2.7bLa prière (salat)

Le regroupement des prières (jam')

Volet 11 sur 16 · La prière (salat)

Sommaire

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Raccourcir la prière ne change pas l’heure ; il existe une seconde dispense qui, elle, déplace les horaires : le jam’ (الجمع), le regroupement de deux prières dans un même temps. Beaucoup confondent les deux, ou croient le jam’ libre en voyage. Chez Mâlik, chaque cas de jam’ a sa porte précise, et la leçon les passe en revue : le voyageur pressé, la nuit de pluie à la mosquée, le malade, ’Arafa et Muzdalifa.

Le jam’ existe : la question est « quand »

Ibn ’Abbâs rapporte un fait qui déroute au premier abord :

« صَلَّى رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم الظُّهْرَ وَالْعَصْرَ جَمِيعًا وَالْمَغْرِبَ وَالْعِشَاءَ جَمِيعًا فِي غَيْرِ خَوْفٍ وَلَا سَفَرٍ » ṣallâ rasûlu llâhi ṣalla llâhu ’alayhi wa-sallama ẓ-ẓuhra wa-l-’aṣra jamî’an wa-l-maghriba wa-l-’ishâ’a jamî’an fî ghayri khawfin wa-lâ safar « Le Messager d’Allah ﷺ a prié le ẓuhr et le ’aṣr ensemble, le maghrib et le ‘ishâ’ ensemble, sans crainte ni voyage. » (Ṣaḥîḥ Muslim, n° 705)

Le rapport passe, dans cette chaîne, par Mâlik lui-même. Le jam’ existe donc, et pas seulement en voyage. Mais l’école ne l’ouvre pas à la convenance : elle en fixe les portes une à une. Et un point de structure avant tout : deux prières jointes restent deux prières, chacune garde son adhân et son iqâma (« بأذان وإقامة لكل صلاة »), le jam’ rapproche, il ne fusionne pas.

La porte du voyageur pressé

La première porte est celle que tu connais sans le savoir : « إذا جد السير بالمسافر فله أن يجمع بين الصلاتين في آخر وقت الظهر وأول وقت العصر وكذلك المغرب والعشاء » (idhâ jadda s-sayru bi-l-musâfir…), « quand la marche se fait pressante pour le voyageur, il peut joindre les deux prières à la fin du temps du ẓuhr et au début du temps du ’aṣr, et de même le maghrib et le ‘ishâ’ » (Risâla). Khalîl ajoute le mot qui cadre tout : « فيها شرط الجدّ », le jam’ suppose la marche pressée.

Deux jointures donc :

Si la cause tombe avant que tu aies commencé (le départ s’annule, tu n’es plus voyageur pressé), la seconde revient à son heure : « أعاد الثانية في الوقت », elle se refait dans son temps (Khalîl).

La nuit de pluie : une affaire de mosquée

La seconde porte est la plus mal comprise des malikites francophones : « ورخص في الجمع بين المغرب والعشاء ليلة المطر وكذلك في طين وظلمة » (Risâla) : la pluie, ou la boue avec l’obscurité, ouvre le jam’ du maghrib et du ‘ishâ’. Mais Khalîl fixe le cadre : « بكل مسجد », dans chaque mosquée. Le protocole de la Risâla :

  1. adhân du maghrib hors du bâtiment, au début du temps ;
  2. légère attente (avis de Mâlik) ;
  3. iqâma dedans, on prie le maghrib ;
  4. adhân du ‘ishâ’ à l’intérieur, iqâma, on prie ;
  5. chacun repart « بإسفار », à la lueur qui précède la tombée du crépuscule.

Et trois bornes de Khalîl : pas de surérogatoire entre les deux ni après ; le jam’ ne vaut ni pour la femme ni pour le faible à leur maison ; l’homme seul à la mosquée, lui, peut joindre comme la jamâ’a. Si la pluie cesse alors que la prière est commencée, le jam’ tient ; si elle cesse avant, on attend le shafaq (le crépuscule rouge) sauf dans les trois mosquées sacrées.

Conséquence pratique : toi qui rentres du travail sous la pluie et pries chez toi, tu n’as pas de dispense. Chaque prière en son heure. La nuit de pluie dispense la communauté réunie à la mosquée, pas l’individu chez lui.

La porte du malade

Troisième porte, deux sous-cas dans la Risâla : « وللمريض أن يجمع إذا خاف أن يغلب على عقله عند الزوال وعند الغروب », « qui craint de perdre conscience joint en avance : ẓuhr-’aṣr au zénith, maghrib-‘ishâ’ au coucher ». Et « إن كان الجمع أرفق به لبطن ونحوه جمع وسط وقت الظهر وعند غيبوبة الشفق », « si le jam’ le soulage (coliques, états voisins), il joint au milieu du temps du ẓuhr et à la tombée du crépuscule ». Khalîl ajoute la nausée et le mal de mer aux craintes d’évanouissement.

’Arafa et Muzdalifa

Quatrième porte, celle du Hajj : le jam’ de ẓuhr-’aṣr à ’Arafa au zénith est une « سنة واجبة », une sunna confirmée, avec adhân et iqâma pour chaque prière ; et quiconque arrive à Muzdalifa y joint le maghrib et le ‘ishâ’ (Risâla). Ce jam’-là est un rite du pèlerinage ; le module du Hajj en dira le détail.

Ce que le jam’ n’est pas

Les erreurs à écarter en fin de leçon :


Avec le qasr de la leçon précédente, tu as maintenant les deux dispenses du voyageur entières : l’une raccourcit le corps de la prière, l’autre rapproche ses horaires. Deux portes distinctes, deux conditions distinctes. Le parcours continue sur la page des cours de fiqh et le hub de la prière.

Vérifiez votre compréhension

Question 1 sur 6 Tu presses la marche sur une longue route. Le jam' malikite te permet de…
joindre les cinq prières dans une seule plage

Le jam' porte sur deux paires précises, ẓuhr-'aṣr d'un côté, maghrib-'ishâ' de l'autre. Jamais trois prières ensemble, jamais le ṣubḥ.

joindre ẓuhr et 'aṣr à la frontière des deux temps, pareil pour maghrib et 'ishâ'

« إذا جد السير بالمسافر فله أن يجمع بين الصلاتين في آخر وقت الظهر وأول وقت العصر وكذلك المغرب والعشاء » (Risâla) : quand la marche se fait pressante, on joint à la fin du premier temps et au début du second. Et qui part au début du temps de la première joint en avance.

choisir l'heure qui t'arrange entre le ẓuhr et le 'ishâ'

Le jam' n'est pas un créneau libre : il se joue aux jointures précises des temps. Hors de ces points de couture, la règle des horaires de la leçon 2.1 reprend tout son cours.

Question 2 sur 6 Tu pars au début du temps du ẓuhr pour un long trajet. La règle…
autorise à joindre le 'aṣr tout de suite, en avance

« إذا ارتحل في أول وقت الصلاة الأولى جمع حينئذ » (Risâla) : qui se met en route au début du temps de la première prière joint aussitôt. Deux portes donc : le début du premier temps, ou la couture des deux temps.

oblige à attendre la fin du temps du ẓuhr pour joindre

Attendre la couture est une des deux portes, pas la seule. Le départ au début du temps de la première ouvre le jam' en avance.

interdit tout jam' : tu n'es pas encore assez loin

Le jam' est attaché à l'état de voyageur pressé, pas à une distance parcourue dans l'heure. Le départ au début du temps ouvre déjà la dispense.

Question 3 sur 6 Il pleut fort, la nuit est noire et boueuse. Ta mosquée annonce un jam' maghrib-'ishâ'. Pour toi…
c'est valable aussi si tu restes à prier chez toi

Le jam' des pluies malikite est une affaire de mosquée : « بكل مسجد », dans chaque mosquée, dit Khalîl, « لا المرأة والضعيف ببيتهما », ni la femme ni le faible à leur maison. À la maison, on prie chaque prière en son heure.

le jam' vaut à la mosquée : adhân du maghrib dehors au début du temps, iqâma dedans, puis adhân du 'ishâ' dedans

Le protocole de la Risâla : adhân du maghrib hors du bâtiment au début du temps, légère attente (avis de Mâlik), iqâma et prière dedans ; puis adhân du 'ishâ' à l'intérieur, iqâma, prière, et chacun repart avant la tombée du crépuscule. Sans nafl entre les deux.

le jam' des pluies n'existe pas chez les malikites

Il existe, et la Risâla le décrit dans le détail : pluie, ou boue avec obscurité, dans chaque mosquée. Simplement il ne dispense pas celui qui prie chez lui.

Question 4 sur 6 Pendant le jam' des pluies, entre le maghrib et le 'ishâ', on…
peut glisser quelques surérogatoires pour combler l'attente

« لا تنفل بينهما ولا بعدهما » (Khalîl) : pas de surérogatoire entre les deux prières ni après. Le jam' est un joint étroit, pas un créneau à meubler.

attend, puis on prie le 'ishâ' ; pas de nafl entre ni après

Les deux prières se suivent presque à la file, chacune avec son adhân et son iqâma. La règle garde la dignité de chaque prière tout en les rapprochant.

prononce un seul adhân et un seul iqâma pour les deux

Chaque prière jointe garde son adhân et son iqâma : « بأذان وإقامة لكل صلاة » (Risâla pour 'Arafa, même logique aux pluies). Le jam' rapproche les prières, il ne les fusionne pas.

Question 5 sur 6 Le malade a droit au jam' chez Mâlik…
jamais : le jam' est réservé au voyage et à la pluie

La Risâla le dit expressement : « وللمريض أن يجمع », le malade a droit de joindre, selon son état. La maladie est une des portes du jam'.

s'il craint de perdre conscience : il joint en avance au zawâl et au coucher du soleil

« إذا خاف أن يغلب على عقله عند الزوال وعند الغروب » (Risâla) : qui craint l'évanouissement joint ẓuhr-'aṣr au zénith, maghrib-'ishâ' au coucher. Et si le jam' le soulage simplement (coliques et états voisins), il joint au milieu du ẓuhr et à la tombée du crépuscule.

seulement s'il est aussi en voyage

La maladie est une porte à part, indépendante du voyage. La crainte de perdre conscience ou la simple facilité de l'état suffisent selon les cas.

Question 6 sur 6 Tu as joint ẓuhr et 'aṣr en avance pour partir, puis ton départ s'annule avant le zawâl. Le 'aṣr prié…
reste valable : la prière faite ne se refait jamais

Le jam' était suspendu à une condition qui s'est envolée. Khalîl : « وَإِنْ سَلَّمَ أَوْ قَدَّمَ وَلَمْ يَرْتَحِلْ… أَعَادَ الثانية في الوقت » : la seconde se refait dans son temps.

se refait à l'heure du 'aṣr, puisque la cause du jam' a disparu

La dispense suit sa condition : point de départ effectif, point de jam'. La seconde prière revient à son heure normale.

se refait seulement si tu te rappelles avant le maghrib

La règle n'est pas une question de mémoire mais de condition : cause tombée avant de commencer → la seconde retourne à son temps, et on la refait dedans.