2.10bLa prière (salat)
La prière de l'éclipse et la demande de pluie
Sommaire
Le soleil se couvre en plein jour, ou la pluie se refuse des semaines : l’école a une prière pour ces deux circonstances, et la première chose qu’elle enseigne est de ne pas avoir peur. ’Â’isha rapporte qu’une éclipse eut lieu du vivant du Prophète ﷺ ; il pria avec les gens, puis dans un rappel après la prière :
« إِنَّ الشَّمْسَ وَالْقَمَرَ آيَتَانِ مِنْ آيَاتِ اللَّهِ، لَا يَنْخَسِفَانِ لِمَوْتِ أَحَدٍ وَلَا لِحَيَاتِهِ، فَإِذَا رَأَيْتُمْ ذَلِكَ فَادْعُوا اللَّهَ وَكَبِّرُوا، وَصَلُّوا وَتَصَدَّقُوا » inna sh-shamsa wa-l-qamara âyatâni min âyâti llâh, lâ yankhasifâni li-mawti aḥadin wa-lâ li-ḥayâtihî, fa-idhâ ra’aytum dhâlika fad’û llâha wa-kabbirû wa-ṣallû wa-taṣaddaqû « Le soleil et la lune sont deux signes parmi les signes de Dieu ; ils ne s’éclipsent ni pour la mort ni pour la vie de personne. Quand vous voyez cela : invoquez Dieu, dites le takbîr, priez, faites l’aumône. » (Ṣaḥîḥ al-Bukhârî, n° 1044 ; la chaîne passe par Mâlik lui-même)
Ni présage ni fatalité : un appel. Voici comment les matn déroulent les deux offices.
L’éclipse du soleil : deux inclinaisons par rak’a
Quand le soleil s’éclipse, l’imam sort à la mosquée et ouvre la prière avec les gens : « بِغَيْرِ أَذَانٍ وَلَا إِقَامَةٍ », sans adhan ni iqâma, comme le ‘îd. Mais la forme n’a rien d’ordinaire : chaque rak’a porte deux stations et deux inclinaisons. La Risâla le déroule : lecture longue à voix basse, de l’ordre de la sourate de la Vache ; inclinaison longue ; relevé (« سَمِعَ اللَّهُ لِمَنْ حَمِدَهُ »), puis seconde lecture plus courte que la première, seconde inclinaison, puis deux prosternations entières. On se relève et l’on refait la même chose : « ثُمَّ فَعَلَ فِي الرَّكْعَةِ الثَّانِيَةِ مِثْلَ مَا فَعَلَ فِي الْأُولَى », dit le hadith d’’Â’isha : la seconde rak’a répète la première. Tashahhud, salut.
Deux notes du matn : la prière ne se refait pas quand le soleil se découvre, et si l’éclaircie vient en plein milieu, les commentateurs portent deux lectures sur l’achèvement ; la rak’a s’attrape par son inclinaison, comme toujours. Et après ? « لَيْسَ فِي إِثْرِ صَلَاةِ خُسُوفِ الشَّمْسِ خُطْبَةٌ مُرَتَّبَةٌ », pas de khutba réglée ; « وَلَا بَأْسَ أَنْ يَعِظَ النَّاسَ وَيُذَكِّرَهُمْ », mais rien n’empêche un rappel aux gens. C’est ce que fit le Prophète ﷺ dans le hadith.
L’éclipse de la lune : chacun chez soi
La lune change tout : « وَلَيْسَ فِي صَلَاةِ خُسُوفِ الْقَمَرِ جَمَاعَةٌ », pas de groupe. Chacun prie « أَفْذَاذًا », en individuel, à voix haute comme toute nafl de nuit, le renvoi à la leçon sur les surérogatoires suffit. La mosquée est recommandée comme lieu, sans office commun.
La demande de pluie : sortir humble, demander face à la qibla
L’istisqâ’ répond à la sécheresse. Khalîl commence par ce qui la conditionne : la tawba (le repentir) et « رد التبعة », la réparation des torts : on ne demande pas l’eau du ciel en gardant ce qu’on doit aux gens. Trois jours de jeûne et l’aumône sont recommandés, mais « وَلَا يَأْمُرُ بِهِمَا الْإِمَامُ », l’imam ne les ordonne pas.
La sortie se fait comme pour les fêtes, le matin, au muṣallâ (le lieu de prière dehors), mais dans l’autre sens de la parure : à pied, en tenue simple, « بِبَذْلَةٍ وَتَخَشُّعٍ », dans l’humilité. Vieillards et notables sortent, les enfants qui comprennent aussi, les bêtes même ; les femmes indisposées ne sont pas exclues, et « وَلَا يُمْنَعُ ذِمِّيٌّ », on n’empêche pas le non-musulman protégé d’assister. Pas de jour fixé ; si la pluie tarde, on recommence.
L’imam prie deux rak’as à voix haute, les mêmes lectures que le ’îd. Puis il se tourne vers les gens, s’assied un instant, se lève appuyé sur un arc ou un bâton et prononce la khutba en deux temps, comme au ’îd ; sauf que « بدل التكبير بالاستغفار » : l’istighfâr y remplace le takbîr. À la fin, il fait face à la qibla et change son manteau d’épaule : ce qui était sur la droite passe à gauche, et l’inverse, « وَلَا يَقْلِبُ ذَلِكَ », sans le retourner, précise la Risâla ; les hommes assis font pareil. Puis le grand du’â, comme cela, debout face à la qibla : le geste du manteau ouvre l’espérance du renversement, la sécheresse changée en pluie. Le Prophète ﷺ le fit : « خَرَجَ إِلَى الْمُصَلَّى فَاسْتَسْقَى فَاسْتَقْبَلَ الْقِبْلَةَ وَقَلَبَ رِدَاءَهُ وَصَلَّى رَكْعَتَيْنِ », kharaja ilâ l-muṣallâ fa-stasqâ fa-staqbala l-qiblata wa-qalaba ridâ’ahu wa-ṣallâ rak’atayn, « il sortit au lieu de prière, implora la pluie, fit face à la qibla, changea son manteau et pria deux rak’as » (Ṣaḥîḥ al-Bukhârî, n° 1012). Puis on se disperse : « ثُمَّ يَنْصَرِفُ وَيَنْصَرِفُونَ ».
Ni panique devant l’ombre ni impuissance devant la sécheresse : l’école répond aux deux par une sortie et des rak’as. Le cours suivant descend au geste le plus grave du livre : la prière sur le mort. Le parcours continue sur la page des cours de fiqh et le hub de la prière ; la leçon précédente portait sur les prières des deux fêtes.
