2.5bLa prière (salat)

Sujud as-sahw et les cas d'oubli

Volet 7 sur 16 · La prière (salat)

Sommaire

La leçon précédente a tranché : la faute délibérée casse, l’oubli se répare. Voici la réparation elle-même, le sujûd as-sahw, la prosternation de la distraction. Deux prosternations, qui prennent place avant ou après le salâm selon ce qui est arrivé, et qui rendent la prière entière sans la refaire.

Le Prophète ﷺ a oublié

La scène fondatrice tient en quelques lignes du Muwatta’. Le Prophète ﷺ conduisait la prière, un ẓuhr ou un ’aṣr ; il salua au bout de deux rak’as. Un compagnon qu’on surnommait Dhû l-Yadayn se leva :

« انْصَرَفَ مِنْ اثْنَتَيْنِ، فَقَالَ لَهُ ذُو الْيَدَيْنِ : أَقَصُرَتِ الصَّلَاةُ أَمْ نَسِيتَ يَا رَسُولَ اللَّهِ؟ » Inṣarafa min thnatayn, fa-qâla lahû dhû l-yadayn : a-quṣirati ṣ-ṣalâtu am nasîta yâ rasûla llâh ? « Il sortit de la prière à deux rak’as. Dhû l-Yadayn lui dit : la prière a-t-elle été raccourcie, ou as-tu oublié, ô Messager de Dieu ? » (Muwatta’, n° 58 ; trad. maison)

Le Prophète ﷺ se tourna vers l’assemblée : « أَصَدَقَ ذُو الْيَدَيْنِ ؟ », a-ṣadaqa dhû l-yadayn ?, « Dhû l-Yadayn a-t-il dit vrai ? ». Oui, répondit-on. Il se releva, pria les deux rak’as qui manquaient, salua, puis prosterna deux prosternations « comme les siennes, ou plus longues ». L’oubli n’est pas un scandale : le meilleur des hommes a oublié en priant, et il a montré comment réparer.

La règle en une phrase

Al-Akhdarî écrit : « le sujûd de l’oubli dans la prière est une sunna ». Sunna, donc enseigné, attendu, non obligatoire : le refuser n’annule pas la prière, mais le pratiquer répare.

La règle tient en une opposition. Pour le manque : deux prosternations avant le salâm, une fois les deux tashahhud terminés ; on se relève, on se prosterne deux fois, on se rassied, on fait un nouveau tashahhud, puis le salut. Pour l’ajout : deux prosternations après le salâm ; puis le tashahhud et un nouveau salut referment. Manque et ajout ensemble : avant le salâm. Le manque tire la réparation vers l’avant.

Ce qu’elle répare, et ce qu’elle ne répare pas

L’outil couvre les sunnas confirmées, non les intégraux : le matn dit qu’un intégral manqué ne se rembourse pas par le sujûd. Une rak’a oubliée, une prosternation oubliée, la Fâtiha oubliée d’une prière entière : la réparation, c’est le geste lui-même, pas la prosternation de fin. Elle couvre aussi les ajouts : parole échappée, rak’a de trop, salut venu trop tôt.

Une précision de mesure : le sujûd d’avant le salâm ne s’ouvre, dans la règle ordinaire, que pour deux sunnas manquées ou plus. Une sunna seule, passée par oubli, n’appelle rien. Sauf l’inversion de la lecture : c’est la seule sunna simple qui suffise.

Les cas typiques

Le vocabulaire appris, les cas tombent en place. Tu as parlé par oubli : ajout, prosternation après le salâm. Tu as salué à deux rak’as par oubli : ajout encore, prosternation après. Tu as ajouté une ou deux rak’as par distraction : après le salâm. Ajouter l’équivalent entier de la prière, quatre rak’as à un ẓuhr : là, la prière est cassée.

Inverser la voix : réciter à voix basse là où l’école veut la voix haute est un manque, sujûd avant le salâm ; réciter haut là où le secret est dû est un ajout, sujûd après. C’est le seul cas où une sunna seule appelle déjà le geste.

Le premier tashahhud oublié : la borne est le sol. Mains et genoux encore au sol, on redescend et on le dit ; les quatre points ont quitté le sol, on continue debout, sans revenir, et le sujûd vient avant le salâm. Relire la Fâtiha par oubli : ajout, après le salâm ; à dessein, la chose devient grave, « l’invalidité apparente », dit al-Akhdarî. Et ce qui ne demande rien : deux sourates dans une rak’a, passer d’une sourate à l’autre, s’incliner avant de finir la sourate, ajouter une sourate aux deux dernières rak’as, dire la prière sur le Prophète ﷺ à l’audition de son nom, un signe de la main ou de la tête.

Le doute, et celui que le doute assiège

Le doute est un cas d’école à part entière. Tu ne sais plus si tu as fait trois ou quatre rak’as : « le doute dans le manque vaut certitude ». On ne parie pas sur le probable, on construit sur le certain : trois sont sûres, on ajoute la quatrième, puis on prosterne après le salâm, car l’ajout possible pèse. Même méthode pour une rak’a ou une prosternation doutée : on la fait, puis le sujûd après.

Le doute sur le salut suit sa borne : c’est proche, on salue et rien d’autre ; c’est long, la prière est perdue.

Le musawwas, celui que le doute assiège de façon habituelle, reçoit sa règle propre : il laisse son doute, il ne refait rien, et il prosterne après le salâm, que son doute porte sur un ajout ou un manque. La même clémence que la leçon du wudu’ : le doute répété ne gouverne pas la prière.

Le sujûd oublié, l’intégral rattrapé

Le sujûd lui-même peut être oublié. Celui d’avant le salâm : si c’est proche, on le rattrape ; si le temps a longuement passé ou si on a quitté la mosquée, il tombe, et la prière ne casse avec lui que si trois sunnas ou plus étaient manquées. Celui d’après le salâm : il se fait « même une année plus tard », dit le matn ; Khalîl précise : avec une nouvelle entrée, un tashahhud, un salut.

L’intégral, lui, ne se répare pas : il se rattrape. Tu découvres qu’il te manque une rak’a après avoir salué : si c’est proche et que tu n’as pas quitté la mosquée, tu reviens, un takbîr d’entrée, et tu complètes. Trop tard, ou le lieu quitté : on recommence.

Une ligne enfin pour la prière en groupe, dont le cours vient : l’imam qui prosterne pour son oubli est suivi par ceux qui n’ont pas erré, et l’oubli du fidèle est porté par l’imam, sauf l’intégral. Le détail tient au cours suivant, qui ouvre le groupe, l’imamat et le rattrapage.


Les deux versants sont maintenant complets : ce qui casse, ce qui répare. La prière malikite n’est pas fragile : elle a une ossature qui ne se négocie pas, et une réparation qui pardonne l’oubli. Reste à la vivre ensemble : le groupe, l’imam, le rattrapage des prières manquées, c’est le cours suivant. Le parcours se lit sur la page de la formation de fiqh ; le module de la prière, sur sa page.

Vérifiez votre compréhension

Question 1 sur 6 Tu as oublié la sourate après la Fâtiha et la première séance de tashahhud : deux sunnas manquées. Tu répares comment ?
deux prosternations après le salâm, puis un nouveau tashahhud et un nouveau salut

L'après-salâm est réservé aux ajouts : un manque se répare avant le salâm. Le placer après mettrait la réparation à l'envers, exactement le piège que la règle du manque/l'ajout évite.

deux prosternations avant le salâm, après les deux tashahhud complets

C'est la règle d'al-Akhdarî : pour le manque, deux prosternations avant le salâm, une fois les deux tashahhud terminés, puis un nouveau tashahhud avant de saluer. Deux sunnas ou plus ouvrent le droit au sujûd.

tu recommences la prière : deux sunnas manquées l'ont cassée

Les sunnas ne cassent pas la prière quand elles manquent : elles se réparent. Seul l'abandon d'un intégral casse ; les deux tashahhud et la sourate sont des sunnas confirmées.

Question 2 sur 6 En pleine prière, un mot t'a échappé par oubli. Tu répares…
par deux prosternations après le salâm

La parole par oubli compte pour un ajout : elle s'est glissée dans l'acte. Al-Akhdarî écrit : « celui qui parle par oubli prosterne après le salâm ». L'intention de parler n'était pas là, mais la réparation garde son ordre.

par deux prosternations avant le salâm, comme tout oubli

L'avant-salâm est le côté du manque : une sunna tombée. Un mot échappé n'a rien retiré à la prière, il l'a au contraire chargée d'un élément étranger : direction l'après-salâm.

en refaisant la prière, car la parole casse toujours

La parole délibérée casse, oui ; la parole par oubli est justement le cas que le sujûd répare. La leçon précédente a posé cette frontière, ce serait dommage de l'oublier au moment de l'appliquer.

Question 3 sur 6 Tu réalises, après le salâm, qu'il te manque une rak'a entière : la prière n'en a eu que trois. Tu…
prosternes deux fois avant de re-saluer : le sujûd compense la rak'a

Non : le matn le dit noir sur blanc, « le sujûd ne dispense pas » d'un intégral. Une rak'a est un intégral ; la réparer par le sujûd laisserait la prière sans son quart.

la laisses comme elle est : une rak'a oubliée est pardonnée

La rak'a n'est pas une sunna pardonnable : c'est une unité de l'ossature. Si le moment est passé ou la mosquée quittée, la prière se recommence entièrement, non pas qu'on y renonce.

reviens la compléter si c'est proche et que tu n'as pas quitté la mosquée, avec un takbîr d'entrée

La Risâla : revenir si c'est proche et qu'on n'a pas quitté la mosquée, takbîr d'entrée, compléter ce qui manque. Le sujûd de l'oubli ne couvre jamais un intégral ; c'est la prière elle-même qu'il faut parfaire.

Question 4 sur 6 Tu ne sais plus si tu viens de prier trois ou quatre rak'as. La règle te dit de…
refaire la prière entière : le doute sur le nombre la rend suspecte

Le doute n'est pas une raison de tout refaire : les manuels donnent une méthode, pas un redémarrage. Tout refaire sur un doute ouvrirait la porte à ne plus finir aucune prière distraite.

choisir le chiffre le plus probable et continuer sans rien ajouter

On ne parie pas : « le doute dans le manque vaut certitude », écrit al-Akhdarî. On ne choisit pas le probable, on construit sur le certain : ce qui est sûr est la base.

compter sur le certain (trois), ajouter la quatrième, puis prosterner après le salâm

Bâtir sur le certain : les trois rak'as sont sûres, la quatrième s'ajoute. Le sujûd vient après le salâm, car l'ajout possible, ici, est la quatrième rak'a doutée : la Risâla le prescrit ainsi.

Question 5 sur 6 Trop vite relevé, tu as oublié le premier tashahhud ; tes mains et tes genoux ont déjà quitté le sol. Tu…
continues debout sans redescendre, puis tu prosternes avant le salâm

La Risâla : si les mains et les genoux ont quitté le sol, « il continue et ne revient pas », et il prosterne avant le salâm. Redescendre après la limite ajouterait une séance ; le sol quitté tranche.

redescends aussitôt : le tashahhud doit être fait à tout prix

Seulement tant que les quatre points n'ont pas quitté le sol : c'est la borne exacte du matn. Les dépasser change le cas ; il n'y a plus retour, mais réparation avant le salâm.

recommences la prière : le tashahhud est un intégral

Les deux tashahhud et leurs séances sont des sunnas, établi à la leçon précédente : leur oubli se répare, il ne casse pas. La dernière séance, elle, est intégrale.

Question 6 sur 6 Tu avais à faire le sujûd après le salâm ; tu t'en souviens une semaine plus tard. Tu…
laisses : le moment de la réparation est passé depuis longtemps

C'est l'inverse : le sujûd d'après le salâm ne périt pas avec le temps. Al-Akhdarî : « il le fait, fût-ce une année après ». Celui d'avant le salâm, lui, tombe si la mosquée est quittée ou le temps long.

le fais quand même, avec un takbîr d'entrée, un tashahhud et un salut

Le sujûd d'après se rattrape sans borne de temps : Khalîl le prescrit « fût-ce un mois après », avec entrée, tashahhud et salut à voix haute. La prière tenait ; la réparation la rattrape.

recommences la prière : le sujûd oublié s'y rattache

On ne refait pas la prière pour son sujûd : la prière tenait déjà, le sujûd se refait seul. Refaire la prière confondrait l'outil de réparation avec l'acte réparé.