مِنَ الْيَوْمِ الرَّابعِ مِنْهُ وَهُوَ آخِرُ أَيَّامِ مِنَى ». Après chaque prescrite, du ẓuhr du jour du sacrifice jusqu’au ṣubḥ du quatrième jour, quinze prières, compte Khalîl. La formule : « اللَّهُ أَكْبَرُ اللَّهُ أَكْبَرُ اللَّهُ أَكْبَرُ », ou avec le tahlîl et le taḥmîd : « وَالْكُلُّ وَاسِعٌ », tout cela est licite.


Le ’îd est la prière qui habille un jour : deux rak’as, un compte de takbîrât, une khutba qui suit, et trois jours de takbîr au Naḥr. La leçon suivante descend dans les circonstances plus rares : l’éclipse et la demande de pluie. Le parcours continue sur la page des cours de fiqh et le hub de la prière ; la leçon précédente portait sur les prières surérogatoires.

Vérifiez votre compréhension

Question 1 sur 6 Qui la prière du 'îd concerne-t-elle dans l'école malikite ?
ceux à qui la jumu'a incombe, et on fait sortir tout le monde, femmes comprises

Khalîl : « سُنَّ لِعِيدٍ رَكْعَتَانِ لِمَأْمُورِ الْجُمُعَةِ ». Et le hadith d'Umm 'Aṭiyya fait sortir même les jeunes filles, les femmes voilées et les indisposées, qui s'écartent du lieu de prière.

uniquement les hommes adultes, comme le vendredi

Contrairement à la jumu'a, la sortie du 'îd est familiale : « يَخْرُجُ الْعَوَاتِقُ وَذَوَاتُ الْخُدُورِ وَالْحُيَّضُ », les jeunes filles, les femmes d'intérieur et même les indisposées, ces dernières s'écartent du muṣallâ.

uniquement ceux qui n'ont pas voyagé

Le voyage n'est pas la borne du matn : c'est l'assujettissement à la jumu'a qui fait la règle, et la sortie est recommandée à tous, voyageur compris.

Question 2 sur 6 Le matin du 'îd, la prière commence…
après l'adhan et l'iqâma, comme toute prière en groupe

Il n'y a ni adhan ni iqâma : « وَلَيْسَ فِيهَا أَذَانٌ وَلَا إِقَامَةٌ » (Risâla). Khalîl ajoute qu'on n'y annonce même pas « la prière en commun ».

sans aucun appel : les gens se rassemblent et l'imam ouvre

C'est le matn : point d'adhan, point d'iqâma, point d'annonce « الصلاة جامعة ». La fête a sa propre convocation : la sortie elle-même.

par une khutba, avant les rak'as

C'est l'ordre du vendredi, pas du 'îd : chez Mâlik la khutba du 'îd suit la prière : l'inversion est voulue.

Question 3 sur 6 Les takbîrât du 'îd, chez les malikites…
sept dans la première rak'a sans compter l'ouverture, six dans la seconde

Le compte glisse d'un cran : la Risâla dit « يُكَبِّرُ فِي الْأُولَى سَبْعًا… يَعُدُّ فِيهَا تَكْبِيرَةَ الْإِحْرَامِ » : sept EN comptant l'ouverture, et « فِي الثَّانِيَةِ خَمْسٌ لَا يَعُدُّ فِيهَا تَكْبِيرَةَ الْقِيَامِ », cinq SANS compter le relevé.

trois takbirs supplémentaires par rak'a

C'est la forme d'une autre école. Chez Mâlik : sept dans la première en comptant l'ouverture, cinq dans la seconde sans compter le relevé.

sept dans la première en comptant l'ouverture, cinq dans la seconde sans compter le relevé

« وَيُكَبِّرُ فِي الْأُولَى سَبْعًا قَبْلَ الْقِرَاءَةِ يَعُدُّ فِيهَا تَكْبِيرَةَ الْإِحْرَامِ وَفِي الثَّانِيَةِ خَمْسَ تَكْبِيرَاتٍ لَا يَعُدُّ فِيهَا تَكْبِيرَةَ الْقِيَامِ » (Risâla). Et les mains ne se lèvent qu'à la première, dit Mâlik.

Question 4 sur 6 La khutba du 'îd se tient…
avant la prière, comme le vendredi

C'est l'inverse du vendredi : « ثُمَّ يَرْقَى الْمِنْبَرَ وَيَخْطُبُ » : la khutba vient APRÈS les deux rak'as. Qui connaît le vendredi par cœur doit se méfier de ce réflexe.

après la prière, en deux khuṭbas avec une assise

L'imam prie, salue, monte au minbar : deux khuṭbas avec une assise au début et au milieu, comme la forme du vendredi, mais à sa place d'après-prière.

il n'y a pas de khutba au 'îd

Il y en a une : « ثُمَّ يَرْقَى الْمِنْبَرَ وَيَخْطُبُ ». Deux khuṭbas mêmes, selon Khalîl « كالجمعة », à la différence qu'elle suit la prière.

Question 5 sur 6 Pour le takbîr des jours de Minâ (l'Aḍḥâ), le matn malikite…
le fait durer du ẓuhr du jour du sacrifice au ṣubḥ du quatrième jour, après chaque prescrite

« فَلْيُكَبِّرِ النَّاسُ دُبُرَ الصَّلَوَاتِ مِنْ صَلَاةِ الظُّهْرِ مِنْ يَوْمِ النَّحْرِ إِلَى صَلَاةِ الصُّبْحِ مِنَ الْيَوْمِ الرَّابعِ » : quinze prières prescrites, compte de Khalîl.

ne le prévoit que dans la mosquée, en groupe

C'est un takbîr « دُبُرَ الصَّلَوَاتِ », à la suite de chaque prescrite, chacun le dit où qu'il soit, pas seulement à la mosquée.

le limite au jour du sacrifice seul

Le matn couvre les trois jours de Minâ : du ẓuhr du jour du sacrifice jusqu'au ṣubḥ du quatrième, après chaque prière prescrite.

Question 6 sur 6 Tu as manqué la prière du 'îd avec le groupe. Le matn malikite…
t'interdit de la prier : le moment est passé

Khalîl porte le qaḍâ' : « وَإِنْ فَاتَتْ قَضَى » : qui la manque la prie. L'école laisse le geste à qui veut le faire, sans en faire une dette.

te demande de la rattraper à quatre rak'as

Le 'îd ne s'élargit pas : ce sont deux rak'as et leur compte de takbîrât, jamais quatre.

te laisse la prier seul, en deux rak'as

« وَإِنْ فَاتَتْ قَضَى » : elle se prie rattrapée, en deux rak'as ; le détail des takbîrât du rattrapage porte deux lectures chez les commentateurs, le geste est simple.