2.11La prière (salat)

La prière funéraire (salat al-janaza)

Volet 16 sur 16 · La prière (salat)

Sommaire

Un jour, on te déposera un corps enveloppé devant le rang et l’imam dira « Allâhu akbar ». Rien ne ressemble moins aux prières que tu connais : personne ne s’incline, personne ne se prosterne, l’office tient en quelques minutes debout, et tout repose sur ce que tu diras dans ton cœur. C’est la prière funéraire, ṣalât al-janâza, et le jour où tu en auras besoin, il vaudra mieux ne pas la découvrir.

Une prière qui est un devoir de tous

Khalîl la range sans détour parmi les obligations : « في وجوب غسل الميت… والصلاة عليه : كدفنه وكفنه », la prière sur le mort est obligatoire « comme sa toilette et son linceul ». Obligation collective, farḍ kifâya : dès que des musulmans l’accomplissent, toute la communauté en est déchargée ; si personne ne la fait, tous en portent la faute. Elle a lieu après la toilette du défunt, le corps déposé dans son linceul devant l’imam qui fait face à la qibla. La toilette, le convoi et l’enterrement font l’objet du cours sur les funérailles du module 9 ; ici, l’office lui-même.

Le Prophète ﷺ en a fixé le cadre à quatre takbîrs. À la mort du Najashi, le roi d’Éthiopie qui avait protégé les premiers émigrés, le hadith rapporte : « نَعَى النَّجَاشِيَّ فِي الْيَوْمِ الَّذِي مَاتَ فِيهِ، وَخَرَجَ بِهِمْ إِلَى الْمُصَلَّى فَصَفَّ بِهِمْ، وَكَبَّرَ عَلَيْهِ أَرْبَعَ تَكْبِيرَاتٍ ». Il annonça sa mort le jour même, sortit avec les musulmans au lieu de prière, les mit en rangs et fit quatre takbîrs (al-Bukhârî, n° 1333, rapporté par Mâlik lui-même).

Le déroulé pas à pas

Le pilier de la prière selon Khalîl : « ركنها النية وأربع تكبيرات » et le du’â, soit l’intention, quatre takbîrât et l’invocation entre elles. Les commentateurs décomposent en cinq piliers (la station debout, l’iḥrâm, les takbîrât, le du’â et le salâm) ; le geste est le même : on se tient debout, on ne s’incline pas, on ne se prosterne pas.

On lève les mains à la première takbîra ; la Risâla permet de les lever à chacune (« وإن رفع في كل تكبيرة فلا بأس »), Khalîl retient la première. Après chaque takbîra, un du’â pour le défunt, à voix basse. La Risâla donne toute latitude : « يقال في الدعاء على الميت غير شيء محدود، وذلك كله واسع », aucune formule n’est imposée, tout est licite. Elle en consigne une complète, qui commence par la louange et la prière sur le Prophète ﷺ et aboutit à « جئناك شفعاء له فشفعنا فيه », « nous venons à toi en intercesseurs pour lui, accueille notre intercession ». Le cœur de la formule : « اللهم إن كان محسنا فزد في إحسانه وإن كان مسيئا فتجاوز عنه », « Seigneur, s’il a fait le bien, augmente son bien ; s’il a mal fait, passe outre ».

Après la quatrième takbîra, le du’â collectif : « اللهم اغفر لحينا وميتنا وحاضرنا وغائبنا وصغيرنا وكبيرنا وذكرنا وأنثانا », « Seigneur, pardonne à nos vivants et nos morts, nos présents et nos absents, nos petits et nos grands, nos hommes et nos femmes ». C’est la formule même que le Prophète ﷺ disait sur les corps, rapportée par Abu Dawud (n° 3201). Puis un seul salâm, discret : l’imam le dit assez fort pour que son voisin l’entende, le priant le murmure.

Si l’imam entame une cinquième takbîra, on ne le suit pas : « إن زاد لم ينتظر ». Et celui qui salue après trois takbîrât refait sa prière.

La place de chacun

L’imam se tient au milieu du corps d’un homme, face aux épaules d’une femme, la tête du défunt à sa droite. Un enfant peut être porté sur les paumes des mains pendant la prière. Plusieurs corps peuvent être réunis dans un seul office : « ولا بأس أن تجمع الجنائز في صلاة واحدة ».

Le retardataire n’entre pas n’importe quand : il attend la prochaine takbîra, joint l’imam, puis dit à la suite les takbîrât manquées dans l’ordre ; la même logique que le masbûq de la leçon 2.6b, transposée à une prière sans rak’as.

Qui dirige ? L’exécuteur testamentaire du défunt dont on espère le bien, puis l’autorité publique, puis le plus proche des parents ; c’est l’ordre de Khalîl. Mais la récompense n’attend personne : « من شهد الجنازة حتى يصلي عليها فله قيراط، ومن شهد حتى تدفن كان له قيراطان… مثل الجبلين العظيمين », « celui qui assiste à la janaza jusqu’à prier sur elle a un qirâṭ ; qui assiste jusqu’à l’enterrement, deux qirâṭs, comme deux grandes montagnes » (al-Bukhârî, n° 1325).

Cas particuliers

La prière sur la tombe. Si un musulman a été enterré sans qu’on prie sur lui, on prie à sa tombe. Si la prière a été faite, on n’en refait pas : « لا يصلى على من قد صلي عليه ».

L’absent. Khalîl pose la règle : « ولا غائب », on ne prie pas sur celui dont le corps n’est pas là. Le hadith du Najashi garde l’exception : un mort lointain que personne n’avait prié, honoré par le Prophète ﷺ lui-même. La règle de l’école et le geste prophétique se lisent ensemble, sans polémique.

L’enfant. On prie sur lui aussi, avec un du’â qui n’est pas celui des adultes : « اللهم فاجعله لوالديه سلفا وذخرا وفرطا وأجرا », « Seigneur, fais de lui un avant-coureur, un trésor, un intercesseur et une récompense pour ses parents ». Pour celui qui n’a pas poussé le cri de la vie, pas de prière : le matn réserve l’office à l’enfant né vivant.

Le suicide. La Risâla le dit en trois mots, sans ambages : « ويصلى على قاتل نفسه » : on prie sur celui qui s’est donné la mort. Le grave péché n’exclut pas le mort de la communauté qui l’entoure une dernière fois.

Vérifiez votre compréhension

Question 1 sur 6 Quel est le statut de la prière funéraire dans l'école malikite ?
une obligation individuelle pour chaque proche du défunt

Le matn de Khalîl la range avec la toilette et le linceul : devoir communautaire, non individuel. Les proches n'ont pas un farḍ personnel, la communauté en a un collectif.

un devoir communautaire : si des musulmans l'accomplissent, tous sont déchargés

« في وجوب غسل الميت… والصلاة عليه كدفنه وكفنه » : obligatoire comme sa toilette et son linceul. C'est le farḍ kifâya : quelques-uns suffisent, tous en sont quittes ; si personne ne le fait, tous portent la faute.

une simple sunna que la famille peut délaisser

La Risâla et Khalîl la mettent au rang de la toilette et du linceul, pas au rang des prières surérogatoires de la leçon 2.9.

Question 2 sur 6 Après chaque takbîra de la prière funéraire, le priant…
dit un du'â pour le défunt, à voix basse

« تقول هذا بإثر كل تكبيرة » (Risâla) et « إسرار دعاء » chez Khalîl : le contenu de cette prière est le du'â, dit en secret. Pas de récitation coranique.

récite la Fâtiḥa à voix basse, comme dans le tarâwîḥ

Les deux matn ne connaissent pas de lecture coranique dans la janaza : la prière est faite de takbîrât et de du'â, c'est sa structure même.

s'incline brièvement sans se prosterner

Il n'y a ni rukû' ni sujûd : la prière entière se fait debout, de l'iḥrâm au salâm.

Question 3 sur 6 L'imam se place…
toujours devant la tête du défunt, quel que soit son sexe

La tête du mort est à la droite de l'imam ; sa position propre dépend du défunt : milieu du corps pour un homme, épaules pour une femme.

derrière le cercueil, face au mur de la qibla

Le matn fixe la position par rapport au corps, pas au cercueil : « يقف الإمام في الرجل عند وسطه وفي المرأة عند منكبيها ».

au milieu du corps pour un homme, aux épaules pour une femme

Verbatim de la Risâla : « يقف الإمام في الرجل عند وسطه وفي المرأة عند منكبيها », la tête du défunt à sa droite (Khalîl).

Question 4 sur 6 Tu arrives à la mosquée alors que l'imam a déjà dit deux takbîrât. Que fais-tu ?
je joins dès que possible, même entre deux takbîrât

« صبر المسبوق للتكبير » (Khalîl) : le retardataire attend un moment net, la prochaine takbîra, pour entrer dans la prière.

j'attends la prochaine takbîra pour me joindre, puis je complète dans l'ordre ce que j'ai manqué

Khalîl : « وصبر المسبوق للتكبير… وإلا والى », le masbûq attend la takbîra, entre, puis rend en séquence les takbîrât manquées.

je ne joins plus : la janaza ne se rattrape pas

Elle se joint en cours, à la différence de la prière sur l'absent qui n'existe pas : le masbûq a une règle propre, celle de la takbîra.

Question 5 sur 6 La formule « اللهم اغفر لحينا وميتنا » (« Seigneur, pardonne à nos vivants et à nos morts ») se dit…
avant la première takbîra, comme ouverture de l'office

C'est le du'â collectif de clôture : la Risâla le place après la quatrième takbîra, choix retenu par Khalîl (« دعا بعد الرابعة على المختار »).

à la place du tashahhud, avant le salâm

Il n'y a pas de tashahhud dans cette prière : la quatrième takbîra est suivie du du'â collectif, puis le salâm unique.

après la quatrième takbîra, avant le salâm unique

Risâla : « وتقول بعد الرابعة اللهم اغفر لحينا وميتنا وحاضرنا وغائبنا », la même formule que rapporte Abu Dawud 3201 dans le geste du Prophète ﷺ.

Question 6 sur 6 Le Prophète ﷺ a prié sur le Najashi, mort loin de Médine. Que dit l'école malikite de la prière sur l'absent ?
elle est recommandée pour toute personnalité éloignée

Le matn de Khalîl est catégorique : « ولا غائب » : on ne prie pas sur l'absent ; le cas du Najashi reste le geste propre du Prophète ﷺ.

elle ne se fait pas : le cas du Najashi est l'exception montrée par la Sunna elle-même

Khalîl : « ولا غائب » ; et Bukhari 1333, transmis par Mâlik lui-même, garde le geste prophétique : le corps lointain que personne n'avait prié. La règle de l'école et l'exception du hadith coexistent.

elle est obligatoire dès que la nouvelle du décès arrive

Aucun matn ne l'oblige ; le hadith rapporte un geste du Prophète ﷺ pour un mort que personne d'autre ne pouvait honorer, non une règle générale.