2.3aLa prière (salat)
Le début de la salat et les postures
Sommaire
« Retourne et prie, car tu n’as pas prié. » Trois fois de suite, le Prophète ﷺ renvoya l’homme qui venait de prier à la mosquée, si vite que sa prière n’en était plus une. Puis il lui dicta le geste, posture par posture :
« إِذَا قُمْتَ إِلَى الصَّلَاةِ فَكَبِّرْ، ثُمَّ اقْرَأْ مَا تَيَسَّرَ مَعَكَ مِنَ الْقُرْآنِ، ثُمَّ ارْكَعْ حَتَّى تَطْمَئِنَّ رَاكِعًا، ثُمَّ ارْفَعْ حَتَّى تَعْتَدِلَ قَائِمًا، ثُمَّ اسْجُدْ حَتَّى تَطْمَئِنَّ سَاجِدًا، ثُمَّ ارْفَعْ حَتَّى تَطْمَئِنَّ جَالِسًا، وَافْعَلْ ذَلِكَ فِي صَلَاتِكَ كُلِّهَا » idhâ qumta ilâ ṣ-ṣalâti fa-kabbir, thumma-qra’ mâ tayassara ma’aka mina l-qur’âni, thumma-rka’ ḥattâ taṭma’inna râki’an, thumma-rfa’ ḥattâ ta’tadila qâ’iman, thumma-sjud ḥattâ taṭma’inna sâjidan, thumma-rfa’ ḥattâ taṭma’inna jâlisan, wa-f’al dhâlika fî ṣalâtika kullihâ « Quand tu te lèves pour la prière, dis le takbîr, lis ce qui t’est facile du Coran, puis incline-toi jusqu’à te poser incliné, puis relève-toi jusqu’à te tenir droit, puis prosterne-toi jusqu’à te poser prosterné, puis relève-toi jusqu’à te poser assis. Et fais cela dans toute ta prière. » (Sahih al-Bukhari, n° 757 ; trad. maison)
La leçon marche sur ces pas : une rak’a, l’unité de la prière, geste par geste, dans l’ordre où il l’a prescrite. Les conditions sont supposées réunies au moment de se lever : pur, couvert, orienté vers la qibla, dans le temps, en silence. Les leçons précédentes les ont posées : les temps des cinq prières et les conditions de validité.
La carte : l’intégral et ce qui parfait
Tout ce qui suit n’a pas le même poids. Les manuels malikites distinguent les farâ’id, les intégraux, qu’on appelle aussi arkân : si l’un manque, l’unité tombe. Al-Akhdarî les énumère : l’intention de la prière déterminée, le takbîr d’entrée et la station pour le dire, la Fâtiha et la station pour la lire, l’inclinaison et le relèvement, la prosternation sur le front et le relèvement, le redressement, la tranquillité, l’ordre entre eux, et le salâm avec la séance qui l’accompagne.
Autour de ce squelette, des gestes et des paroles les complètent en sunna ou en faḍîla, en vertu : la prière s’embellit quand ils s’y trouvent, elle ne casse pas quand ils manquent. La leçon nomme le rang de chaque chose au moment où elle arrive.
Entrer : le takbîr d’ouverture
L’intention d’abord, dans le cœur : elle désigne la prière qu’on accomplit et accompagne le premier mot ; la leçon des conditions l’a établi. Puis la première parole de la prière, le takbîrat al-iḥrâm, le takbîr de sacralisation : « اللهُ أَكْبَرُ » (Allâhu akbar), « Dieu est plus grand ». En le prononçant, on lève les deux mains : le Muwatta’ rapporte que le Prophète ﷺ « levait les mains dans le takbîr ». Ce takbîr est la porte : une fois franchie, tout ce qui n’est pas la prière devient étranger à l’acte, jusqu’au salâm qui la rouvre.
La station : la Fâtiha
Debout, face à la qibla : la station, le qiyâm, est elle-même intégrale, pour le takbîr comme pour la lecture qui suit. Le rite malikite ouvre la lecture directement par la Fâtiha, sans la basmala (« bismi Llâhi r-raḥmâni r-raḥîm », « au nom de Dieu, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux ») dans la prière obligatoire :
« لَا صَلَاةَ لِمَنْ لَمْ يَقْرَأْ بِفَاتِحَةِ الْكِتَابِ » lâ ṣalâta li-man lam yaqra’ bi-fâtiḥati l-kitâbi « Pas de prière pour qui ne lit pas l’Ouverture du Livre. » (Muwatta’, n° 39, et Sunan al-Tirmidhi, n° 245 ; trad. maison)
L’avis dominant de l’école la veut dans chaque rak’a. Après elle, une sourate de ce qu’on sait du Coran : une sunna, réservée aux deux premières rak’as, que la leçon suivante précisera. Quand la Fâtiha finit, « âmîn » : le fidèle derrière l’imam et celui qui prie seul le disent ; l’imam ne le dit pas à voix haute, écrit al-Akhdarî.
S’incliner : le rukû’
On dit « Allâhu akbar » et on se penche : le rukû’, l’inclinaison, les paumes vers les genoux et le dos horizontal. Khalîl recommande d’y tenir les mains fermement posées. Et l’on s’y pose : se stabiliser un instant dans la posture, c’est la ṭumânîna, la tranquillité, un intégral à part entière. C’est elle qui manquait à l’homme de la mosquée.
Dans l’inclinaison, la langue glorifie :
« سُبْحَانَ رَبِّيَ الْعَظِيمِ » subhâna rabbi-l-’azîmi « Gloire à mon Seigneur l’Immense », trois fois de suite (Sunan al-Tirmidhi, n° 261 ; trad. maison)
Son rang est dit net : al-Akhdarî classe le tasbîh du rukû’ parmi les faḍâ’il, et Mâlik avec la majorité des juristes ne voient pas son omission comme entachant la prière. La posture posée est l’intégral ; la formule la pare.
Se redresser : l’i’tidâl
On remonte du rukû’ en disant « Allâhu akbar », jusqu’à se tenir droit : l’i’tidâl, le redressement, intégral selon l’avis le plus sûr. On ne descend pas en prosternation depuis le dos penché ; le corps repasse par la station.
Au redressement, la formule du Muwatta’ :
« سَمِعَ اللَّهُ لِمَنْ حَمِدَهُ » … « رَبَّنَا لَكَ الْحَمْدُ » sami’a Llâhu li-man ḥamidah … rabbanâ laka l-ḥamdu « Dieu écoute celui qui Le loue » … « Notre Seigneur, à Toi la louange. » (Muwatta’, n° 16 ; trad. maison)
Se prosterner : le sujûd
Le sujûd est le geste le plus profond de la prière, et son intégral porte un nom : « la prosternation sur le front », écrit al-Akhdarî. Le front au sol, le nez avec lui dans la forme complète. Le hadith détaille la surface entière de la posture :
« أُمِرَ النَّبِيُّ ﷺ أَنْ يَسْجُدَ عَلَى سَبْعَةِ أَعْضَاءٍ » umira n-nabiyyu ﷺ an yasjuda ’alâ sab’ati a’ḍâ’in « Le Prophète ﷺ fut ordonné de se prosterner sur sept membres : le front, les deux mains, les deux genoux et les bouts des deux pieds. » (Sahih al-Bukhari, n° 809 ; trad. maison)
Le front est l’intégral ; les six autres membres parfont la forme en sunna, classent les manuels. Les coudes restent écartés des flancs, les orteils pointés vers la qibla. Et l’on s’y pose : la tranquillité vaut ici comme partout.
Dans la prosternation, la formule jumelle de celle du rukû’ :
« سُبْحَانَ رَبِّيَ الْأَعْلَى » subhâna rabbi-l-a’lâ « Gloire à mon Seigneur le Très-Haut. » Trois fois (Sunan al-Tirmidhi, n° 261 ; trad. maison)
Le sujûd est aussi le lieu de l’invocation : al-Akhdarî range « l’invocation dans la prosternation » parmi les faḍâ’il ; c’est le moment le plus proche pour demander.
La séance entre les deux, puis la seconde prosternation
On se relève du sujûd, « Allâhu akbar » : le relèvement est un intégral, comme le relèvement du rukû’. On s’assied un instant posé entre les deux prosternations : le Muwatta’ consacre un chapitre à cette séance, et la tranquillité s’y exige comme partout. Une courte invocation s’y dit. Puis « Allâhu akbar » et la seconde prosternation, identique à la première.
La rak’a est complète : entrée par le takbîr, station de la Fâtiha et de la sourate, inclinaison posée, redressement droit, deux prosternations avec leur séance. L’unité est apprise ; reste à l’assembler. La leçon suivante enchaîne les rak’as jusqu’au salâm : l’enchaînement des unités jusqu’au salam.
Le parcours entier sur la page de la formation de fiqh ; le module de la prière sur sa page.
