8.4Vie quotidienne

L'adab au quotidien

Volet 6 sur 8 · Vie quotidienne

Sommaire

Le manuel ne s’arrête pas à l’interdit. La même Risâla qui a fixé ce qui est licite à table (8.1), ce qui est licite à boire (8.2) et ce qui couvre le corps (8.3) poursuit par la manière : comment on mange, comment on entre chez les gens, comment on se couche, comment on vit côte à côte. C’est l’adab, le domaine où la règle se fait geste. Le Mukhtaṣar Khalîl, plus serré, s’arrête aux héritages sans chapitre d’adab ; pour cette page, la Risâla est le matn de référence, et le Muwatta’ fournit les récits.

À table : la bouche sous la mesure

Le premier commandement du repas est une parole, pas une hygiène. « وَإِذَا أَكَلْتَ أَوْ شَرِبْتَ فَوَاجِبٌ عَلَيْكَ أَنْ تَقُولَ بِسْمِ اللهِ وَتَتَنَاوَلَ بِيَمِينِكَ فَإِذَا فَرَغْتَ فَلْتَقُلِ الْحَمْدُ لِلَّهِ » (wa-idhâ akalta aw sharibta fa-wâjibun ‘alayka an taqûla bismi llâhi wa-tatanâwala bi-yamînik fa-idhâ faraghta faltaqul al-ḥamdu lillâh : « si tu manges ou tu bois, il t’est obligatoire de dire bismillâh et de prendre de ta droite ; quand tu as fini, dis al-ḥamdulillâh »). Le matn emploie le mot de l’obligation : la basmala est wâjib, pas seulement recommandée. Le Muwatta’ donne la scène fondatrice : l’Envoyé ﷺ à qui l’on apporte le plat, son beau-fils ’Umar ibn Abî Salama à côté, et la consigne « سَمِّ اللَّهَ وَكُلْ مِمَّا يَلِيكَ » (sammi llâha wa-kul mimmâ yalîk : « nomme Dieu et mange de ce qui est devant toi »). Manger de ce qui est à portée, pas de la bouchée convoitée au centre : la part est devant soi.

La mesure du ventre vient ensuite. Le matn écrit : « أَنْ تَجْعَلَ بَطْنَكَ ثُلُثًا لِلطَّعَامِ وَثُلُثًا لِلشَّرَابِ وَثُلُثًا لِلنَّفَسِ » (an taj’ala baṭnaka thuluthan li-ṭ-ṭa’âmi wa-thuluthan li-sh-sharâbi wa-thuluthan li-n-nafas : « un tiers pour la nourriture, un tiers pour la boisson, un tiers pour le souffle »). Et le Muwatta’ rapporte la parole qui la prolonge : « طَعَامُ الاثْنَيْنِ كَافِي الثَّلَاثَةِ وَطَعَامُ الثَّلَاثَةِ كَافِي الأَرْبَعَةِ » (ṭa’âmu l-ithnayni kâfî th-thalâthah : « la nourriture de deux suffit à trois, celle de trois suffit à quatre »).

La suite est un code du geste : pas de seconde bouchée avant d’avoir avalé la première ; lécher les doigts avant de les essuyer ; mastiquer longuement ; ne pas respirer ni souffler dans le récipient ; écarter la coupe de la bouche puis la reprendre ; boire en petites gorgées, sans l’engloutir. Le service à boire passe à droite : « الأَيْمَنَ فَالأَيْمَنَ » (al-aymanu fa-l-ayman : « le plus à droite, puis le plus à droite », Muwatta’). Un garçon se trouvait à droite de l’Envoyé ﷺ quand les vieillards étaient à gauche : l’Envoyé lui demanda la permission de leur donner d’abord, et le garçon refusa de céder sa part. La droite primait l’âge.

Le matn trace aussi les gestes défendus : manger ou boire de la main gauche (le texte attribue l’interdiction à l’Envoyé ﷺ) ; souffler sur la nourriture, la boisson ou le livre ; boire dans l’or ou l’argent ; manger accoudé ; prendre le tharîd par le haut. Boire debout est permis. Les dattes ne se prennent pas par paires : « وَنُهِيَ عَنِ الْقِرَانِ فِي التَّمْرِ » (wa-nuhiya ’ani l-qirâni fî t-tamr : « il est interdit d’en prendre deux ensemble dans les dattes »), sauf avec les associés du partage, chez les siens ou des gens qu’on a soi-même nourris ; et la main peut circuler dans le plat commun pour prendre ce qu’elle veut. Pour l’eau : le lavage des mains avant le repas n’est pas de la sunna sauf s’il y a une souillure ; après le gras et le lait, on lave, et après le lait on rince la bouche ; on déloge ce qui s’est pris aux dents. Laver les mains avec de la nourriture, des légumineuses ou du son est détesté, et le texte note la divergence.

Enfin l’invitation. La walîma de mariage est obligatoire quand il n’y a pas de divertissement connu ni de mal manifeste, mais chacun reste libre de la quantité, et Mâlik autorise à décliner quand la foule est excessive.

Au seuil : la permission et la parole

Le Coran a posé le protocole d’entrée : « لَا تَدْخُلُوا۟ بُيُوتًا غَيْرَ بُيُوتِكُمْ حَتَّىٰ تَسْتَأْنِسُوا۟ وَتُسَلِّمُوا۟ عَلَىٰٓ أَهْلِهَا » (lâ tadkhulû buyûtan ghayra buyûtikum ḥattâ tasta’nisû wa-tusallimû ’alâ ahlihâ : « n’entrez pas dans des maisons autres que les vôtres avant de demander la permission et de saluer leurs habitants », 24:27), puis la porte close : « وَإِن قِيلَ لَكُمُ ٱرْجِعُوا۟ فَٱرْجِعُوا۟ ۖ هُوَ أَزْكَىٰ لَكُمْ » (wa-in qîla lakumu rji’û fa-rji’û huwa azkâ lakum : « si l’on vous dit : retournez, retournez ; c’est plus pur pour vous », 24:28). Le refus fait partie du droit.

Le matn en fait une obligation : « وَالاسْتِئْذَانُ وَاجِبٌ فَلَا تَدْخُلْ بَيْتًا فِيهِ أَحَدٌ حَتَّى تَسْتَأْذِنَ ثَلَاثًا فَإِنْ أُذِنَ لَكَ وَإِلَّا رَجَعْتَ » (wa-l-isti’dhânu wâjibun falâ tadkhul baytan fîhi aḥadun ḥattâ tasta’dhina thalâthan fa-in udhina laka wa-illâ raja’ta : « la permission est obligatoire ; tu n’entres pas dans une maison habitée sans avoir demandé trois fois ; si on t’y autorise, sinon tu repars »). Le récit d’Abû Mûsâ le montre à l’œuvre : il frappe trois fois chez ’Umar, repart, est rappelé et sommé de prouver la règle ; le cercle des Ansâr atteste le hadith. Plus fort encore : un homme demande s’il faut la permission même pour entrer chez sa mère. « اسْتَأْذِنْ عَلَيْهَا أَتُحِبُّ أَنْ تَرَاهَا عُرْيَانَةً » (a-tuḥibbu an tarâhâ ’uryânah : « veux-tu la voir nue ? »). La permission protège l’intimité de tout habitant, mère comprise.

Une fois le seuil passé, la parole prend le relais. « وَرَدُّ السَّلَامِ وَاجِبٌ وَالابْتِدَاءُ بِهِ سُنَّةٌ مُرَغَّبٌ فِيهَا » (wa-raddu s-salâmi wâjibun wa-l-ibtidâ’u bihi sunnatun muraghabun fîhâ : « répondre au salam est obligatoire, l’initier est une sunna encouragée »). La formule peut monter : le Yamânî qui salua Ibn ’Abbâs avec « السَّلَامُ عَلَيْكُمْ وَرَحْمَةُ اللَّهِ وَبَرَكَاتُهُ » apprit que « إِنَّ السَّلَامَ انْتَهَى إِلَى الْبَرَكَةِ » (inna s-salâma ntahâ ilâ l-barakah : « le salam s’achève à la baraka »). Dans un groupe, le salam d’un seul suffit pour tous, et une seule réponse suffit aussi ; le cavalier salue le marcheur, le marcheur salue l’assis. Le geste a sa hiérarchie : la poignée de main est « حسنة » (ḥasanah, une bonne chose) ; Mâlik déteste l’accolade qu’Ibn ’Uyayna permet, et déteste le baiser de la main, désavouant ce qui s’en rapporte. Aux gens du Livre, le matn rapporte la règle transmise : ne pas commencer le salam, et répondre « عليك » (‘alayk, « et sur toi ») ; le Muwatta’ rapporte le motif : les juifs disaient « السَّامُ عَلَيْكُمْ » (as-sâmu ’alaykum, « la mort sur vous »), et Mâlik interdit de reprendre un salam déjà donné.

Le matn ajoute : entrer chez soi se dit « مَا شَاءَ اللهُ لَا قُوَّةَ إِلَّا بِاللهِ » (mâ shâ’a llâhu lâ quwwata illâ bi-llâh) ; la maison vide reçoit « السَّلَامُ عَلَيْنَا وَعَلَى عِبَادِ اللَّهِ الصَّالِحِينَ » (as-salâmu ’alaynâ wa-’alâ ’ibâdi llâhi ṣ-ṣâliḥîn : « salam sur nous et sur les serviteurs droits de Dieu »). Visiter le malade est recommandé, et deux ne s’isolent pas en conciliabule devant un troisième.

Au coucher : la nuit a ses paroles

Le soir se dit aussi. La Risâla rapporte le protocole du coucher : l’Envoyé ﷺ posait sa main droite sous sa joue droite, la gauche sur sa cuisse gauche, puis disait « اللَّهُمَّ بِاسْمِكَ وَضَعْتُ جَنْبِي وَبِاسْمِكَ أَرْفَعُهُ، اللَّهُمَّ إِنْ أَمْسَكْتَ نَفْسِي فَاغْفِرْ لَهَا وَإِنْ أَرْسَلْتَهَا فَاحْفَظْهَا بِمَا تَحْفَظُ بِهِ الصَّالِحِينَ مِنْ عِبَادِكَ » (allâhumma bismika waḍa’tu janbî wa-bismika arfa’uh, allâhumma in amsakta nafsî fa-ghfir lahâ wa-in arsaltahâ fa-ḥfaẓhâ bimâ taḥfaẓu bihi ṣ-ṣâliḥîna min ’ibâdik : « Seigneur, en Ton nom j’ai posé mon flanc et en Ton nom je le relève ; si Tu retiens mon âme, pardonne-lui ; si Tu la renvoies, garde-la de ce dont Tu gardes Tes serviteurs droits »), puis la longue remise de soi : « أَسْلَمْتُ نَفْسِي إِلَيْكَ وَأَلْجَأْتُ ظَهْرِي إِلَيْكَ وَفَوَّضْتُ أَمْرِي إِلَيْكَ وَوَجَّهْتُ وَجْهِي إِلَيْكَ رَهْبَةً مِنْكَ وَرَغْبَةً إِلَيْكَ » (aslamtu nafsî ilayk… : « je m’en remets à Toi, j’adosse mon dos à Toi, je Te confie mon affaire, je tourne mon visage vers Toi, par crainte de Toi et désir de Toi »).

Le rêve, lui, est pris au sérieux. « الرُّؤْيَا الْحَسَنَةُ مِنَ الرَّجُلِ الصَّالِحِ جُزْءٌ مِنْ سِتَّةٍ وَأَرْبَعِينَ جُزْءًا مِنَ النُّبُوَّةِ » (ar-ru’yâ l-ḥasanatu mina r-rajuli ṣ-ṣâliḥi juz’un min sittatin wa-arba’îna juz’an mina n-nubûwwah : « le beau rêve de l’homme droit est un des quarante-six morceaux de la prophétie », Muwatta’). Le mauvais rêve a son protocole : au réveil, trois crachats à gauche, l’invocation « اللَّهُمَّ إِنِّي أَعُوذُ بِكَ مِنْ شَرِّ مَا رَأَيْتُ فِي مَنَامِي أَنْ يَضُرَّنِي فِي دِينِي وَدُنْيَايَ » (allâhumma innî a’ûdhu bika min sharri mâ ra’aytu fî manâmî an yaḍurranî fî dînî wa-dunyây), et on ne le raconte pas. Le texte ajoute une barrière : il ne convient pas d’interpréter le rêve pour qui n’en a pas la science, ni de le tourner au bien quand il s’annonce mauvais.

Le corps lui-même a ses paroles. Le bâillement : la main sur la bouche. L’éternuement : « الحمد لله » de la bouche de l’éternueur, « يَرْحَمُكَ اللهُ » (yarḥamuka llâh : « que Dieu te fasse miséricorde ») de la bouche de qui l’entend, puis la réponse « يَغْفِرُ اللهُ لَنَا وَلَكُمْ » (yaghfiru llâhu lanâ wa-lakum) ou « يَهْدِيكُمُ اللهُ وَيُصْلِحُ بَالَكُمْ » (yahdîkumu llâhu wa-yuṣliḥu bâlakum). Trois fois, puis on dit à l’éternueur « إِنَّكَ مَضْنُوكٌ » (innaka maḍnûk : « tu es enrhumé »), rapporte le Muwatta’. Le protocole a une mesure.

Entre voisins : le droit de proximité

Le Coran place le voisin dans la même strophe que Dieu et les parents : « وَٱعْبُدُوا۟ ٱللَّهَ وَلَا تُشْرِكُوا۟ بِهِۦ شَيْـًۭٔا ۖ وَبِٱلْوَٰلِدَيْنِ إِحْسَٰنًۭا وَبِذِى ٱلْقُرْبَىٰ وَٱلْيَتَٰمَىٰ وَٱلْمَسَٰكِينِ وَٱلْجَارِ ذِى ٱلْقُرْبَىٰ وَٱلْجَارِ ٱلْجُنُبِ » (wa-’budû llâha wa-lâ tushrikû bihi shay’an wa-bi-l-wâlidayni iḥsânan wa-bi-dhî l-qurbâ wa-l-yatâmâ wa-l-masâkîni wa-l-jâri dhî l-qurbâ wa-l-jâri l-junub : « adorez Dieu, ne Lui associez rien, faites le bien aux parents, aux proches, aux orphelins, aux pauvres, au voisin proche et au voisin lointain », 4:36).

Le Muwatta’ fait tenir le voisin, l’hôte et la parole dans un seul hadith : « مَنْ كَانَ يُؤْمِنُ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الآخِرِ فَلْيَقُلْ خَيْرًا أَوْ لِيَصْمُتْ، وَمَنْ كَانَ يُؤْمِنُ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الآخِرِ فَلْيُكْرِمْ جَارَهُ، وَمَنْ كَانَ يُؤْمِنُ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الآخِرِ فَلْيُكْرِمْ ضَيْفَهُ، جَائِزَتُهُ يَوْمٌ وَلَيْلَةٌ » (man kâna yu’minu bi-llâhi wa-l-yawmi l-âkhiri fal-yaqul khayran aw li-yaṣmut… fal-yukrim jârahu… fal-yukrim ḍayfahu, jâ’izatuhu yawmun wa-laylah : « qui croit en Dieu et au Jour dernier, qu’il dise du bien ou se taise ; qu’il honore son voisin ; qu’il honore son hôte : sa part est un jour et une nuit »). L’hospitalité a son temps : un jour et une nuit de part entière, trois jours de subsistance, au-delà c’est une aumône ; et l’invité ne s’éternise pas au point de gêner son hôte. Le don de voisinage n’a pas de seuil : « يَا نِسَاءَ الْمُؤْمِنَاتِ لَا تَحْقِرَنَّ إِحْدَاكُنَّ لِجَارَتِهَا وَلَوْ كُرَاعَ شَاةٍ مُحْرَقًا » (yâ nisâ’a l-mu’minâti lâ taḥqiranna iḥdâkunna li-jâratihâ wa-law kurâ’a shâtin muḥraqan : « femmes des croyantes, qu’aucune de vous ne méprise pour sa voisine, fût-ce le pied brûlé d’une brebis »). ’Umar rencontre Jâbir portant une charge de viande : « أَمَا يُرِيدُ أَحَدُكُمْ أَنْ يَطْوِيَ بَطْنَهُ عَنْ جَارِهِ أَوِ ابْنِ عَمِّهِ » (a-mâ yurîdu aḥadukum an yaṭwiya baṭnahu ’an jârihi awi bni ’ammih : « l’un de vous ne veut-il donc pas se serrer le ventre pour son voisin ou son cousin ? »).

Le lien se règle aussi par ce qu’on épargne à l’autre : celui qui mange cru de l’ail, du poireau ou de l’oignon n’entre pas à la mosquée, car l’odeur nuit. Et dans l’assemblée, deux ne s’isolent pas en conciliabule devant un troisième : « إِذَا كَانَ ثَلَاثَةٌ فَلَا يَتَنَاجَى اثْنَانِ دُونَ وَاحِدٍ » (idhâ kâna thalâthatun falâ yatanâjâ ithnâni dûna wâḥid, Muwatta’) ; Ibn ’Umar faisait venir un quatrième plutôt que de laisser l’isolement. Parler bas pour exclure est un tort de proximité.

L’adab n’est pas le décor de la règle ; il est sa preuve. Le même hadith qui ordonne d’honorer le voisin ordonne de dire du bien ou de se taire : la bouche qui a dit bismillâh au repas sait aussi se taire au seuil, et la main qui a pris de la droite sait aussi s’ouvrir pour le voisin.


Prochaine leçon : 8.5 « Corps et soin » : le même livre se poursuit par la médecine, les ruqyas et les questions de santé.

Vérifiez votre compréhension

Question 1 sur 7 Au repas, le matn pose une obligation avant la première bouchée. Laquelle ?
Laver les deux mains, geste de la sunna avant toute nourriture

Le matn écrit le contraire : le lavage des mains avant le repas n'est pas de la sunna, « إِلَّا أَنْ يَكُونَ بِهَا أَذًى » (*illâ an yakûna bihâ adhan* : « sauf s'il y a sur elles une souillure »). L'obligation porte sur la parole, pas sur l'eau.

Nommer Dieu et prendre de la main droite

« وَإِذَا أَكَلْتَ أَوْ شَرِبْتَ فَوَاجِبٌ عَلَيْكَ أَنْ تَقُولَ بِسْمِ اللهِ وَتَتَنَاوَلَ بِيَمِينِكَ » (*wa-idhâ akalta aw sharibta fa-wâjibun 'alayka an taqûla bismi llâhi wa-tatanâwala bi-yamînik* : « si tu manges ou tu bois, il t'est obligatoire de dire bismillâh et de prendre de ta droite », Risâla). Le même texte interdit de manger ou boire de la gauche.

Mentionner le nom de l'hôte avant de toucher le plat

Aucune règle du matn ne subordonne le repas au nom de l'hôte. Ce que le texte ordonne avant la bouchée est la basmala ; ce qu'il ordonne à la fin est « الحمد لله » (*al-ḥamdu lillâh*).

Question 2 sur 7 « Trois tiers » : selon la Risâla, le ventre se partage en :
Nourriture, boisson, souffle

« أَنْ تَجْعَلَ بَطْنَكَ ثُلُثًا لِلطَّعَامِ وَثُلُثًا لِلشَّرَابِ وَثُلُثًا لِلنَّفَسِ » (*an taj'ala baṭnaka thuluthan li-ṭ-ṭa'âmi wa-thuluthan li-sh-sharâbi wa-thuluthan li-n-nafas* : « que tu fasses de ton ventre un tiers pour la nourriture, un tiers pour la boisson, un tiers pour le souffle », Risâla). La mesure cadre la satiété autant que la faim.

Solides, liquides, fruits

Le partage n'est pas une carte des aliments : le troisième tiers n'est pas une catégorie de nourriture mais le nafs, le souffle. Le texte laisse au corps sa part de vide.

Entrée, plat, dessert

La structure repas en trois services est moderne ; le matn partage le ventre lui-même. Une part pour manger, une part pour boire, et une part qui n'accueille rien.

Question 3 sur 7 Quelqu'un frappe chez un voisin ; aucune réponse. Que pose le matn ?
Il peut entrer : le voisinage dispense de la permission entre gens de bien

La permission n'a pas d'exception de voisinage : elle est wâjib chez tout habitant. Le Muwatta' rapporte même qu'elle vaut pour sa propre mère : « اسْتَأْذِنْ عَلَيْهَا أَتُحِبُّ أَنْ تَرَاهَا عُرْيَانَةً » (*ista'dhin 'alayhâ a-tuḥibbu an tarâhâ 'uryânah* : « demande-lui la permission. Veux-tu la voir nue ? »).

Il insiste jusqu'à ce qu'on lui ouvre, car insister fait partie du respect

Insister au-delà de trois demandes n'est pas un adab mais un oubli du protocole : le matn pose la limite elle-même. Trois demandes, puis on repart.

Il demande trois fois, puis repart si personne n'autorise

« الِاسْتِئْذَانُ ثَلَاثٌ فَإِنْ أُذِنَ لَكَ فَادْخُلْ وَإِلَّا فَارْجِعْ » (*al-isti'dhânu thalâthun fa-in udhina laka fa-dkhul wa-illâ fa-rji'* : « la demande de permission est trois : si on t'autorise, entre, sinon repars », Muwatta'). Abû Mûsâ l'appliqua chez 'Umar ; 'Umar exigea qu'on le prouve, et le cercle des Ansâr le confirma.

Question 4 sur 7 Pour le salam, la Risâla pose deux statuts différents :
Répondre est obligatoire, commencer est une sunna recommandée

« وَرَدُّ السَّلَامِ وَاجِبٌ وَالابْتِدَاءُ بِهِ سُنَّةٌ مُرَغَّبٌ فِيهَا » (*wa-raddu s-salâmi wâjibun wa-l-ibtidâ'u bihi sunnatun muraghabun fîhâ* : « répondre au salam est obligatoire et l'initier est une sunna où l'on est encouragé »). La réponse peut monter jusqu'à la baraka : « إِنَّ السَّلَامَ انْتَهَى إِلَى الْبَرَكَةِ » (*inna s-salâma ntahâ ilâ l-barakah*, Muwatta').

Commencer est obligatoire, répondre est recommandé

C'est l'inverse : l'initiative est la sunna, la réponse est le wâjib. Ne pas répondre à un salam manque une obligation, pas seulement une courtoisie.

Les deux sont obligatoires, à égalité

Le matn gradue : il pose un degré pour chaque geste. Initier n'est pas le même acte que répondre ; l'un est encouragé, l'autre exigé.

Question 5 sur 7 Après un rêve qu'on déteste, la tradition rapportée ordonne :
De le raconter au plus vite pour l'exorciser

La consigne est l'inverse : le rêve détesté ne se raconte pas. Et le matn réserve l'interprétation : « لَا يَنْبَغِي أَنْ يُفَسِّرَ الرُّؤْيَا مَنْ لَا عِلْمَ لَهُ بِهَا » (*lâ yanbaghî an yufassira r-ru'yâ man lâ 'ilma lahu bihâ* : « il ne convient pas d'interpréter le rêve pour qui n'en a pas la science »).

Trois crachats à gauche, l'invocation de protection, le silence

« مَنْ رَأَى مِنْكُمْ مَا يَكْرَهُ فِي مَنَامِهِ فَإِذَا اسْتَيْقَظَ فَلْيَتْفُلْ عَنْ يَسَارِهِ ثَلَاثًا وَلْيَقُلِ اللَّهُمَّ إِنِّي أَعُوذُ بِكَ مِنْ شَرِّ مَا رَأَيْتُ » (*man ra'â minkum mâ yakrah...* : « que celui qui voit en rêve ce qu'il déteste, au réveil, crache trois fois à sa gauche et dise : Seigneur, je me protège en Toi du mal de ce que j'ai vu », Risâla). Le rêve ne nuit alors ni au dîn ni à la dunyâ.

De se relever prier deux unités obligatoires

Aucune prière n'est ordonnée au réveil du mauvais rêve dans ce passage : la réponse donnée est un protocole de bouche et de parole, trois gestes et une invocation.

Question 6 sur 7 Quelqu'un éternue une quatrième fois. Le Muwatta' rapporte :
On ne lui souhaite plus la miséricorde : « إِنَّكَ مَضْنُوكٌ »

« إِنْ عَطَسَ فَشَمِّتْهُ، ثُمَّ إِنْ عَطَسَ فَشَمِّتْهُ، ثُمَّ إِنْ عَطَسَ فَشَمِّتْهُ، ثُمَّ إِنْ عَطَسَ فَقُلْ إِنَّكَ مَضْنُوكٌ » (*in 'aṭasa fa-shammit-hu... fa-qul innaka maḍnûk* : « s'il éternue, souhaite-lui ; trois fois ; puis s'il éternue dis-lui : tu es enrhumé », Muwatta'). Le tashmît a une mesure : la miséricorde trois fois, puis le constat.

On lui souhaite la guérison à chaque éternuement, sans nombre

Le hadith borne le nombre : trois tashmît, puis la phrase change. Le protocole n'est pas indéfini, il sait s'arrêter.

Il doit quitter l'assemblée pour ne pas gêner

Rien dans le récit ne chasse le malade : le protocole donné est une parole (« tu es enrhumé »), pas une expulsion. Le gêneur n'est pas l'éternueur.

Question 7 sur 7 Le Coran nomme deux voisins dans le même verset :
Le voisin musulman et le voisin non-musulman

La partage n'est pas confessionnel : « ٱلْجَارِ ذِى ٱلْقُرْبَىٰ وَٱلْجَارِ ٱلْجُنُبِ » (*al-jâri dhî l-qurbâ wa-l-jâri l-junub*) vise le proche parent et le voisin éloigné. Le lien et la distance sont les deux critères, pas la foi.

Le voisin proche et le voisin lointain

« وَبِٱلْوَٰلِدَيْنِ إِحْسَٰنًۭا وَبِذِى ٱلْقُرْبَىٰ وَٱلْيَتَٰمَىٰ وَٱلْمَسَٰكِينِ وَٱلْجَارِ ذِى ٱلْقُرْبَىٰ وَٱلْجَارِ ٱلْجُنُبِ » (*wa-bi-l-wâlidayni iḥsânan wa-bi-dhî l-qurbâ wa-l-yatâmâ wa-l-masâkîni wa-l-jâri dhî l-qurbâ wa-l-jâri l-junub*, 4:36 : « agissez avec bonté envers les parents, les proches, les orphelins, les pauvres, le proche voisin, le voisin lointain »). Le hadith du Muwatta' prolonge : « فَلْيُكْرِمْ جَارَهُ » (*fa-lyukrim jârahu* : « qu'il honore son voisin »).

Le voisin de palier et le voisin de village

Le verset ne géographise pas la distance de cette façon : le junub est l'étranger de parenté, celui qui n'est pas de la famille. La carte du voisinage est celle du lien, non de la géographie administrative.