9.2La mort et les funérailles

La toilette et le linceul du défunt

Volet 3 sur 7 · La mort et les funérailles

Sommaire

Le matn nomme la suite en quatre gestes : le linceul, le parfum, le port, la tombe. « وَكَفَنُهُ وَتَحْنِيطُهُ وَحَمْلُهُ وَدَفْنُهُ » : après le trépas rapporté dans la leçon précédente vient le geste qui prépare le corps à la prière et à la terre. Deux actes ici : laver, envelopper. Le matn les règle tous les deux, et il commence par une précision qui dégonfle bien des angoisses : « وَلَيْسَ فِي غَسْلِ الْمَيِّتِ حَدٌّ » (wa-laysa fî ghasli l-mayyiti ḥadd : « pas de nombre fixé dans le lavage du mort », Risâla). Mâlik le dit autrement dans le Muwatta’ : « لَيْسَ لِغُسْلِ الْمَيِّتِ عِنْدَنَا شَيْءٌ مَوْصُوفٌ وَلَيْسَ لِذَلِكَ صِفَةٌ مَعْلُومَةٌ وَلَكِنْ يُغَسَّلُ فَيُطَهَّرُ » (laysa li-ghasli l-mayyiti ’indanâ shay’un mawṣûf wa-laysa li-dhâlika ṣifatun ma’lûmah wa-lâkin yughassalu fa-yuṭahhar : « il n’y a chez nous pour le lavage du mort rien de prescrit ni de forme connue : on le lave, on le purifie »). Ce n’est pas un rite à formules : c’est un soin.

Le corps entre les mains

Khalîl ouvre : on le dévêt, on le pose sur un surélevé, et « عَدَمُ حُضُورِ غَيْرِ مُعِينٍ » (’adam ḥuḍûri ghayri mu’în : « n’assiste pas qui n’aide pas »). La chambre du lavage n’est pas un spectacle : n’y entre que qui aide.

Le corps garde sa pudeur : « وَتُسْتَرُ عَوْرَتُهُ » (wa-tustaru ’awratuh : « sa ‘awra est couverte », Risâla). Le récit qui le montre est dans le Muwatta’ : le Prophète ﷺ « غُسِّلَ فِي قَمِيصٍ » (ghussila fî qamîṣ : « fut lavé dans sa tunique »). On ne lui retire rien non plus : « وَلَا تُقَلَّمُ أَظْفَارُهُ وَلَا يُحْلَقُ شَعْرُهُ » (wa-lâ tuqallamu aẓfâruhu wa-lâ yuḥlaqu sha’ruh : « ses ongles ne sont pas taillés, ses cheveux ne sont pas rasés »). Le mort n’est pas apprêté : il est purifié.

Le geste commence par ce qui doit sortir : « وَيُعْصَرُ بَطْنُهُ عَصْرًا رَفِيقًا » (wa-yu’ṣaru baṭnuhu ‘aṣran rafîqan : « son ventre est pressé d’une pression douce »), puis les deux sorties sont lavées à la loque, et le laveur peut y mettre la main s’il y est contraint. Les dents et le nez sont soignés à la loque, la tête inclinée doucement pour le rinçage de la bouche. On peut lui donner l’ablution de la prière : « فَحَسَنٌ وَلَيْسَ بِوَاجِبٍ » (fa-ḥasan wa-laysa bi-wâjib : « c’est bien, pas obligatoire »). Pour le verser, « يُقَلَّبُ لِجَنْبِهِ فِي الْغَسْلِ أَحْسَنُ وَإِنْ أُجْلِسَ فَذَلِكَ وَاسِعٌ » (yuqallabu li-janbihi fî l-ghasli aḥsan wa-in ujlisa fa-dhâlika wâsi’ : « on le tourne sur le côté : c’est mieux ; assis, cela convient aussi »).

L’eau ensuite : nombre impair, eau et sidr, camphre dans la dernière, puis « وَنَشْفٌ » (wa-nashf : « et le séchage », Khalîl). Umm ‘Aṭiyya, de celles qui lavèrent la fille du Prophète ﷺ, rapporte sa consigne : « اغْسِلْنَهَا ثَلَاثًا أَوْ خَمْسًا أَوْ أَكْثَرَ مِنْ ذَلِكَ إِنْ رَأَيْتُنَّ ذَلِكَ بِمَاءٍ وَسِدْرٍ وَاجْعَلْنَ فِي الْآخِرَةِ كَافُورًا أَوْ شَيْئًا مِنْ كَافُورٍ » (ighsilnahâ thalâthan aw khamsan aw akthara min dhâlika in ra’aytunna dhâlika bi-mâ’in wa-sidr wa-j’alna fî l-âkhirati kâfûran aw shay’an min kâfûr : « lavez-la trois fois, ou cinq, ou davantage si vous le voyez, à l’eau et au sidr, et mettez dans la dernière du camphre ou quelque chose de camphre »). Il leur donna ensuite son ḥiqw, son izâr dit le récit, pour l’en vêtir par-dessous. Trois précisions encore chez Khalîl : l’eau peut être chauffée ; on ne frotte pas le corps comme un vivant, même quand la souillure est forte ; et le lavage ne se recommence pas pour une souillure survenue ensuite, là où le wudu’, lui, se referait.

Qui lave qui

La règle de proximité tient en une phrase du matn : « وَلَا بَأْسَ بِغَسْلِ أَحَدِ الزَّوْجَيْنِ صَاحِبَهُ مِنْ غَيْرِ ضَرُورَةٍ » (wa-lâ ba’sa bi-ghasli aḥadi z-zawjayni ṣâḥibahu min ghayri ḍarûrah : « pas de mal à ce que l’un des époux lave l’autre, sans nécessité », Risâla). Ce n’est pas un cas de force : c’est une place ouverte. Asmâ’ bint ’Umays lava Abû Bakr à sa mort ; sortie de la pièce, elle demanda aux Muhâjirûns présents : « إِنِّي صَائِمَةٌ وَإِنَّ هَذَا يَوْمٌ شَدِيدُ الْبَرْدِ فَهَلْ عَلَيَّ مِنْ غُسْلٍ؟ » (innî ṣâ’imah wa-inna hâdhâ yawmun shadîdu l-bard fa-hal ’alayya min ghusl : « je jeûne et le jour est très froid : me doit-on un lavage ? »). Ils répondirent : non. C’est ce récit qui fit retirer à Mâlik sa recommandation du ghusl du laveur : Khalîl la garde dans sa liste, Ibn ’Abd al-Barr note le retrait. Deux étages rapportés, comme pour la lecture de 9.1a : le matn la recommande, la tradition de l’école la retire.

Quand personne du sexe voulu n’est là, le matn ouvre la voie de la terre. La femme morte en voyage, sans femmes ni maḥram : « فَلْيُيَمِّمْ رَجُلٌ وَجْهَهَا وَكَفَّيْهَا » (fa-lyuyammim rajulun wajhahâ wa-kaffayhâ : « qu’un homme lui fasse le tayammum, le visage et les deux paumes », Risâla). L’homme mort seul entre des femmes : elles le tayammument aussi, « وَجْهَهُ وَيَدَيْهِ إِلَى الْمِرْفَقَيْنِ » (wajhahu wa-yadayhi ilâ l-mirfaqayn : « visage et mains jusqu’aux coudes »). La voie du tayammum est la même que celle du vivant sans eau (leçon 1.1) : le geste change de matière, pas de fonction.

Quand le proche parent est là, le matn règle la vue et le geste : une femme de ses maḥrams le lave en couvrant sa ’awra ; un homme de ses maḥrams la lave « مِنْ فَوْقِ ثَوْبٍ يَسْتُرُ جَمِيعَ جَسَدِهَا » (min fawqi thawbin yasturu jamî’a jasadihâ : « par-dessus un vêtement qui couvre tout son corps »). Et pour l’enfant : une femme peut laver un garçon d’environ sept ans, un homme la fillette encore nourrisson. La règle ne tranche jamais « hommes ou femmes » d’un bloc : elle est graduée par la place dans la famille.

Le linceul : blanc, parfumé, impair

Le linceul attend le corps, pas l’inverse : Khalîl exige qu’il ne tarde pas après le lavage ; il est « بَيَاضُ الْكَفَنِ وَتَجْمِيرُهُ » (bayâḍu l-kafani wa-tajmîruh : « le blanc du linceul et son encensement »). Le nombre est le witr : « ثَلَاثَةِ أَثْوَابٍ أَوْ خَمْسَةٍ أَوْ سَبْعَةٍ » (thalâthatu athwâbin aw khamsah aw sab’ah : « trois, cinq ou sept vêtements », Risâla), la tunique, le turban et la ceinture comptant dans le nombre. Le Prophète ﷺ fut enveloppé « فِي ثَلَاثَةِ أَثْوَابٍ بِيضٍ سُحُولِيَّةٍ لَيْسَ فِيهَا قَمِيصٌ وَلَا عِمَامَةٌ » (fî thalâthati athwâbin bayḍin suḥûliyyah laysa fîhâ qamîṣun wa-lâ ‘imâmah : « dans trois vêtements blancs de Ṣuḥûl, sans tunique ni turban », Muwatta’), roulé en eux en une fois. Le qamîṣ et le turban restent permis : « وَلَا بَأْسَ أَنْ يُقَمَّصَ الْمَيِّتُ وَيُعَمَّمَ » (wa-lâ ba’sa an yuqammaṣa l-maytu wa-yu’ammam : « pas de mal à lui mettre la tunique et le turban »), simplement comptés dans le witr ; l’ensemble chez Khalîl porte la tunique, le turban à pan, la ceinture et deux enveloppes. ’Abdallâh ibn ‘Amr le résume ainsi : « الْمَيِّتُ يُقَمَّصُ وَيُؤَزَّرُ وَيُلَفُّ فِي الثَّوْبِ الثَّالِثِ، فَإِنْ لَمْ يَكُنْ إِلَّا ثَوْبٌ وَاحِدٌ كُفِّنَ فِيهِ » (al-mayyitu yuqammaṣu wa-yu’azzaru wa-yulaffu fî th-thawbi th-thâlith fa-in lam yakun illâ thawbun wâḥid kuffina fîh : « le mort reçoit la tunique, la ceinture, et on l’enveloppe dans le troisième vêtement ; s’il n’y a qu’un vêtement, on l’y enveloppe », Muwatta’). Pour la femme, l’ensemble monte jusqu’à sept pièces.

Le parfum entre dans l’enveloppement : le ḥanûṭ dans chaque enveloppe, le coton appliqué sur les orifices, le camphre « فِي مَسَاجِدِهِ وَحَوَاسِّهِ وَمَرَاقِّهِ » (fî masâjidihi wa-ḥawâssihi wa-marâqqih : « sur ses points de prosternation, ses sens, ses saillies osseuses », Khalîl). Le parfum s’applique même au mort en iḥrâm, lui qui s’en abstint vivant.

Le prix du linceul a sa règle : au-delà du vêtement nécessaire, le surplus se paie sur la succession si l’héritier le refuse ; s’il fut ordonné par testament, il sort du tiers du testateur (la règle du tiers : leçon 9.1b). Et deux lectures existent sur ce qui est dû : le vêtement qui couvre le corps entier, ou la couverture de la ’awra, le reste relevant de la sunna (Khalîl le signale comme divergence interne). Abû Bakr, lui, trancha autrement la question du faste : malade, il demanda en combien fut enveloppé le Prophète ﷺ, fit laver son vieux vêtement, taché de mîshq ou de safran, pour y être enveloppé avec deux autres, et dit : « الْحَيُّ أَحْوَجُ إِلَى الْجَدِيدِ مِنَ الْمَيِّتِ وَإِنَّمَا هَذَا لِلْمُهْلَةِ » (al-ḥayyu aḥwaju ilâ l-jadîdi mina l-mayyit wa-innamâ hâdhâ li-l-muhlah : « le vivant a plus besoin du neuf que le mort ; ceci n’est que pour le suint »).

Le corps lavé et enveloppé attend alors ce qui le porte : le cortège, la prière, la tombe ; le matn les règle dans la même séquence, reprise dans la leçon suivante. Le parcours du module continue dans l’ordre du matn, et l’ensemble du parcours de fiqh reprend chaque chapitre.

Vérifiez votre compréhension

Question 1 sur 7 Le lavage du mort, selon le matn de la Risâla, se fait :
En nombre impair, à l'eau et au sidr, le camphre dans la dernière eau

« وَلَيْسَ فِي غَسْلِ الْمَيِّتِ حَدٌّ وَلَكِنْ يُنَقَّى وَيُغْسَلُ وِتْرًا بِمَاءٍ وَسِدْرٍ وَيُجْعَلُ فِي الْأَخِيرَةِ كَافُورٌ » (*wa-laysa fî ghasli l-mayyiti ḥaddun wa-lâkin yunaqqâ wa-yughsalu witran bi-mâ'in wa-sidr wa-yuj'alu fî l-akhîrati kâfûr* : « pas de nombre fixé dans le lavage du mort : on le purifie, on le lave en nombre impair à l'eau et au sidr, on met du camphre dans la dernière », Risâla). Mâlik complète : « on le lave, on le purifie », sans formule figée.

Exactement sept fois, ni plus ni moins

Le matn dit expressément « pas de nombre fixé » : trois ou cinq sont le principe rapporté (Umm 'Aṭiyya), le sept est un degré possible du witr, pas un quota. Compter à sept comme une obligation invente une règle que le texte refuse de fixer.

Une seule fois, comme un wudu' de passage

Une seule eau peut suffire matériellement, mais le matn pose le witr (nombre impair) et l'eau au sidr comme le geste soigné, et le hadith d'Umm 'Aṭiyya donne trois ou cinq pour repère. Le lavage funéraire n'est pas une ablution symbolique.

Question 2 sur 7 Le Prophète ﷺ « غُسِّلَ فِي قَمِيصٍ » (*ghussila fî qamîṣ* : « fut lavé dans sa tunique »). Ce que le geste enseigne :
Que la 'awra du mort reste couverte pendant le lavage

Le récit du Muwatta' rapporte le lavage dans la tunique ; le matn le fixe en règle : « وَتُسْتَرُ عَوْرَتُهُ » (*wa-tustaru 'awratuh* : « sa 'awra est couverte », Risâla). La pudeur du mort se tient comme celle du vivant.

Que le linceul se coud avant la toilette

La tunique du lavage n'est pas le linceul : le Prophète fut ensuite enveloppé dans trois vêtements blancs où il n'y avait justement ni qamîṣ ni turban. Confondre les deux tissus inverse l'ordre du récit.

Que seul un vêtement en soie convient au lavage

Le texte nomme la tunique (qamîṣ), pas la soie ; la soie n'entre dans aucune clause du passage. Le détail rapporté porte sur la couverture, pas sur la matière.

Question 3 sur 7 Pendant le lavage, le matn interdit de :
Tailler les ongles et raser les cheveux du mort

« وَلَا تُقَلَّمُ أَظْفَارُهُ وَلَا يُحْلَقُ شَعْرُهُ » (*wa-lâ tuqallamu aẓfâruhu wa-lâ yuḥlaqu sha'ruh* : « ses ongles ne sont pas taillés, ses cheveux ne sont pas rasés », Risâla). Le corps est purifié, pas apprêté : ce qui le quitte après la mort ne se reprend pas.

Donner l'ablution du mort

C'est l'inverse : « وَإِنْ وُضِّئَ وُضُوءَ الصَّلَاةِ فَحَسَنٌ » (*wa-in wuḍḍi'a wuḍû'a ṣ-ṣalâti fa-ḥasan* : « s'il est ablué de l'ablution de la prière, c'est bien »). Le wudu' est bienvenu, il n'est simplement pas obligatoire.

Presser doucement le ventre du mort

Le matn le demande : « وَيُعْصَرُ بَطْنُهُ عَصْرًا رَفِيقًا » (*wa-yu'ṣaru baṭnuhu 'aṣran rafîqan* : « son ventre est pressé d'une pression douce », Risâla) : ce qui resterait à sortir sort avant l'enveloppement. Ce n'est pas une violence, c'est le soin qui évite la souillure du linceul.

Question 4 sur 7 Une femme meurt en voyage, sans femmes ni maḥram pour la laver. Le matn ordonne :
L'enterrer sans lavage : le ghusl n'est possible qu'entre femmes

Le corps n'entre pas en terre non purifié quand une voie existe : le tayammum est prévu par le matn pour exactement ce cas. Enterrer non lavé alors que la voie légale est ouverte néglige la règle.

Qu'un homme lui fasse le tayammum, visage et paumes

« فَلْيُيَمِّمْ رَجُلٌ وَجْهَهَا وَكَفَّيْهَا » (*fa-lyuyammim rajulun wajhahâ wa-kaffayhâ* : « qu'un homme lui fasse le tayammum, le visage et les deux paumes », Risâla) ; le même principe vaut pour l'homme mort seul entre des femmes, jusqu'aux coudes. Sans eau ni laveuse du sexe requis, la terre devient l'eau. Sur le tayammum, voir la leçon 1.1.

Attendre de rallier une ville pour le laver

Le matn pose la solution immédiate du tayammum, pas le report : la dignité du corps ne dépend pas de la distance à couvrir. Le voyage est précisément le cas de figure nommé par le texte.

Question 5 sur 7 Le ghusl du laveur après la toilette, dans l'école, est :
Une divergence rapportée : recommandé dans le matn, retiré chez Mâlik au vu du récit d'Asmâ'

Khalîl range « اغتسال غاسله » (*ightisâlu ghâsilih* : « le lavage de son laveur ») parmi les recommandés ; Ibn 'Abd al-Barr note que Mâlik le recommandait puis s'en est tu, pour le hadith d'Asmâ' bint 'Umays : elle lava Abû Bakr, jeûnait, par grand froid, et les Muhâjirûns répondirent qu'elle ne devait rien (Muwatta'). La leçon rapporte les deux étages sans trancher.

Obligatoire : toucher un mort rend impur au sens du janâba

Le contact avec le mort n'entame pas la pureté comme un janâba : rien dans les textes ne le met au rang des obligatoires, et le récit d'Asmâ' montre des Compagnons nier le devoir. Le laveur sort de son geste comme il y est entré.

Interdit : le ghusl n'est valide que pour soi en vie

Rien n'interdit au laveur de se laver après son geste : le matn le rangeait même parmi les recommandés. La question porte sur son caractère, pas sur sa licéité.

Question 6 sur 7 Le Prophète ﷺ fut enveloppé dans « ثَلَاثَةِ أَثْوَابٍ بِيضٍ سُحُولِيَّةٍ » (*thalâthati athwâbin bayḍin suḥûliyyah* : « trois vêtements blancs de Ṣuḥûl »). L'enseignement du matn pour le linceul :
Le nombre impair : trois, cinq ou sept vêtements, le qamîṣ et le turban comptés dedans

« وَيُسْتَحَبُّ أَنْ يُكَفَّنَ الْمَيِّتُ فِي وِتْرٍ ثَلَاثَةِ أَثْوَابٍ أَوْ خَمْسَةٍ أَوْ سَبْعَةٍ » (*wa-yustaḥabbu an yukaffana l-maytu fî witrin thalâthati athwâbin aw khamsah aw sab'ah* : « il est recommandé d'envelopper le mort en un nombre impair, trois, cinq ou sept vêtements », Risâla) ; le qamîṣ, la ceinture et le turban comptent dans le nombre. Le Prophète lui-même n'en eut que trois, sans qamîṣ ni turban (Muwatta').

Exactement trois : le nombre des vêtements du Prophète borne tout le reste

Les trois du Prophète sont le récit de sa sunna, pas une borne : le matn laisse trois, cinq ou sept, et Abû Bakr lui-même se fit envelopper dans son vieux vêtement lavé avec deux autres. La recommandation est le witr, pas le chiffre trois.

Qu'importe le nombre : seule compte la couleur blanche

Le blanc est recommandé par Khalîl (« وَبَيَاضُ الْكَفَنِ » : *bayâḍu l-kafan* : « le blanc du linceul ») mais le matn pose aussi le nombre impair : les deux clauses coexistent. Réduire le linceul à sa couleur oublie la moitié du texte.

Question 7 sur 7 « الْحَيُّ أَحْوَجُ إِلَى الْجَدِيدِ مِنَ الْمَيِّتِ » (*al-ḥayyu aḥwaju ilâ l-jadîdi mina l-mayyit* : « le vivant a plus besoin du neuf que le mort ») : Abû Bakr fit laver son vieux vêtement pour son linceul. La parole enseigne :
Que le linceul doit être acheté neuf dans tous les cas

C'est le contraire de sa décision : il refusa le neuf pour lui-même, « ceci est pour le suint » (*li-l-muhlah*). Le faste du linceul n'est pas la règle ; le nécessaire digne suffit.

Que le linceul doit être cousu à la main par les proches

Abû Bakr ne parle ni de couture ni de qui le fait : il parle du neuf et de l'usé. La matière du linge, pas sa fabrication, porte l'enseignement.

Que le vieux linge lavé convient : le neuf sert d'abord aux vivants

« الْحَيُّ أَحْوَجُ إِلَى الْجَدِيدِ مِنَ الْمَيِّتِ وَإِنَّمَا هَذَا لِلْمُهْلَةِ » (*al-ḥayyu aḥwaju ilâ l-jadîdi mina l-mayyit wa-innamâ hâdhâ li-l-muhlah* : « le vivant a plus besoin du neuf que le mort ; ceci n'est que pour le suint », Muwatta'). Le khalîfe qui pouvait tout choisir choisit le lavé : la dignité du linceul n'est pas son prix.