9.3aLa mort et les funérailles

La prière funéraire, le port du corps et l'enterrement

Volet 4 sur 7 · La mort et les funérailles

Sommaire

Le corps lavé et enveloppé dans la leçon précédente attend le cortège : c’est le « وَحَمْلُهُ » (wa-ḥamluh : « et son port ») du matn. La chaîne se poursuit en trois gestes : porter, prier, ensevelir. Et d’abord une leçon de vitesse : Abû Hurayra transmet « أَسْرِعُوا بِجَنَائِزِكُمْ فَإِنَّمَا هُوَ خَيْرٌ تُقَدِّمُونَهُ إِلَيْهِ أَوْ شَرٌّ تَضَعُونَهُ عَنْ رِقَابِكُمْ » (asri’û bi-janâ’izikum fa-innamâ huwa khayrun tuqaddimûnahu ilayhi aw sharrun taḍa’ûnahu ‘an riqâbikum : « hâtez vos janâ’iz : c’est un bien que vous lui avancez, ou un mal que vous ôtez de vos nuques », Muwatta’). Pas de lenteur solennelle : le cortège va vite.

Devant la janâza

La place du marcheur n’est pas derrière : « وَالْمَشْيُ أَمَامَ الْجَنَازَةِ أَفْضَلُ » (wa-l-mashyu amâma l-janâzati afḍal : « marcher devant la janâza est meilleur », Risâla). Le Muwatta’ le montre : le Prophète ﷺ, Abû Bakr et ’Umar « يَمْشُونَ أَمَامَ الْجَنَازَةِ » (yamshûna amâma l-janâzah : « marchaient devant la janâza ») ; les califes après eux ; ’Umar guida devant le cortège de Zaynab bint Jaḥsh ; ‘Urwa ne fut jamais dans un cortège que devant, puis s’asseyait au Baqî’ jusqu’à ce que les gens le passent. Ibn Shihâb le tranche : « المَشْيُ خَلْفَ الْجَنَازَةِ مِنْ خَطَأِ السُّنَّةِ » (al-mashyu khalfa l-janâzati min khaṭa’i s-sunnah : « marcher derrière la janâza est une erreur de la sunna »).

Derrière le corps, pas de feu : « وَلَا يُتَّبَعُ الْمَيْتُ بِمِجْمَرٍ » (wa-lâ yuttaba’u l-maytu bi-mijmar : « le mort n’est pas suivi d’un encensoir », Risâla). Asmâ’ bint Abî Bakr le dit dans ses dernières volontés : « وَلَا تَتَّبِعُونِي بِنَارٍ » (wa-lâ tattabi’ûnî bi-nâr : « ne me suivez pas d’un feu », Muwatta’) ; Abû Hurayra le défendit pour le sien, et Mâlik le détesta.

Et le geste connu de tous les pays musulmans : se lever au passage. Le Muwatta’ rapporte la succession : ’Alî ibn Abî Ṭâlib « كَانَ يَقُومُ فِي الْجَنَائِزِ ثُمَّ جَلَسَ بَعْدُ » (kâna yaqûmu fî l-janâ’izi thumma jalasa ba’d : « se levait pour les janâ’iz, puis s’assit après »). Deux temps rapportés, comme pour la lecture au chevet : le lever fut la pratique, l’assise est venue après ; le texte se tait sur la suite.

Le reste du port tient en peu de règles : les porteurs ne sont pas comptés à quatre, on commence par n’importe quel côté ; le crieur qui rythme le port, le mu’ayyin, est « مُبْتَدَعٌ » (mubtada’ : « une innovation », Khalîl). Les femmes peuvent sortir avec la janâza : Mâlik l’autorise dans la Mudawwana, même pour la jeune femme derrière son fils, son père, son mari ou son frère ; la femme sortie de son deuil, la mutajalla, sort aussi ; et toute femme dont on ne craint pas le trouble, pour le père, le mari, le fils, le frère (Khalîl). Et le transport ailleurs est permis : « وَنَقْلٌ وَإِنْ مِنْ بُدْوٍ » (wa-naqlun wa-in min budw : « transport, même depuis les bédouins », Khalîl) ; Sa’d ibn Abî Waqqâṣ et Sa’îd ibn Zayd moururent à ’Aqîq et furent portés à Médine pour y être enterrés.

La prière sur le corps

La mécanique est connue depuis la leçon sur la prière funéraire : farḍ kifâya, quatre takbîrs, debout, sans inclination ni prosternation. Le matn funéraire ajoute ce qui règle le geste : les mains levées « فِي أُولَاهُنَّ » (fî ûlâhunna : « à la première », Risâla), la levée à chaque takbîr restant permise ; ensuite « إِنْ شَاءَ دَعَا بَعْدَ الْأَرْبَعِ ثُمَّ يُسَلِّمُ وَإِنْ شَاءَ سَلَّمَ بَعْدَ الرَّابِعَةِ مَكَانَهُ » (in shâ’a da’â ba’da l-arba’ thumma yusallimu wa-in shâ’a sallama ba’da r-râbi’ati makânah : « s’il veut, il invoque après les quatre puis salue ; s’il veut, il salue après la quatrième sur place »). La taslîma est unique, « خَفِيَّةٌ لِلْإِمَامِ وَالْمَأْمُومِ » (khafiyyatan li-l-imâmi wa-l-ma’mûm : « discrète, pour l’imam comme pour le ma’mûm »).

Le du’â’ lui-même n’est pas borné : « غَيْرُ شَيْءٍ مَحْدُودٍ » (ghayru shay’in maḥdûd : « rien de limité ») ; le matn en donne un formulaire modèle, dont voici les clauses qui disent le geste : présenter le mort au Seigneur, « اللَّهُمَّ إِنَّهُ عَبْدُكَ وَابْنُ عَبْدِكَ وَابْنُ أَمَتِكَ » (allâhumma innahu ’abduka wa-bnu ’abdika wa-bnu amatik : « Seigneur, il est Ton serviteur, fils de Ton serviteur et de Ta servante ») ; chercher pour lui l’asile, « إِنَّا نَسْتَجِيرُ بِحَبْلِ جِوَارِكَ لَهُ » (innâ nastajîru bi-ḥabli jiwârika lah : « nous demandons l’asile de Ta corde de voisinage pour lui ») ; le préserver de la tombe, « اللَّهُمَّ قِهِ مِنْ فِتْنَةِ الْقَبْرِ » (allâhumma qihi min fitnati l-qabr : « Seigneur, préserve-le de l’épreuve de la tombe ») ; le laver, « اغْسِلْهُ بِمَاءٍ وَثَلْجٍ وَبَرَدٍ » (ighsilhu bi-mâ’in wa-thaljin wa-barad : « lave-le d’eau, de neige et de grésil ») ; et la demande qui résume tout : « اللَّهُمَّ لَا تَحْرِمْنَا أَجْرَهُ وَلَا تَفْتِنَّا بَعْدَهُ » (allâhumma lâ taḥrimnâ ajrahu wa-lâ taftinnâ ba’dah : « Seigneur, ne nous prive pas de son salaire et ne nous éprouve pas après lui »). Pour une femme, la même formule au féminin, sauf une clause : on ne dit pas « accorde-lui un époux meilleur que le sien », car elle peut être son épouse dans le jardin : « وَنِسَاءُ الْجَنَّةِ مَقْصُورَاتٌ عَلَى أَزْوَاجِهِنَّ » (wa-nisâ’u l-jannati maqṣûrâtun ’alâ azwâjihinn : « les femmes du jardin sont réservées à leurs époux », Risâla).

L’imam se tient « فِي الرَّجُلِ عِنْدَ وَسَطِهِ وَفِي الْمَرْأَةِ عِنْدَ مَنْكِبَيْهَا » (fî r-rajuli ’inda wasaṭihi wa-fî l-mar’ati ’inda mankibayhâ : « pour l’homme à son milieu, pour la femme à ses épaules », Risâla). Plusieurs corps se prient ensemble : « وَلَا بَأْسَ أَنْ تُجْمَعَ الْجَنَائِزُ فِي صَلَاةٍ وَاحِدَةٍ » (wa-lâ ba’sa an tujma’a l-janâ’izu fî ṣalâtin wâḥidah : « pas de mal à grouper les janâ’iz dans une seule prière »), les hommes les plus méritants près de l’imam, les enfants derrière eux ; chez Khalîl l’ordre vers l’imam descend ensuite aux catégories d’époque (l’esclave, le châtré, l’hermaphrodite), et les femmes se rangent vers la qibla. Qui dirige ? Le waṣî dont on espère le bien d’abord, puis le calife, pas son fils sauf s’il prêche, puis le plus proche ’aṣaba, puis le meilleur walî, même une femme ; et si l’homme meurt parmi des femmes seules, elles prient une à une, aucune ne les dirige (Abû al-Qâsim).

Le prix du geste : « وَفِي الصَّلَاةِ عَلَى الْمَيْتِ قِيرَاطٌ مِنَ الْأَجْرِ وَقِيرَاطٌ فِي حُضُورِ دَفْنِهِ وَذَلِكَ فِي التَّمْثِيلِ مِثْلُ جَبَلِ أُحُدٍ ثَوَابًا » (wa-fî ṣ-ṣalâti ’alâ l-mayti qîrâṭun mina l-ajri wa-qîrâṭun fî ḥuḍûri dafnihi wa-dhâlika fî t-tamthîli mithlu jabali uḥudin thawâban : « dans la prière sur le mort, un qîrâṭ de salaire, et un qîrâṭ pour assister à son ensevelissement ; en parabole, comme le mont Uḥud de récompense », Risâla).

Dernières bornes chez Khalîl : partir sans avoir prié ni eu la permission, porter le corps sans wudu’, faire entrer le corps à la mosquée, prier sur lui dedans, ou répéter la prière : tout cela est détesté. La janâza se tient dehors, une fois.

La tombe

Le corps descend « عَلَى شِقِّهِ الْأَيْمَنِ » (’alâ shiqqihi l-ayman : « sur son côté droit », Risâla), face à la qibla ; des briques crues (labin) se dressent sur lui, et l’orant dit alors : « اللَّهُمَّ إِنَّ صَاحِبَنَا قَدْ نَزَلَ بِكَ وَخَلَّفَ الدُّنْيَا وَرَاءَ ظَهْرِهِ وَافْتَقَرَ إِلَى مَا عِنْدَكَ اللَّهُمَّ ثَبِّتْ عِنْدَ الْمَسْأَلَةِ مِنْطِقَهُ وَلَا تَبْتَلِهِ فِي قَبْرِهِ بِمَا لَا طَاقَةَ لَهُ بِهِ وَأَلْحِقْهُ بِنَبِيِّهِ مُحَمَّدٍ ﷺ » (allâhumma inna ṣâḥibanâ qad nazala bika wa-khallafa d-dunyâ warâ’a ẓahrihi wa-ftaqara ilâ mâ ’indaka allâhumma thabbit ’inda l-mas’alati minṭiqahu wa-lâ tabtalihi fî qabrihi bimâ lâ ṭâqata lahu bihi wa-alḥiqhu bi-nabiyyihi muḥammad ṣallâ llâhu ’alayhi wa-sallam : « Seigneur, notre compagnon s’est réfugié auprès de Toi, a laissé le monde derrière son dos, s’est fait pauvre vers ce qui est chez Toi ; Seigneur, raffermis sa langue au moment de la question, ne l’éprouve pas dans sa tombe par ce qui dépasse sa force, et joins-le à son prophète Muḥammad »).

La forme du trou : « وَاللَّحْدُ أَحَبُّ إِلَى أَهْلِ الْعِلْمِ مِنَ الشَّقِّ » (wa-l-laḥdu aḥabbu ilâ ahli l-‘ilmi mina sh-shaqq : « le laḥd est plus aimé des savants que le shaqq », Risâla) : creuser le mort en niche sous la paroi du côté qibla, « إِذَا كَانَتْ تُرْبَةً صُلْبَةً لَا تَتَهَيَّلْ وَلَا تَتَقَطَّعُ » (idhâ kânat turbatan ṣulbatan lâ tatahayyal wa-lâ tataqaṭṭa’ : « si la terre est dure et ne s’effrite ni ne se rompt ») ; « وَكَذَلِكَ فُعِلَ بِرَسُولِ اللَّهِ ﷺ » (wa-kadhâlika fu’ila bi-rasûli llâh : « et ainsi fut fait pour le Messager de Dieu », Risâla). Deux hommes à Médine, l’un qui creusait la niche et l’autre non : « أَيُّهُمَا جَاءَ أَوَّلُ عَمِلَ عَمَلَهُ » (ayyuhumâ jâ’a awwalu ’amila ‘amalah : « le premier venu fasse son œuvre », Muwatta’) ; « فَجَاءَ الَّذِي يَلْحَدُ فَلَحَدَ لِرَسُولِ اللَّهِ » (fa-jâ’a lladhî yalḥadu fa-laḥada li-rasûli llâh : « vint celui qui creusait la niche, et il creusa pour le Messager de Dieu »). La profondeur n’est pas démesurée : « وَعَدَمُ عُمْقِهِ » (wa-’adamu ’umqih : « pas de profondeur », Khalîl). Sur la tombe, deux lectures : « وَرَفْعُ قَبْرٍ كَشِبْرٍ مُسَنِّمًا وَتُؤَوَّلَتْ أَيْضًا عَلَى كَرَاهَتِهِ فَيُسَطَّحُ » (wa-raf’u qabrin ka-shibrin musanniman wa-tu’awwilat ayḍan ’alâ karâhatihi fa-yusaṭṭaḥ : « surélever la tombe d’environ un empan, en dôme ; elle est aussi interprétée à la réprobation : on l’aplanit », Khalîl). Le scellement va par couches : briques crues, puis planche, tuile, brique cuite, roseau ; et « سُنَّ التُّرَابِ أَوْلَى مِنَ التَّابُوتِ » (sunna t-turâbi awlâ mina t-tâbût : « le dôme de terre vaut mieux que le cercueil »). Au bord, un proche jette trois poignées de terre dans la tombe : Ibn Ḥabîb rapporte que le Prophète ﷺ le fit pour ’Uthmân ibn Maẓ’ûn.

Et si l’erreur se découvre tard ? Saḥnûn : « إِنْ جَعَلُوا رَأْسَهُ مَكَانَ رِجْلَيْهِ وَاسْتَدْبَرُوا بِهِ الْقِبْلَهَ وَوَارَوْهُ وَلَمْ يَخْرُجُوا مِنْ قَبْرِهِ نَزَعُوا تُرَابَهُ وَحَوَّلُوهُ لِلْقِبْلَهِ وَإِنْ خَرَجُوا مِنْ قَبْرِهِ وَوَارَوْهُ تَرَكُوهُ » (in ja’alû ra’sahu makâna rijlayhi wa-stadbarû bihi l-qiblaha wa-wârawhu wa-lam yakhrujû min qabrihi naza’û turâbahu wa-ḥawwalûhu li-l-qiblaha wa-in kharajû min qabrihi wa-wârawhu tarakûh : « s’ils mirent sa tête à la place de ses pieds et le dos à la qibla, et l’ensevelirent sans être sortis de la tombe, on retire sa terre et on le tourne vers la qibla ; s’ils étaient sortis et l’avaient recouvert, on le laisse »). La faute se reprend tant qu’on est dans la tombe ; la terre refermée scelle l’oubli.

La tombe ensuite est « حَبْسٌ » (ḥabs : « un dépôt », Khalîl) : « لَا يُمْشَى عَلَيْهِ وَلَا يُنْبَشُ مَا دَامَ بِهِ » (lâ yumshâ ’alayhi wa-lâ yunbashu mâ dâma bih : « on n’y marche pas, on ne l’exhume pas tant qu’elle le porte »), sauf cas nommés : le kafan usurpé dont le propriétaire lésine à l’y laisser, la tombe creusée sur sa propriété, ou l’argent oublié avec le mort. Le minimum du linceul devient alors clair : de quoi retenir son odeur et le garder. Plus extrême encore, la bqr, fendre le ventre d’un mort pour beaucoup d’argent, même avec témoin et serment, jamais pour le fœtus ; le matn la rapporte, il ne la commande pas. Et bâtir sur les tombes, les plâtrer, les blanchir, les clôturer : détesté ; et si le bâti en fait gloire, interdit.

Les funérailles qui dérogent

Le shahîd du champ : « وَلَا يُغْسَلُ الشَّهِيدُ فِي الْمَعْتَرَكِ وَلَا يُصَلَّى عَلَيْهِ وَيُدْفَنُ بِثِيَابِهِ » (wa-lâ yughsalu sh-shahîdu fî l-ma’tarak wa-lâ yuṣallâ ’alayhi wa-yudfanu bi-thiyâbih : « le shahîd du champ n’est pas lavé ni prié ; il est enterré dans ses vêtements », Risâla) : le cas du champ seul, même tombé en pays d’islam ; si ses vêtements ne le couvrent pas, on ajoute des pièces modestes : khuff, qalansuwa, ceinture de peu de prix, bague à petite pierre, ni armure ni arme (Khalîl). Le suicidé, lui, est prié : « وَيُصَلَّى عَلَى قَاتِلِ نَفْسِهِ » (wa-yuṣallâ ’alâ qâtili nafsih : « on prie sur celui qui s’est tué »). Et celui que l’imam fit exécuter en ḥadd ou en qawâd est prié aussi, « وَلَا يُصَلِّي عَلَيْهِ الْإِمَامُ » (wa-lâ yuṣallî ’alayhi l-imâm : « mais l’imam ne prie pas sur lui », Risâla) : la communauté prie, l’autorité qui signa s’abstient.

Quand les corps se mêlent, un musulman mort avec d’autres, indistinguables, le matn pose la chaîne : « وَإِنِ اخْتَلَطُوا غُسِّلُوا وَكُفِّنُوا وَمُيِّزَ الْمُسْلِمُ بِالنِّيَّةِ فِي الصَّلَاةِ » (wa-in khtalaṭû ghussilû wa-kuffinû wa-muyyiza l-muslimu bi-n-niyyati fî ṣ-ṣalâh : « s’ils se mêlent, on les lave, on les enveloppe, et le musulman est distingué par l’intention dans la prière », Khalîl). Pas de tri physique : l’intention du priant fait la distinction.

Le saqṗ, l’enfant mort-né : « وَلَا يُصَلَّى عَلَى مَنْ لَمْ يَسْتَهِلَّ صَارِخًا وَلَا يَرِثُ وَلَا يُورَثُ » (wa-lâ yuṣallâ ’alâ man lam yastahilla ṣârikhan wa-lâ yarithu wa-lâ yûrath : « on ne prie pas sur qui n’a pas crié à la naissance ; il n’hérite ni ne lègue », Risâla) : même s’il remua, éternua, urina ou teta, sauf vie certaine ; son sang est lavé, il est enveloppé d’un linge, enseveli (Khalîl). Enterré en maison : la Risâla le déteste ; Khalîl le permet, et ce n’est pas blâmable comme pour l’adulte : les deux avis sont rapportés.

Et le dernier cas, qui sera repris dans la leçon sur la France : le musulman ne lave pas son père kâfir ni n’entre dans sa tombe ; « إِلَّا أَنْ يَخَافَ أَنْ يُضَيِّعَ فَلْيُوَارِهِ » (illâ an yakhâfa an yuḍayyi’a fa-lyuwârihi : « sauf s’il craint de le laisser perdu : alors il l’ensevelit », Risâla) ; et le musulman n’est pas laissé à un walî kâfir, ni lavé par un kâfir (Khalîl).

Le corps est en terre. Restent les vivants : leur parole et leur patience, la ta’ziya, font la matière de la leçon sur les condoléances qui suit dans ce parcours sur la mort et les funérailles, à la suite du parcours de fiqh.

Vérifiez votre compréhension

Question 1 sur 7 Pour accompagner la janâza, le matn et les Compagnons montrent :
On marche devant le corps, et on fait hâte

« المَشْيُ خَلْفَ الْجَنَازَةِ مِنْ خَطَأِ السُّنَّةِ » (*al-mashyu khalfa l-janâzati min khaṭa'i s-sunnah* : « marcher derrière la janâza est une erreur de la sunna », Ibn Shihâb, Muwatta') ; le Prophète ﷺ, Abû Bakr et 'Umar marchaient devant. Et Abû Hurayra : « أَسْرِعُوا بِجَنَائِزِكُمْ » (*asri'û bi-janâ'izikum* : « hâtez vos janâ'iz »).

On marche derrière, en cortège silencieux et lent

Le pas lent derrière est la coutume occidentale ; la sunna rapportée marche devant le corps, et le hadith demande la hâte : « c'est un bien que vous lui avancez, ou un mal que vous ôtez de vos nuques ».

On allume un cierge derrière le corps

Le feu est expressément récusé : « وَلَا يُتَّبَعُ الْمَيْتُ بِمِجْمَرٍ » (*wa-lâ yuttaba'u l-maytu bi-mijmar* : « le mort n'est pas suivi d'un encensoir », Risâla) ; Asmâ' bint Abî Bakr le refusa pour son propre cortège, Abû Hurayra aussi.

Question 2 sur 7 Au passage d'une janâza, 'Alî ibn Abî Ṭâlib, transmis par Mâlik :
Se levait toujours jusqu'à ce que le corps soit hors de vue

Le récit dit l'inverse : « كَانَ يَقُومُ فِي الْجَنَائِزِ ثُمَّ جَلَسَ بَعْدُ » (*kâna yaqûmu fî l-janâ'izi thumma jalasa ba'd* : « il se levait pour les janâ'iz, puis s'assit après »). La coutume du lever est rapportée en succession, puis l'assise.

Se levait pour les janâ'iz, puis s'assit après

Le Muwatta' rapporte les deux temps sans commentaire tranché : le lever fut la pratique, puis 'Alî s'assit. La leçon rapporte la succession attribuée, comme pour la lecture au chevet en 9.1a.

Ne se levait jamais : s'asseoir fut toujours la règle

Le récit mentionne d'abord le lever (« كان يقوم » *kâna yaqûm* : « il se levait ») avant l'assise ; prétendre que l'assise fut toujours la règle efface la première pratique rapportée.

Question 3 sur 7 La prière de la janâza, selon le matn (rappel : farḍ kifâya, 4 takbîrs, leçon 2.11) :
Les mains levées à chaque takbîr, obligatoirement

Le matn dit : « يَرْفَعُ يَدَيْهِ فِي أُولَاهُنَّ وَإِنْ رَفَعَ فِي كُلِّ تَكْبِيرَةٍ فَلَا بَأْسَ » (*yarfa'u yadayhi fî ûlâhunna wa-in rafa'a fî kulli takbîratin fa-lâ ba's* : « il lève les mains à la première ; s'il lève à chaque takbîr, pas de mal ») : la première seule est posée, les autres sont ouvertes.

Deux taslîmas, une à droite et une à gauche

La janâza n'a qu'« une seule taslîma, discrète, pour l'imam comme pour le ma'mûm » (*taslîmatan wâḥidatan khafiyyatan* : « une taslîma, discrète », Risâla) ; le double salûm de la prière quotidienne ne s'applique pas ici.

Le du'â' après la quatrième takbîr, ou la taslîma directe ; le du'â' n'est pas limité à une formule

« إِنْ شَاءَ دَعَا بَعْدَ الْأَرْبَعِ ثُمَّ يُسَلِّمُ وَإِنْ شَاءَ سَلَّمَ بَعْدَ الرَّابِعَةِ مَكَانَهُ » (*in shâ'a da'â ba'da l-arba' thumma yusallimu wa-in shâ'a sallama ba'da r-râbi'ati makânah* : « s'il veut, il invoque après les quatre puis salue ; s'il veut, il salue après la quatrième sur place », Risâla) ; et le du'â' est « غَيْرَ شَيْءٍ مَحْدُودٍ » (*ghayra shay'in maḥdûd* : « non limité »), le matn donnant un formulaire modèle, pas obligatoire.

Question 4 sur 7 Où se place l'imam pour la prière sur la janâza ?
Toujours à la tête du mort, homme ou femme

Le matn gradue par le corps : au milieu pour l'homme, aux épaules pour la femme, ce qui couvre au mieux sa 'awra du regard des rangs. La tête n'est pas le repère du texte.

Au milieu du corps pour l'homme, aux épaules pour la femme

« وَيَقِفُ الْإِمَامُ فِي الرَّجُلِ عِنْدَ وَسَطِهِ وَفِي الْمَرْأَةِ عِنْدَ مَنْكِبَيْهَا » (*wa-yaqifu l-imâmu fî r-rajuli 'inda wasaṭihi wa-fî l-mar'ati 'inda mankibayhâ* : « l'imam se tient, pour l'homme, à son milieu ; pour la femme, à ses épaules », Risâla).

Face à la qibla, le corps derrière lui

L'imam prie vers la qibla en tête du corps comme dans toute prière ; c'est sa position le long du corps qui est réglée, pas une orientation particulière à la janâza.

Question 5 sur 7 Le matn de Khalîl réprouve de :
Prier la janâza une seconde fois, ou à l'intérieur de la mosquée

Khalîl range parmi les réprouvés « إِدْخَالُهُ بِمَسْجِدٍ وَالصَّلَاةُ عَلَيْهِ فِيهِ وَتَكْرَارُهَا » (*idkhâluhu bi-masjidin wa-ṣ-ṣalâtu 'alayhi fîhâ wa-takrâruhâ* : « l'entrée du corps à la mosquée, la prière sur lui dedans, sa répétition », `_k73`). L'usage courant de la janâza en salle ne vient pas du matn malikite.

Prier la janâza sans wudu'

Le wudu' n'est pas la clause visée pour le priant (la janâza est une prière, elle exige la pureté comme les autres) : la clause du matn porte sur le porteur du corps sans wudu', pas sur le fidèle. Les deux bornes existent mais la question vise la mosquée et la répétition.

Grouper plusieurs janâ'iz dans une même prière

Le groupement est permis par la Risâla : « وَلَا بَأْسَ أَنْ تُجْمَعَ الْجَنَائِزُ فِي صَلَاةٍ وَاحِدَةٍ » (*wa-lâ ba'sa an tujma'a l-janâ'izu fî ṣalâtin wâḥidah* : « pas de mal à grouper les janâ'iz dans une seule prière »). Ce n'est pas une répétition : c'est une seule prière pour plusieurs morts.

Question 6 sur 7 La tombe malikite, selon le matn :
Le corps sur le côté droit face à la qibla ; le laḥd préféré au shaqq en sol dur

« وَيُجْعَلُ الْمَيْتُ فِي قَبْرِهِ عَلَى شِقِّهِ الْأَيْمَنِ » (*wa-yuj'alu l-maytu fî qabrihi 'alâ shiqqihi l-ayman* : « le mort est mis dans sa tombe sur son côté droit », Risâla) ; « وَاللَّحْدُ أَحَبُّ إِلَى أَهْلِ الْعِلْمِ مِنَ الشَّقِّ » (*wa-l-laḥdu aḥabbu ilâ ahli l-'ilmi mina sh-shaqq* : « le laḥd est plus aimé des savants que le shaqq »), en terre solide, « ainsi fut fait pour le Messager de Dieu ﷺ ».

Le corps allongé sur le dos, face au ciel

La position rapportée est le côté droit face à la qibla, pas le dos ; le dos n'apparaît dans aucune clause du passage.

La tombe creusée le plus profond possible

Khalîl pose « عَدَمُ عُمْقِهِ » (*'adamu 'umqih* : « pas de profondeur »), une profondeur non excessive ; creuser à l'excès n'est pas la mesure du texte.

Question 7 sur 7 Un soldat tombe au combat. Le matn ordonne de :
Le laver, le parfumer, puis prier sur lui comme tout musulman

C'est exactement ce que la dérogation suspend : le shahîd du champ n'est ni lavé ni prié : il entre en terre dans ses vêtements. La règle commune reprend pour tout autre mort, même violent.

L'enterrer dans ses vêtements, sans lavage ni prière

« وَلَا يُغْسَلُ الشَّهِيدُ فِي الْمَعْتَرَكِ وَلَا يُصَلَّى عَلَيْهِ وَيُدْفَنُ بِثِيَابِهِ » (*wa-lâ yughsalu sh-shahîdu fî l-ma'tarak wa-lâ yuṣallâ 'alayhi wa-yudfanu bi-thiyâbih* : « le shahîd du champ n'est pas lavé ni prié ; il est enterré dans ses vêtements », Risâla). Ses vêtements comptent s'ils le couvrent ; sinon on ajoute des pièces modestes, ni armure ni arme.

Le rapatrier d'urgence à sa ville avant toute chose

Le matn ne commande pas le rapatriement ; il le permet ailleurs (le transport est rapporté possible). L'enseignement du cas est la suspension du lavage et de la prière, pas le trajet.