2.6bLa prière (salat)
Rattraper une prière manquée (qada')
Sommaire
« Rattraper » couvre deux situations que tu vis toutes les deux : tu arrives à la mosquée et la prière a commencé, ou tu portes une prière (parfois des années de prières) dont le temps est passé. La première s’appelle le cas du masbûq, celui qui est rejoint par la prière déjà engagée ; la seconde, le qaḍâ’, l’acquittement de ce qui est dû. Cette leçon les traite l’un après l’autre.
Arrivé en retard : le masbûq
Des hommes coururent un jour pour rattraper la prière du Prophète ﷺ ; il les arrêta :
« إذا أتيتم الصلاة فعليكم بالسكينة فما أدركتم فصلوا وما فاتكم فأتموا » idhâ ataytumu ṣ-ṣalâta fa-’alaykumu s-sakîna, fa-mâ adrakum fa-ṣallû wa-mâ fâtakum fa-atimmû « Quand vous venez à la prière, que la dignité de marche soit sur vous ; ce que vous attrapez, priez-le ; ce qui vous a manqué, complétez-le. » (Ṣaḥîḥ al-Bukhârî, n° 635)
« Ce que vous attrapez » : la rak’a est attrapée dès que son rukû’ est atteint. Entre et que l’imam est encore penché, la rak’a compte ; un instant après, elle est passée. Et la Risâla en fixe la valeur : « من أدرك ركعة فأكثر فقد أدرك الجماعة » (« qui attrape une rak’a ou plus a attrapé la jamâ’a ») : une seule rak’a attrapée donne la jamâ’a entière, son mérite compris.
Ensuite, l’achèvement a sa méthode, et la Risâla la donne mot pour mot : tu achèves après le salut de l’imam ce qui t’a manqué, à la manière de l’imam pour la lecture (une part de prière haute se rattrape à voix haute) mais comme un orant seul pour les stations et les assises. C’est là que les débuts trompent : là où l’imam s’asseyait pour son dernier tashahhud, toi tu en es à ta première rak’a debout ; ton compte est le tien, décalé du sien. Et tu ne salues pas avec lui : à son salut, ta prière continue ; tu te lèves et tu complètes ta part.
Deux cas de bord, rapportés par la Risâla :
- tu n’as attrapé que le tashahhud ou le sujûd (rien de la rak’a) : tu n’as pas la jamâ’a, mais tu peux refaire la prière en groupe derrière un autre imam pour le mérite ;
- son sujûd de l’oubli : al-Akhdarî pose la borne. Moins d’une rak’a attrapée : tu ne prosternes avec lui ni avant ni après, et si tu le fais ta prière est perdue ; une rak’a entière ou plus : le qablî se fait avec lui, le ba’dî se reporte après ton propre salut.
La prière passée : le qaḍâ’
Le qaḍâ’ est l’acquittement d’une prière dont le temps est passé. Son fondement est une parole brève du Prophète ﷺ :
« من نسي صلاة فليصلها إذا ذكرها لا كفارة لها إلا ذلك » man nasiya ṣalâtan fa-l-yuṣallihâ idhâ dhakarahâ, lâ kaffârata lahâ illâ dhâlik « Qui oublie une prière, qu’il la prie quand il s’en souvient : il n’y a pour elle d’autre expiation que cela. » (Ṣaḥîḥ Muslim, n° 684)
Qatâda, qui rapporte le hadith, y relie le verset « أقم الصلاة لذكري » (aqimi ṣ-ṣalâta li-dhikrî, « dresse la prière pour Mon souvenir », Coran 20:14) : se souvenir de la prière est déjà un commandement de la prier.
Chez Mâlik, la règle est sans marge : « وجب قضاء فائتة مطلقا » (« le rattrapage de la manquée est obligatoire, absolument »). Et la forme suit le passé : la prière manquée en résidence se refait en résident, celle manquée en voyage se refait en voyageuse, écrit al-Akhdarî. Tu ne convertis pas, tu restitues.
L’ordre et le rythme
L’ordre compte quand la dette est petite. Khalîl l’articule : tant qu’on se souvient, l’ordre entre deux prières présentes est une condition, de même que l’ordre entre les manquées elles-mêmes, et entre une petite poignée de manquées et la présente, même si le temps des manquées est passé. Traduction : quelques prières en retard se prient avant celle du moment, si son temps est encore large. Mais si le temps de la présente se resserre, elle passe d’abord ; et qui renverse l’ordre, même à dessein, refait dans le « temps de la nécessité », ce qu’il reste avant la fin du créneau : la chose est réparée, pas piétinée.
Quand la dette est grande, les règles changent de régime : la Risâla ouvre toutes les portes : « celui qui a beaucoup de prières les prie à tout moment, de nuit comme de jour, au lever du soleil et à son coucher, comme il le peut ». Les heures réprouvées des surérogatoires ne s’appliquent pas à qui paie une dette.
Les cas de mémoire trouée, Khalîl les résout mécaniquement :
- tu sais qu’une prière manque, mais pas laquelle : tu pries les cinq d’une journée : la manquée s’y trouvera ;
- tu sais laquelle, pas son jour : tu la pries en la visant ;
- une prière et celle d’après ont échappé : tu pries six ;
- le nombre t’échappe : tu pries jusqu’à ce qu’il ne reste plus de doute (al-Akhdarî).
Le souvenir en pleine prière a aussi sa règle : peu de manquées et tu t’en souviens en priant : tu coupes celle-ci par un salut ; et si le premier rukû’ est déjà passé, tu complètes la paire avant de sortir. Et si tu es derrière l’imam quand le souvenir revient : tu continues avec lui, tu salues à son salut, puis tu pries la manquée, puis tu refais celle du groupe ; c’est l’avis de Mâlik rapporté par la Mudawwana.
La vie de celui qui rattrape
Deux dernières choses changent le quotidien du débiteur de qaḍâ’, et l’école les dit nettement :
- les surérogatoires se ferment presque toutes : qui doit du qaḍâ’ ne prie pas de nafl, pas le ḍuḥâ, pas les veillées de Ramadan ; al-Akhdarî n’excepte que le shaf’ et le witr (la paire et l’impaire de la nuit), la prière du fajr, les deux ’îd, l’éclipse et la demande de pluie. La dette d’abord.
- le rythme est libre : « qui prie chaque jour l’équivalent de cinq journées n’est pas négligent » : le rattrapage n’a pas à se faire à bout de souffle, il se fait régulier.
Et dernier soulagement, pratique celui-là : ceux qui doivent du qaḍâ’ peuvent le prier en groupe, quand leurs prières concordent : deux débiteurs de ẓuhr peuvent se retrouver et le faire ensemble.
Tu sais maintenant ce qui compte comme attrapé, comment compléter, et comment se porte une dette de prières. La mécanique du groupe elle-même (qui dirige, où se placer, comment alerter l’imam) est dans la leçon qui précède. Pour le sujûd de l’oubli en orant seul, la leçon 2.5b. Le parcours complet : page des cours de fiqh, et le hub de la prière.
