2.7bLa prière (salat)
Le regroupement des prières (jam')
Sommaire
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Raccourcir la prière ne change pas l’heure ; il existe une seconde dispense qui, elle, déplace les horaires : le jam’ (الجمع), le regroupement de deux prières dans un même temps. Beaucoup confondent les deux, ou croient le jam’ libre en voyage. Chez Mâlik, chaque cas de jam’ a sa porte précise, et la leçon les passe en revue : le voyageur pressé, la nuit de pluie à la mosquée, le malade, ’Arafa et Muzdalifa.
Le jam’ existe : la question est « quand »
Ibn ’Abbâs rapporte un fait qui déroute au premier abord :
« صَلَّى رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم الظُّهْرَ وَالْعَصْرَ جَمِيعًا وَالْمَغْرِبَ وَالْعِشَاءَ جَمِيعًا فِي غَيْرِ خَوْفٍ وَلَا سَفَرٍ » ṣallâ rasûlu llâhi ṣalla llâhu ’alayhi wa-sallama ẓ-ẓuhra wa-l-’aṣra jamî’an wa-l-maghriba wa-l-’ishâ’a jamî’an fî ghayri khawfin wa-lâ safar « Le Messager d’Allah ﷺ a prié le ẓuhr et le ’aṣr ensemble, le maghrib et le ‘ishâ’ ensemble, sans crainte ni voyage. » (Ṣaḥîḥ Muslim, n° 705)
Le rapport passe, dans cette chaîne, par Mâlik lui-même. Le jam’ existe donc, et pas seulement en voyage. Mais l’école ne l’ouvre pas à la convenance : elle en fixe les portes une à une. Et un point de structure avant tout : deux prières jointes restent deux prières, chacune garde son adhân et son iqâma (« بأذان وإقامة لكل صلاة »), le jam’ rapproche, il ne fusionne pas.
La porte du voyageur pressé
La première porte est celle que tu connais sans le savoir : « إذا جد السير بالمسافر فله أن يجمع بين الصلاتين في آخر وقت الظهر وأول وقت العصر وكذلك المغرب والعشاء » (idhâ jadda s-sayru bi-l-musâfir…), « quand la marche se fait pressante pour le voyageur, il peut joindre les deux prières à la fin du temps du ẓuhr et au début du temps du ’aṣr, et de même le maghrib et le ‘ishâ’ » (Risâla). Khalîl ajoute le mot qui cadre tout : « فيها شرط الجدّ », le jam’ suppose la marche pressée.
Deux jointures donc :
- tu pars au début du temps de la première : « إذا ارتحل في أول وقت الصلاة الأولى جمع حينئذ » : qui se met en route au début du temps de la première joint aussitôt, en avance ;
- tu es en route et la marche presse : tu pries la première à la fin de son temps, la seconde au début du sien, sur la couture des deux temps.
Si la cause tombe avant que tu aies commencé (le départ s’annule, tu n’es plus voyageur pressé), la seconde revient à son heure : « أعاد الثانية في الوقت », elle se refait dans son temps (Khalîl).
La nuit de pluie : une affaire de mosquée
La seconde porte est la plus mal comprise des malikites francophones : « ورخص في الجمع بين المغرب والعشاء ليلة المطر وكذلك في طين وظلمة » (Risâla) : la pluie, ou la boue avec l’obscurité, ouvre le jam’ du maghrib et du ‘ishâ’. Mais Khalîl fixe le cadre : « بكل مسجد », dans chaque mosquée. Le protocole de la Risâla :
- adhân du maghrib hors du bâtiment, au début du temps ;
- légère attente (avis de Mâlik) ;
- iqâma dedans, on prie le maghrib ;
- adhân du ‘ishâ’ à l’intérieur, iqâma, on prie ;
- chacun repart « بإسفار », à la lueur qui précède la tombée du crépuscule.
Et trois bornes de Khalîl : pas de surérogatoire entre les deux ni après ; le jam’ ne vaut ni pour la femme ni pour le faible à leur maison ; l’homme seul à la mosquée, lui, peut joindre comme la jamâ’a. Si la pluie cesse alors que la prière est commencée, le jam’ tient ; si elle cesse avant, on attend le shafaq (le crépuscule rouge) sauf dans les trois mosquées sacrées.
Conséquence pratique : toi qui rentres du travail sous la pluie et pries chez toi, tu n’as pas de dispense. Chaque prière en son heure. La nuit de pluie dispense la communauté réunie à la mosquée, pas l’individu chez lui.
La porte du malade
Troisième porte, deux sous-cas dans la Risâla : « وللمريض أن يجمع إذا خاف أن يغلب على عقله عند الزوال وعند الغروب », « qui craint de perdre conscience joint en avance : ẓuhr-’aṣr au zénith, maghrib-‘ishâ’ au coucher ». Et « إن كان الجمع أرفق به لبطن ونحوه جمع وسط وقت الظهر وعند غيبوبة الشفق », « si le jam’ le soulage (coliques, états voisins), il joint au milieu du temps du ẓuhr et à la tombée du crépuscule ». Khalîl ajoute la nausée et le mal de mer aux craintes d’évanouissement.
’Arafa et Muzdalifa
Quatrième porte, celle du Hajj : le jam’ de ẓuhr-’aṣr à ’Arafa au zénith est une « سنة واجبة », une sunna confirmée, avec adhân et iqâma pour chaque prière ; et quiconque arrive à Muzdalifa y joint le maghrib et le ‘ishâ’ (Risâla). Ce jam’-là est un rite du pèlerinage ; le module du Hajj en dira le détail.
Ce que le jam’ n’est pas
Les erreurs à écarter en fin de leçon :
- le jam’ n’est pas une liberté d’horaires : il n’ouvre que sur ses portes, aux jointures précises des temps (les bornes de la leçon 2.1 restent la règle) ;
- il ne joint que les paires prévues : ẓuhr-’aṣr, maghrib-‘ishâ’. Jamais ’aṣr-maghrib, jamais trois prières ;
- il ne dispense pas de l’ordre : la première d’abord, la seconde ensuite ;
- il est suspendu à sa condition : cause tombée avant de commencer : la seconde retourne à son temps.
Avec le qasr de la leçon précédente, tu as maintenant les deux dispenses du voyageur entières : l’une raccourcit le corps de la prière, l’autre rapproche ses horaires. Deux portes distinctes, deux conditions distinctes. Le parcours continue sur la page des cours de fiqh et le hub de la prière.
