2.6bLa prière (salat)

Rattraper une prière manquée (qada')

Volet 9 sur 16 · La prière (salat)

Sommaire

« Rattraper » couvre deux situations que tu vis toutes les deux : tu arrives à la mosquée et la prière a commencé, ou tu portes une prière (parfois des années de prières) dont le temps est passé. La première s’appelle le cas du masbûq, celui qui est rejoint par la prière déjà engagée ; la seconde, le qaḍâ’, l’acquittement de ce qui est dû. Cette leçon les traite l’un après l’autre.

Arrivé en retard : le masbûq

Des hommes coururent un jour pour rattraper la prière du Prophète ﷺ ; il les arrêta :

« إذا أتيتم الصلاة فعليكم بالسكينة فما أدركتم فصلوا وما فاتكم فأتموا » idhâ ataytumu ṣ-ṣalâta fa-’alaykumu s-sakîna, fa-mâ adrakum fa-ṣallû wa-mâ fâtakum fa-atimmû « Quand vous venez à la prière, que la dignité de marche soit sur vous ; ce que vous attrapez, priez-le ; ce qui vous a manqué, complétez-le. » (Ṣaḥîḥ al-Bukhârî, n° 635)

« Ce que vous attrapez » : la rak’a est attrapée dès que son rukû’ est atteint. Entre et que l’imam est encore penché, la rak’a compte ; un instant après, elle est passée. Et la Risâla en fixe la valeur : « من أدرك ركعة فأكثر فقد أدرك الجماعة » (« qui attrape une rak’a ou plus a attrapé la jamâ’a ») : une seule rak’a attrapée donne la jamâ’a entière, son mérite compris.

Ensuite, l’achèvement a sa méthode, et la Risâla la donne mot pour mot : tu achèves après le salut de l’imam ce qui t’a manqué, à la manière de l’imam pour la lecture (une part de prière haute se rattrape à voix haute) mais comme un orant seul pour les stations et les assises. C’est là que les débuts trompent : là où l’imam s’asseyait pour son dernier tashahhud, toi tu en es à ta première rak’a debout ; ton compte est le tien, décalé du sien. Et tu ne salues pas avec lui : à son salut, ta prière continue ; tu te lèves et tu complètes ta part.

Deux cas de bord, rapportés par la Risâla :

La prière passée : le qaḍâ’

Le qaḍâ’ est l’acquittement d’une prière dont le temps est passé. Son fondement est une parole brève du Prophète ﷺ :

« من نسي صلاة فليصلها إذا ذكرها لا كفارة لها إلا ذلك » man nasiya ṣalâtan fa-l-yuṣallihâ idhâ dhakarahâ, lâ kaffârata lahâ illâ dhâlik « Qui oublie une prière, qu’il la prie quand il s’en souvient : il n’y a pour elle d’autre expiation que cela. » (Ṣaḥîḥ Muslim, n° 684)

Qatâda, qui rapporte le hadith, y relie le verset « أقم الصلاة لذكري » (aqimi ṣ-ṣalâta li-dhikrî, « dresse la prière pour Mon souvenir », Coran 20:14) : se souvenir de la prière est déjà un commandement de la prier.

Chez Mâlik, la règle est sans marge : « وجب قضاء فائتة مطلقا » (« le rattrapage de la manquée est obligatoire, absolument »). Et la forme suit le passé : la prière manquée en résidence se refait en résident, celle manquée en voyage se refait en voyageuse, écrit al-Akhdarî. Tu ne convertis pas, tu restitues.

L’ordre et le rythme

L’ordre compte quand la dette est petite. Khalîl l’articule : tant qu’on se souvient, l’ordre entre deux prières présentes est une condition, de même que l’ordre entre les manquées elles-mêmes, et entre une petite poignée de manquées et la présente, même si le temps des manquées est passé. Traduction : quelques prières en retard se prient avant celle du moment, si son temps est encore large. Mais si le temps de la présente se resserre, elle passe d’abord ; et qui renverse l’ordre, même à dessein, refait dans le « temps de la nécessité », ce qu’il reste avant la fin du créneau : la chose est réparée, pas piétinée.

Quand la dette est grande, les règles changent de régime : la Risâla ouvre toutes les portes : « celui qui a beaucoup de prières les prie à tout moment, de nuit comme de jour, au lever du soleil et à son coucher, comme il le peut ». Les heures réprouvées des surérogatoires ne s’appliquent pas à qui paie une dette.

Les cas de mémoire trouée, Khalîl les résout mécaniquement :

Le souvenir en pleine prière a aussi sa règle : peu de manquées et tu t’en souviens en priant : tu coupes celle-ci par un salut ; et si le premier rukû’ est déjà passé, tu complètes la paire avant de sortir. Et si tu es derrière l’imam quand le souvenir revient : tu continues avec lui, tu salues à son salut, puis tu pries la manquée, puis tu refais celle du groupe ; c’est l’avis de Mâlik rapporté par la Mudawwana.

La vie de celui qui rattrape

Deux dernières choses changent le quotidien du débiteur de qaḍâ’, et l’école les dit nettement :

Et dernier soulagement, pratique celui-là : ceux qui doivent du qaḍâ’ peuvent le prier en groupe, quand leurs prières concordent : deux débiteurs de ẓuhr peuvent se retrouver et le faire ensemble.


Tu sais maintenant ce qui compte comme attrapé, comment compléter, et comment se porte une dette de prières. La mécanique du groupe elle-même (qui dirige, où se placer, comment alerter l’imam) est dans la leçon qui précède. Pour le sujûd de l’oubli en orant seul, la leçon 2.5b. Le parcours complet : page des cours de fiqh, et le hub de la prière.

Vérifiez votre compréhension

Question 1 sur 6 Tu entres à la mosquée et tu rejoins l'imam au rukû' de la deuxième rak'a du maghrib. Où en es-tu ?
tu as attrapé la jamâ'a ; après son salut, tu complètes une rak'a seul

La rak'a est attrapée dès que son rukû' est atteint. La Risâla : « من أدرك ركعة فأكثر فقد أدرك الجماعة » « qui attrape une rak'a ou plus a attrapé la jamâ'a ». Il te reste une rak'a à compléter après son salut, et le mérite du groupe est acquis.

tu n'as rien attrapé : seule la première rak'a compte pour la jamâ'a

Le compte est par rak'a, pas par début de prière : une rak'a attrapée suffit à te donner la jamâ'a. C'est exactement le point du matn.

tu reprends tout depuis le début après son salut : les rak'as manquées ne comptent pas

Ce que tu as fait avec l'imam compte pleinement. Tu ne recommences que la part manquée (ici une rak'a), pas la prière entière.

Question 2 sur 6 En complétant ta part manquée d'une prière à lecture haute (maghrib), tu récites…
à voix haute, comme l'imam le faisait

La Risâla tranche : on complète « على نحو ما فعل الإمام في القراءة » « à la manière dont l'imam a fait la lecture » : sa part était haute, la tienne l'est aussi. En revanche tes stations et tes assises suivent le compte d'un orant seul : là où l'imam s'asseyait au deuxième tashahhud, toi tu es à ta première rak'a.

en silence : tu pries seul, donc tout est bas

Le geste suit celui de l'orant seul, mais la lecture suit le mode de la prière : une prière haute reste haute jusque dans la part rattrapée.

à voix haute la Fâtiha, bas la sourate

La règle ne découpe pas ainsi : le mode de lecture de la prière (haut ou bas) s'applique à toute ta part complétée, sans tri interne.

Question 3 sur 6 Tu n'as attrapé que la dernière séance avec l'imam (moins d'une rak'a), et l'imam prosterne pour un oubli avant de saluer. Tu…
prosternes avec lui : son sujûd te couvre comme le reste

Attention : al-Akhdarî est catégorique, « qui a attrapé moins d'une rak'a ne prosterne avec lui ni avant ni après ; s'il prosterne, sa prière est perdue ». Ta prière n'est pas encore assez construite pour recevoir son sujûd.

restes assis sans prosterner, puis tu complètes ta prière après son salut

Moins d'une rak'a attrapée : aucun sujûd de l'oubli avec l'imam, ni le qablî ni le ba'dî. Une rak'a entière ou plus, en revanche, change tout : le qablî se fait avec lui, le ba'dî se reporte après ton propre salut.

te lèves et recommences ta prière seul, elle n'était pas engagée

Ta prière est engagée dès ton takbîr, même sur la fin de la sienne : tu ne la casses pas. Tu attends son salut, puis tu complètes, et tu pourras même refaire la prière en groupe ensuite pour le mérite.

Question 4 sur 6 Tu te souviens avoir manqué le ẓuhr, et nous sommes en plein temps large du 'aṣr. L'ordre te dit…
le 'aṣr d'abord : la prière du moment passe toujours avant

L'inverse quand le temps est large : le peu de manquées précède la présente (Khalîl). C'est la présente qui passe d'abord uniquement quand son propre temps risque de sortir.

le ẓuhr d'abord, puis le 'aṣr, le temps est large, l'ordre s'applique

La règle malikite : un petit nombre de manquées se prie avant la présente, même si leur temps est passé. Et si le temps de la présente se resserre, elle passe d'abord ; qui viole l'ordre refait dans le temps de la nécessité.

les deux ensemble, en une seule intention, pour gagner du temps

Chaque prière porte sa propre intention : on ne fusionne jamais deux obligations en un seul acte. L'ordre ne s'achète pas en raccourci.

Question 5 sur 6 Tu sais qu'il te manque une prière, mais tu ne sais plus laquelle. Tu…
pries celle qui te semble la plus probable

On ne parie pas sur une dette : le probable ne libère pas. Khalîl donne la solution complète, pas une approximation.

pries les cinq prières d'une journée, la manquée y sera comprise

« Qui ignore quelle prière il a manquée prie les cinq », écrit Khalîl : la journée complète couvre le cas perdu. Et qui a oublié le nombre de ses manquées prie jusqu'à ce qu'il ne reste aucun doute, dit al-Akhdarî.

demandes à un imam de trancher à ta place

La règle est entre tes mains, pas dans un arbitrage : les cinq prières ferment le doute mécaniquement. Un savant ne saura pas mieux que toi laquelle tu as oubliée.

Question 6 sur 6 Tu portes des années de prières à rattraper. Ce que l'école te permet et t'impose…
tu rattrapes à toute heure, même au lever et au coucher du soleil

« Celui qui a beaucoup de prières les prie à tout moment, nuit et jour, au lever et au coucher du soleil » (Risâla) : les heures réprouvées tombent pour le débiteur de qaḍâ'. Et le rythme est libre : prier chaque jour l'équivalent de cinq journées n'est pas négliger, dit al-Akhdarî.

tu rattrapes uniquement aux heures des cinq prières

Les horaires interdits ne s'appliquent pas au qaḍâ' nombreux : la dette passe avant la préférence des heures. Limiter le rattrapage aux heures canoniques rendrait la charge impossible.

les surérogatoires te restent ouvertes pendant que tu rattrapes

Spécificité malikite à connaître : qui doit du qaḍâ' ne prie pas de nafl : al-Akhdarî n'excepte que le shaf' et le witr, le fajr, les deux 'îd, l'éclipse et la demande de pluie. La dette d'abord, les extras ensuite.