2.4La prière (salat)

Les sunnas de la prière ; la position des bras

Volet 5 sur 16 · La prière (salat)

Sommaire

Le squelette est posé : le takbîr d’entrée, la Fâtiha, les postures, les séances, le salâm. Tout le déroulé a été appris aux leçons précédentes. Les manuels de l’école y ajoutent une couche qu’il reste à trier : ce qui pare chaque étape sans en faire partie. Ils classent le contenu de la prière en trois degrés. Les farâ’id, les intégraux : sans eux, rien ne tient. Les sunan, les sunnas : des actes enseignés dont l’oubli ne casse rien. Les mandûbât ou faḍâ’il, les recommandés : la forme qui parfait la posture.

Cette leçon fait une seconde passe sur le déroulé que tu connais, pour marquer à chaque station ce qui entre en sunna et ce qui relève de la forme enseignée. Elle s’arrête aussi sur la question que tout pratiquant pose un jour à la mosquée : que font les bras, pendant la station ?

Ce qui entre en sunna

L’iqâma d’abord, l’appel immédiat qui ouvre la prière : tu l’as croisée dans la leçon des temps ; al-Akhdarî la compte déjà parmi les sunnas.

Une fois debout. Presque chaque takbîr qui suit, ceux qui accompagnent descentes et relèvements, est une sunna : le premier seul fonde, les autres répètent. La sourate lue après la Fâtiha, dans les deux premières rak’as seulement, est pareillement une sunna. La voix haute du ṣubḥ, du maghrib et du ‘ishâ’, la voix basse du ẓuhr et du ’aṣr : cette distribution aussi est enseignée, « le secret et la voix haute en leurs lieux ».

Au relèvement de l’inclinaison, deux formules pour trois porteurs : « sami’a llâhu liman hamidah », que Dieu écoute qui Le loue, est une sunna de l’imam et du faḍḍ, celui qui prie seul ; « rabbanâ wa laka-l-ḥamd », notre Seigneur, à Toi la louange, est recommandée au fidèle derrière l’imam et au faḍḍ, encore lui. Ce dernier dit donc les deux.

Les séances encore : les deux tashahhud et leurs séances sont sunna, là où la dernière séance porte le poids d’un intégral. Le fidèle derrière l’imam ajoute un deuxième puis un troisième salâm en sunna ; le salâm obligatoire, l’imam le dit à voix haute. La prière sur le Prophète ﷺ en fin de tashahhud est sunna chez al-Akhdarî, discutée entre sunna et faḍîla chez Khalîl : l’école signale le débat, le lecteur retient la pratique. Et la prosternation complète : le front seul porte l’intégral ; le nez, les paumes, les genoux et les bouts de pieds en complètent la sunna.

Une sunna que le fidèle n’a pas : la sutra, l’écran posé devant soi, due de celui qui prie seul ou qui imame. Al-Akhdarî en donne le minimum : « l’épaisseur d’une lance et la longueur d’une coudée, pur, fixe, qui ne distrait pas ». Un prieur, une borne.

La forme qui parfait

Au takbîr d’entrée, les mains se lèvent jusqu’à hauteur des oreilles : al-Akhdarî écrit « jusqu’à ce qu’elles soient en face d’elles ». Au rukû’, les paumes tiennent les genoux, et Khalîl recommande de les y poser fermement. Au sujûd, les mains se posent à hauteur des oreilles ou près d’elles ; le mujâfât écarte le ventre des cuisses et soulève les coudes des genoux et de l’étoffe posée au sol. On descend les mains d’abord, on se relève les mains en dernier.

Toutes les séances se font de la même façon, en iftirâsh : le pied gauche étalé au sol sous soi, le droit posé par le gros orteil. « Le julûs tout entier », écrit Khalîl, toutes les assises de la prière : la première séance, celle entre les prosternations, la dernière, même assise. C’est l’une des formes visibles de la prière malikite, avec la question des bras qui suit.

Au tashahhud, la main droite se replie sur trois doigts et laisse l’index et le pouce étendus, remués continuellement ; al-Akhdarî nomme le geste « remuer l’index au tashahhud ». Le salâm commence par la droite, tayâmun. L’invocation libre prend place après le deuxième tashahhud, que l’école veut plus long que le premier. Et dans la lecture : le ṣubḥ puis le ẓuhr les plus longues, le maghrib et le ’aṣr courtes, le ‘ishâ’ médiane, la première sourate avant la seconde et plus longue qu’elle.

Quant à « âmîn », sa règle est apprise depuis la leçon des postures : le faḍḍ le dit toujours, l’imam en lecture basse, le fidèle selon qu’il a entendu la Fâtiha. Khalîl ajoute que tous le disent en secret.

Les bras à la station

Reste la question du titre même : pendant la station, que font les bras ? Le rite que ce cours enseigne répond par le sadl : les bras le long du corps, détendus. Khalîl range « le laisser-pendre des deux mains » parmi les recommandés de la prière, au même titre que le doigt remué ou l’assise déployée.

L’école n’ignore pas l’autre façon ; son propre corpus la transmet. Dans le Muwatta’ rapporté par Muḥammad ibn al-Ḥasan, élève de Mâlik et d’Abû Ḥanîfa, un chapitre entier porte sur « la droite posée sur la gauche dans la prière ». Sahl ibn Sa’d al-Sâ’idî y raconte :

« كَانَ النَّاسُ يُؤْمَرُونَ أَنْ يَضَعَ أَحَدُهُمْ يَدَهُ الْيُمْنَى عَلَى ذِرَاعِهِ الْيُسْرَى فِي الصَّلَاةِ » kâna n-nâsu yu’marûna an yaḍa’a aḥaduhum yadahû l-yumnâ ‘alâ dhirâ’ihî l-yusrâ fi ṣ-ṣalâh « Les gens étaient enjoints : que chacun pose, dans la prière, sa main droite sur son bras gauche. » (Muwatta’, riwâya Muḥammad, n° 291 ; trad. maison)

Le transmetteur, Abû Hâzim, ajoute qu’il ne sait rien d’autre, sinon que le récit remonte au Prophète ﷺ. La tradition du pli, le qabḍ, existe donc, et dans les livres mêmes des malikites.

Que faire de deux formes documentées ? Khalîl laisse la question ouverte dans son propre texte. Le qabḍ est-il permis dans la surérogatoire, ou quand la station se prolonge ? Et pourquoi le délaisse-t-on dans l’obligatoire : pour l’appui qu’il procure, par crainte qu’on le croie obligatoire, ou parce qu’il afficherait une humilité ? « Interprétations », écrit-il, et il n’en tranche aucune.

La ligne pratique : prie les bras détendus, comme le manuel l’enseigne. Et si tu as appris le pli ailleurs, aucune prière n’a été perdue : les bras ne figurent dans aucune liste d’intégraux, et la question habite les livres de l’école depuis des siècles sans qu’aucune prière s’en soit perdue.

Le qunût du ṣubḥ

Reste une pièce de forme que l’on croise chaque matin : le qunût, l’invocation d’appui. L’école la place dans la deuxième rak’a du ṣubḥ, après la sourate et avant l’inclinaison, dite à voix basse ; elle est permise aussi après l’inclinaison. Son texte s’ouvre par :

« اللَّهُمَّ إِنَّا نَسْتَعِينُكَ » Allâhumma innâ nasta’înuk « Seigneur, c’est Ton aide que nous implorons. » (début de la formule, que Khalîl cite « jusqu’à sa fin » ; trad. maison)

Le texte se poursuit sur une formule enseignée, dont la version complète relève de l’approfondissement. Faḍîla, non sunna ni intégral : le matin qui la manque n’a rien perdu.

Ce que les manuels délaissent

Les mêmes pages listent ce que la prière évite : le regard qui tourne, les yeux fermés, la basmala et la formule de refuge dans l’obligatoire (permises en surérogatoire), la station sur un seul pied sauf si elle se prolonge, les pieds accolés, l’objet dans la bouche, et tout ce qui distrait dans la poche ou la manche. Rien d’invalidant là non plus : des bords, pour garder le corps dans l’acte.


La leçon suivante ouvre l’envers du tableau : ce qui défait la prière, et le sujûd de la distraction qui répare l’oubli, y compris celui d’une sunna. Le parcours entier se lit sur la page de la formation de fiqh ; le module de la prière, sur sa page.

Vérifiez votre compréhension

Question 1 sur 6 Parmi ces actes, lequel est un intégral de la prière ?
le takbîr qui accompagne chaque descente et chaque relèvement

Tout takbîr autre que celui de l'entrée est une sunna chez al-Akhdarî : il prolonge l'acte, il ne le fonde pas. Seul le takbîr d'entrée, la porte de la prière, porte le rang d'intégral.

la séance qui accompagne le salâm de sortie

Le matn d'al-Akhdarî écrit dans les intégraux « le salâm et la séance qui l'accompagne » : on ne sort pas de la prière debout, on s'assied d'abord. Cette séance-là fait partie du squelette.

le premier tashahhud, dit à la séance du milieu

Les deux tashahhud et leurs séances sont classés parmi les sunnas, non les intégraux : le matn les nomme dans sa seconde liste. Une station enseignée, mais pas le squelette.

Question 2 sur 6 Au redressement de l'inclinaison, qui dit « sami'a llâhu liman hamidah » et qui dit « rabbanâ wa laka-l-ḥamd » ?
l'imam et celui qui prie seul disent le premier ; le fidèle et celui qui prie seul ajoutent le second

C'est la distribution exacte des manuels : « sami'a llâhu liman hamidah » est une sunna de l'imam et du faḍḍ ; « rabbanâ wa laka-l-ḥamd » est recommandé au fidèle derrière l'imam et au faḍḍ. Celui qui prie seul dit donc les deux.

tout le monde dit les deux formules, dans tous les cas

Les manuels sont précis à ce point : « rabbanâ wa laka-l-ḥamd » n'est pas prescrit à l'imam, qui s'arrête à « sami'a llâh ». Distribuer les deux à tous gomme une finesse enseignée.

seul l'imam parle ; le fidèle reste silencieux au relèvement

Le fidèle n'est pas muet : les deux manuels lui donnent « rabbanâ wa laka-l-ḥamd » en réponse. Son silence complet ferait perdre un recommandé de la station debout.

Question 3 sur 6 Comment s'assied le pratiquant malikite dans sa prière ?
assis sur les talons des deux pieds dressés, dans toutes les séances

S'asseoir sur les talons n'est pas la forme enseignée : le manuel prescrit de déployer le pied gauche au sol sous soi. La séance sur talons appartient à d'autres usages, pas au julûs du matn.

en iftirâsh : pied gauche étalé au sol, pied droit posé par le gros orteil, et cela dans toutes les séances

Khalîl écrit « le julûs tout entier » en déployant la gauche au sol : première séance, séance entre les prosternations, séance finale, même assise. C'est l'une des formes visibles de l'école.

en iftirâsh à la première séance et en tawarruk à la dernière

Le tawarruk, le pied gauche passé sous la cuisse droite à la dernière séance, n'est pas la forme que Khalîl retient : son « julûs tout entier » ne varie pas d'une séance à l'autre.

Question 4 sur 6 À la station, que dit le rite malikite des bras ?
la droite posée sur la gauche sous le nombril : c'est la forme du manuel

La main droite sous le nombril est la forme que Muḥammad cite d'Abû Ḥanîfa dans son commentaire, non celle du manuel malikite. Le texte la connaît, il ne la prescrit pas.

la droite posée sur la gauche contre la poitrine, signe de recueillement

Ni le matn ni le rapport transmis ne fixent les mains à la poitrine : le rapport parle du bras, « ذراع » (*dhirâ'*). Attribuer la poitrine au rite ajoute un détail que les sources ne portent pas.

les bras détendus le long du corps (sadl) ; le pli est connu des livres mais non prescrit

Khalîl range « le laisser-pendre des deux mains » parmi les recommandés. Le rapport du qabḍ existe, dans le Muwatta' de la riwâya de Muḥammad : l'école le connaît, le discute, et enseigne le sadl.

Question 5 sur 6 Tu as oublié le premier tashahhud en te relevant trop tôt. Ta prière…
reste valide : c'est une sunna que tu as manquée, pas un intégral

Le tashahhud et sa séance sont des sunnas : leur oubli ne casse pas la prière. La façon dont l'école répare l'oubli, c'est le sujûd de la distraction, affaire du cours qui vient.

est invalide : tout élément enseigné par les manuels est obligatoire

Les manuels distinguent les degrés : les sunnas « parfont » l'acte sans le porter. Tout traiter comme un intégral reviendrait à invalider presque chaque prière distraite.

est à recommencer entièrement, depuis le takbîr d'entrée

Rien à recommencer : la sunna oubliée laisse la prière debout, et sa réparation suit une voie précise, la prosternation de la distraction. Recommencer est la réponse aux intégraux manqués, pas aux sunnas.

Question 6 sur 6 Le qunût, dans l'école, se dit…
à voix haute à la fin de chaque prière obligatoire

Ni à voix haute ni à chaque prière : les deux manuels disent « سرا » (*sirran*), à voix basse, et le réservent au ṣubḥ. Le généraliser le changerait de nature.

à voix basse, dans la deuxième rak'a du ṣubḥ, après la sourate et avant l'inclinaison

C'est la double précision d'al-Akhdarî et de Khalîl : ṣubḥ seulement, en secret, après la sourate et avant le rukû' de la deuxième rak'a, permis aussi après. Faḍîla, pas intégral : le matin qui l'oublie n'a rien perdu.

uniquement dans le witr, après l'inclinaison

La place du qunût chez les malikites est dans le ṣubḥ, pas réservée au witr : les manuels la nomment « بصبح فقط » (*bi-ṣubḥ faqaṭ*), dans le ṣubḥ seulement. Le witr relève d'un autre cours, celui des prières surérogatoires.