1.9Al-Fâtiha, l'ouverture

L'arabe par le Coran, leçon 9 : ni les égarés, ghayri l-maghdûbi 'alayhim wa lâ ḍ-ḍâllîn

Volet 9 sur 9 · Al-Fâtiha, l'ouverture

Sommaire

Fiche méthode

  • Position : sourate 1 Al-Fâtiha, verset 7 (fin) + bilan de la sourate.
  • Durée : 20 minutes (leçon de bilan).
  • Prérequis : leçons 1-8.
  • Acquis visés : participe passif maghdûb vs actif ḍâll, ghayr en annexion, la négation lâ, lecture de la Fatiha entière sans traduction.
  • Compétences XP dominantes : Morphologie · Synthèse.

Ce que tu vas savoir faire à la fin


Temps 1 : Immersion (3 min)

Le texte

صِرَٰطَ ٱلَّذِينَ أَنْعَمْتَ عَلَيْهِمْ غَيْرِ ٱلْمَغْضُوبِ عَلَيْهِمْ وَلَا ٱلضَّآلِّينَ

Le segment du jour :

غَيْرِ الْمَغْضُوبِ عَلَيْهِمْ وَلَا الضَّالِّينَ

ghayri l-maghdûbi ’alayhim wa lâ ḍ-ḍâllîn

Traduction (Hamidullah) : « non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés. »

Autres traductions de référence :

Traducteur Formulation
Denise Masson (1967) « non le chemin de ceux qui encourent Ta colère, ni celui des égarés »
Régis Blachère (1957) « non la voie de ceux que Tu courrouces et des égarés »
Jacques Berque « autre que celle des courroucés et des égarés »

« Ceux qui ont encouru Ta colère », « ceux que Tu courrouces », « les courroucés » : le français peine à dire le passif arabe sans « subir ». C’est le schème maf’ûl qui fait tout le travail.

Le protocole

  1. Écoute le verset entier ; la demande se referme sur deux catégories à ne pas suivre.
  2. Prononce ghayr seul, puis maghdûb, puis ḍâllîn.
  3. Lis le segment en arabe.

Temps 2 : Les racines (4 min)

غ-ض-ب : la colère qu’on subit

الْمَغْضُوبِ (al-maghdûb) : racine غ-ض-ب, « la colère ». Sa famille :

Mot Sens
غَضِبَ ghaḍiba il s’est mis en colère
غَضَب ghaḍab la colère
غَاضِب ghâḍib le coléreux (participe actif)
مَغْضُوب maghdûb l’objet de la colère (participe passif)

La clé du verset : maghdûb n’est pas « le coléreux », c’est « celui qui subit la colère ». Le schème مَفْعُول (maf’ûl) transforme l’action en subie : celui qu’on courrouce, celui sur qui la colère tombe. Tu vas le comprendre au temps 4.

ض-ل-ل : l’égarement qu’on fait

الضَّالِّينَ (aḍ-ḍâllîn) : racine ض-ل-ل, « s’égarer, perdre la voie ». Sa famille :

Mot Sens
ضَلَّ ḍalla il s’est égaré
ضَلَال ḍalâl l’égarement
ضَالّ ḍâll l’égaré, celui qui s’égare (participe actif)
مُضِلّ muḍill celui qui égare les autres (forme IV)

Et là, c’est l’actif : ḍâll = « qui s’égare », l’agent de son propre égarement. Le texte oppose deux destins : ceux sur qui la colère tombe (subie) et ceux qui s’égarent (actif). La grammaire a dessiné la nuance théologique avant même qu’on la formule.

وَلَا : la fermeture

وَلَا (wa-lâ) = وَ (et) + لَا (non) : « ni, et non ». La particule لَا est la négation la plus connue de l’arabe : tu la connais déjà sans le savoir : لَا إِلَٰهَ إِلَّا الله commence par elle. Ici elle ferme la demande : le chemin n’est ni celui-ci, ni celui-là.


Temps 3 : Observer avant la règle (3 min)

Compare les deux mots :

الْمَغْضُوبِ | الضَّالِّينَ

  1. Les deux décrivent des gens « à éviter ». Mais l’un porte مَـ devant sa racine, l’autre non. À quoi sert ce مَـ ?
  2. غَيْرِ : porte une kasra. S’il est « autre que », comment s’attache-t-il au suivant ?
  3. وَلَا : si وَ seul disait « et », que change la لَا ?

Réponses : مَـ + schème fait le passif (maf’ûl) ; غَيْر s’annexe (iḍâfa) au mot suivant ; لَا négative la coordination.

Découverte : la voyelle interne du participe change tout. غ-ض-ب sur fâ’il = « le coléreux » (actif) ; sur maf’ûl = « l’objet de la colère » (passif). Mêmes consonnes, même racine : le moule décide qui agit et qui subit.


Temps 4 : Morphologie minute (4 min)

Les participes : fâ’il contre maf’ûl

Les deux gabarits frères :

Schème Rôle Exemples
فَاعِل (fâ’il) celui qui fait l’action كَاتِب (kâtib, écrivant), عَالِم (’âlim, savant), ضَالّ (ḍâll, égaré)
مَفْعُول (maf’ûl) celui qui la subit مَكْتُوب (maktûb, écrit), مَعْلُوم (ma’lûm, connu), مَغْضُوب (maghdûb, courroucé)

Retenir le signal : maf’ûl commence par مَـ (ma-) : « m » pour « me subit » si tu veux une mnémotechnique. Le mot dit dans sa forme si son porteur agit ou subit.

غَيْر en annexion

غَيْرِ الْمَغْضُوبِ : ghayr est un nom (« autre chose, sauf »), et il s’annexe au mot suivant exactement comme rabb s’annexait à ’âlamîn (leçon 4). Structure : « [le chemin est] autre-que [celui] des courroucés ». Rien de nouveau : l’iḍâfa revient, fidèle.

الضَّالِّينَ : le pluriel qu’on connaît

ـِينَ : le pluriel masculin sain au majrûr, déjà vu à la leçon 4 (’âlamîn). Même terminaison, même cas : la leçon 9 recycle en plein.


Temps 5 : La syntaxe en action : l’I’rab (3 min)

Élément Nature Fonction
غَيْرِ ghayri nom, mudâf « autre que » : majrûr (épithète de ṣirâṭ)
الْمَغْضُوبِ al-maghdûb participe passif mudâf ilayh de ghayr : majrûr
عَلَيْهِمْ ’alayhim préposition + pronom « sur eux »
وَلَا wa-lâ coordination + négation « ni »
الضَّالِّينَ aḍ-ḍâllîn participe actif pluriel majrûr : coordonné à maghdûb

Temps 6 : Sortie active + bilan (4 min)

Bilan de la Fatiha, l’exercice de la leçon. Avant de lire sans traduction, écoute la sourate entière d’une traite : tu as entendu chaque verset séparément, pas encore la sourate continue.

  1. Lecture sans traduction : lis les sept versets en arabe, lentement. Tu les connais mot à mot.
  2. Chasse aux cas : souligne dans le texte toutes les kasra (-i). Combien en comptes-tu ? (Réponse : quasiment toutes les fins de mots : la Fatiha est une symphonie en majrûr.)
  3. Cartographie : place les trois cas sur le texte : -u = ḥamd seul (V2, sujet) ; -i = presque tout (prépositions, annexions, épithètes) ; -a = ṣirâṭ, mustaqîm (V6-7, compléments).
  4. La structure : V1 ouverture (le nom) → V2 louange (Il) → V3-V4 les noms (Il) → V5 bascule (Toi) → V6-V7 demande (nous vers Toi). La phrase que tu as reconstruite est le partage du hadith qudsî.
  5. Quiz : les cinq questions ci-dessous.

En attendant le module 2 : travail de renforcement

Moment Travail
Ce soir Récite la Fatiha entière de mémoire, lentement. C’est le but du module.
J+1 Toutes les cartes Anki des leçons 1-9 : session de 15 min.
J+3 Écris la Fatiha de mémoire ; vérifie chaque mot.
J+7 Écoute la Fatiha en Warsh en boucle ; prononce avec l’audio.

Cartes Anki à créer (5)

Recto Verso
غ-ض-ب racine « colère » : ghaḍab (colère), ghâḍib (coléreux), maghdûb (objet de la colère)
ض-ل-ل racine « s’égarer » : ḍalâl (égarement), ḍâll (égaré), muḍill (qui égare)
مَفْعُول (maf’ûl) schème du participe passif : « celui qui subit » (m- = me subit)
فَاعِل (fâ’il) schème du participe actif : « celui qui fait »
غَيْرِ الْمَغْضُوبِ « autre que les courroucés » : ghayr (mudâf) + maghdûb (mudâf ilayh)

Pour aller plus loin : la Fatiha est maintenant à toi

Tu as lu sept versets, mot par mot. Tu connais : trois cas (-u, -i, -a), deux types de phrases (nominale, verbale), deux contractions (bi-, li-, wa-), les pronoms soudés (-nâ, -ka, -him), l’annexion à deux et trois étages, les schèmes fa’lân/fa’îl/fâ’il/maf’ûl, les formes IV et X, l’impératif, le relatif, la négation. Neuf leçons, et la Fatiha n’a plus un seul mot opaque.

Ce que tu as appris ici n’est pas seulement la Fatiha : c’est le code de la langue. Les prochains modules réutiliseront chaque pièce : qul à la sourate 114 sera un impératif, nâs une annexion, alladhî le relatif que tu as croisé. La méthode : le texte enseigne, la langue suit, la mémoire ancre.

Prochaine étape : le module 2 ouvre la sourate 114 (an-Nâs) : « Dis : je cherche refuge auprès du Seigneur des hommes ». Tu la trouveras dans le parcours, et le programme entier depuis la page de la formation.

Vérifiez votre compréhension

Question 1 sur 5 الْمَغْضُوبِ (*al-maghdûb*) : pourquoi est-ce « l'objet de la colère » et pas « le coléreux » ?
Parce que مَفْعُول (*maf'ûl*) est le schème du participe passif : celui qui subit

مَفْعُول (*maf'ûl*) = « objet de » : مَكْتُوب (*maktûb*, écrit), مَعْلُوم (*ma'lûm*, connu), مَغْضُوب (*maghdûb*, « subissant la colère »). La misère n'a pas de cas : la forme dit la passivité.

Parce que غَضَب (*ghaḍab*) signifie « subir »

غَضَب (*ghaḍab*) signifie la colère elle-même ; ce n'est pas le sens qui fait le passif, c'est le schème مَفْعُول. Le participe actif serait غَاضِب (*ghâḍib*, le coléreux).

Parce qu'il est en majrûr

Le cas -i dit sa fonction syntaxique (mudâf ilayh), pas son rapport à l'action : un participe actif serait majrûr aussi à cette place.

Question 2 sur 5 الضَّالِّينَ (*aḍ-ḍâllîn*) : celui-là, il est :
Participe passif : « les égarés (par un autre) »

الضَّالِّينَ suit le schème فَاعِل (*fâ'il*), l'actif : ce sont eux qui s'égarent. Le passif serait مَضْلُول, rare et absent du verset.

Participe actif pluriel : « les égarants, ceux qui s'égarent »

ضَالّ (*ḍâll*) = participe actif « qui s'égare » ; -ِينَ (*-în*) le met au pluriel majrûr. Nuance clé du verset : la colère se *subit* (passif), l'égarement se *fait* (actif).

Un nom commun « les perdus »

C'est un participe, pas un nom commun : il porte en lui l'action de ض-ل-ل en cours. D'où « les égarants », pas seulement « les perdus ».

Question 3 sur 5 غَيْرِ (*ghayri*) dans غَيْرِ الْمَغْضُوبِ : quel est son rôle ?
Une négation : « pas les coléreux »

غَيْر n'est pas une particule de négation : c'est un nom, « autre que, sauf », qui s'annexe au suivant. La négation vient après, avec وَلَا.

Un adjectif de ṣirâṭ

غَيْر ne décrit pas le chemin ; il ouvre une exception : « [ce chemin est] autre que celui des maghdûb ». Le bloc fonctionne comme une annexion de restriction.

Un mudâf : « autre que les maghdûb », annexion encore

غَيْرِ est mudâf de الْمَغْضُوبِ : « autre-que l'objet-de-colère ». Tu connais l'iḍâfa depuis la leçon 4 : elle revient partout, même dans une exception.

Question 4 sur 5 وَلَا الضَّالِّينَ : que fait وَلَا ?
« et les », simple coordination

وَ seule dirait « et » ; la particule لَا ajoutée la transforme en négation : « et non, ni ». وَلَا الضَّالِّينَ = « ni les égarés ».

« ni, et non » : la coordination négative qui clôt la demande

وَ (et) + لَا (non) = « ni ». La phrase se referme : le chemin demandé n'est ni celui des coléreux ni celui des égarés.

Un pluriel de négation réservé aux versets

وَلَا est une négation courante de la langue, pas une formule coranique : tu l'entendras partout (لَا إِلَٰهَ إِلَّا الله commence par لَا).

Question 5 sur 5 Bilan : dans toute la Fatiha, quelle voyelle finale domine et pourquoi ?
La kasra (-i) : tout vit dans le majrûr de la Basmala et des annexions

De بِسْمِ à الضَّالِّينَ, presque tout porte -i : après بِ, après لِ, dans les iḍâfa, sur les épithètes. La kasra est la couleur de la Fatiha.

La ḍamma (-u) : les sujets sont nombreux

Un seul -u dans toute la sourate : الْحَمْدُ, le seul mubtada'. Le reste vit en majrûr et un peu en manṣûb : la Fatiha n'est pas une suite de sujets, c'est une chaîne d'attributions.

La fatḥa (-a) : les compléments dominent

Le -a n'apparaît qu'au V6-V7 sur ṣirâṭ, mustaqîm et les participes repris. C'est l'exception qui marque la demande, pas la règle du texte.