114.3Les sourates du refuge

L'arabe par le Coran, leçon 12 : L'insinuateur fuyant, min sharri l-waswâsi l-khannâs

Volet 3 sur 3 · Les sourates du refuge

Sommaire

Fiche méthode

  • Position : sourate 114 An-Nâs, verset 4. Troisième leçon du module 2 : on nomme enfin le mal contre lequel on demande protection.
  • Durée : 18 minutes.
  • Prérequis : leçon 114.1 (la préposition bi- et le génitif), leçon 114.2 (l’annexion n-nâs en série), leçon 1.2 (l’adjectif), dans le programme du Coran.
  • Acquis visés : repérer min comme préposition qui ouvre le génitif ; distinguer le nom waswâs de l’adjectif khannâs ; entendre que l’article se prononce al- devant waswâs et khannâs.
  • Compétences XP dominantes : Vocabulaire · Phonologie.
  • Convention de translittération : â î û = voyelles longues ; ' = hamza ou ’ayn (le texte arabe lève l’ambiguïté).

Ce que tu vas savoir faire à la fin


Temps 1 : Immersion (3 min)

Le texte

مِن شَرِّ ٱلْوَسْوَاسِ ٱلْخَنَّاسِ

Translittération : min sharri l-waswâsi l-khannâs

Traduction (Muhammad Hamidullah) :

« contre le mal du mauvais conseiller, furtif, »

Autres traductions de référence :

Traducteur 114:4
Denise Masson (1967) « contre le mal du tentateur qui se dérobe furtivement ; »
Régis Blachère (1957) « contre le mal du Tentateur furtif »
Albin de Kazimirski (1852) « Contre la méchanceté de celui qui suggère les mauvaises pensées et se dérobe. »

Trois mots après min, les traducteurs se partagent la tâche : un mot pour le mal (sharr), un pour celui qui le souffle (waswâs), un pour sa manière de disparaître (khannâs). Blachère précise dans sa note de traduction : waswâs désigne « l’action de susurrer à l’oreille », et khannâs, qu’il rend « (le) furtif », exprime « l’idée d’un être toujours prêt à disparaître, à se volatiliser ».

Le protocole

  1. Écoute le verset trois fois, les yeux sur l’arabe, de droite à gauche.
  2. Compte à l’oreille les fins en -i : sharri, waswâsi, khannâsi. Trois kasra sur trois mots.
  3. Écoute l’article : le récitateur dit al-waswâs, al-khannâs : le l s’entend, alors que dans an-nâs il s’effaçait. Reprends le verset 1 et enchaîne les quatre.

Pourquoi ça marche : le même cas entendu trois fois, mais pour trois raisons différentes : l’oreille enregistre la marque, la leçon lui donne ses moteurs.

Le contexte, en une phrase

Tu as demandé refuge auprès du Seigneur, du Roi, du Dieu des hommes ; le verset 4 dit enfin contre quoi : le mal de l’insinuateur qui se dérobe.


Temps 2 : Les racines (4 min)

ش-ر-ر : le mal

شَرِّ (sharri) = « le mal », sur la racine ش-ر-ر. C’est le contraire de khayr (« le bien ») : le Coran les oppose dans la même phrase, « il se peut que vous aimiez une chose alors qu’elle vous est mauvaise » (2:216, trad. Hamidullah). La racine donne aussi sharar (شَرَر), « l’étincelle », une seule fois dans le Coran.

Mot Sens Ce que dit la racine
شَرّ sharr le mal ce qui nuit, le contraire du bien
شَرَر sharar l’étincelle le mal minuscule qui jaillit

Retiens-le bien, sharr va te suivre : la prochaine sourate du parcours, Al-Falaq, en fait le refrain de ses quatre derniers versets (مِن شَرِّ مَا خَلَقَ, min sharri mâ khalaq, « contre le mal de ce qu’Il a créé »).

و-س-و-س : le murmure redoublé

ٱلْوَسْوَاسِ (al-waswâsi) = « le susurreur », sur la racine و-س-و-س. Première racine à quatre lettres de ton parcours : regarde-la, w-s-w-s : le w-s se répète, comme si le mot mimaît le murmure qu’il nomme. Blachère traduit « le Tentateur » et note que le mot est un nom verbal signifiant « l’action de susurrer à l’oreille », puis « l’action de faire entendre des paroles de tentation ».

Détail que le Corpus rend visible : dans tout le Coran, le nom waswâs n’existe qu’ici. Le verbe, en revanche, tu le rencontreras au verset suivant : yuwaswisu, « il insuffle » : même racine, autre fonction.

Mot Sens Ce que dit la racine
وَسْوَاس waswâs le susurreur l’insinuation chuchotée (nom, ici seulement)
يُوَسْوِسُ yuwaswisu il insuffle le verbe, verset 5
وَسْوَسَ waswasa il a chuchoté l’accompli, attesté en 7:20

خ-ن-س : celui qui se dérobe

ٱلْخَنَّاسِ (al-khannâsi) = « le fuyant, celui qui se dérobe », sur la racine خ-ن-س. La racine n’apparaît que deux fois dans le Coran : ici, et en 81:15 avec الْخُنَّسِ (al-khunnas), les astres « qui se dérobent », les planètes qui s’effacent de la vue. Même image : ce qui se soustrait au regard.

Mot Sens Ce que dit la racine
خَنَّاس khannâs le fuyant celui qui se dérobe sans cesse (adjectif)
خُنَّس khunnas les astres fuyants ceux qui s’effacent (nom, 81:15)

Et un mot nouveau qui ouvre le verset

مِن (min), « de, contre », est une particule : elle ne se décline pas, elle commande. Tu connais déjà ses sœurs bi- (« par, avec », verset 1) et li- (« à, pour », 1:3). Min annonce la source ou l’objet d’éloignement : on se met à l’abri de quelque chose, on demande refuge contre quelqu’un.

Pourquoi ça marche : trois racines, trois images nettes (le mal, le murmure, la fuite), et une particule : la charge est lexicale, la grammaire restera légère.


Temps 3 : Observer avant la règle (3 min)

Trois observations, avant toute règle.

Observation 1 : toujours pas de verbe. Quatre mots, aucun verbe à l’horizon. La demande a’ûdhu porte encore tout l’édifice : « je cherche refuge auprès du Seigneur des hommes, du Roi des hommes, du Dieu des hommes, CONTRE le mal du susurreur fuyant ». La note de grammaire du Corpus l’écrit noir sur blanc : le groupe min sharri se rattache à a’ûdhu. Le verset 4 complète la phrase du verset 1.

Observation 2 : trois kasra, mais pour la même raison ? sharri, waswâsi, khannâsi. On serait tenté de dire : min a tout mis au génitif. Sauf que min ne commande que le mot qui la suit. D’où viennent les deux autres -i ? Retiens la question, la réponse arrive au temps 5.

Observation 3 : l’article s’entend. Dans an-nâs, le l de l’article disparaissait (an-nâs, pas al-nâs). Ici, al-waswâs, al-khannâs : le l se prononce. Rappel de la Fatiha : devant les lettres « solaires » (n, s, r, t…), le l s’assimile ; devant les « lunaires » (w, kh…), il survit. Wâw et khâ’ sont lunaires : les deux articles du verset gardent leur l.

Pourquoi ça marche : repérer trois fins identiques sur trois mots différents crée la question ; la grammaire n’aura qu’à distribuer les réponses.


Temps 4 : Morphologie minute (3 min)

Le nom et son épithète

Le verset met face à face deux mots qui se ressemblent par la fin mais pas par la fonction :

Élément Nature Preuve
ٱلْوَسْوَاسِ al-waswâs nom : « le susurreur » il désigne l’être ; le Corpus le classe N (noun)
ٱلْخَنَّاسِ al-khannâs adjectif : « le fuyant » il donne la qualité ; le Corpus le classe ADJ

Le test de traduction le confirme : personne ne rend « le susurreur et le fuyant » comme deux êtres ; tous écrivent un seul être qualifié, « le Tentateur furtif ».

La racine qui se répète

Waswâs vient d’une racine à quatre lettres, و-س-و-س : le motif w-s redoublé. Jusqu’ici tes racines étaient trilitères (ق-و-ل, ع-و-ذ, ر-ب-ب, ن-و-س, م-ل-ك, أ-ل-ه). La quadrilitère existe, rare mais réelle ; la sienne épouse le son qu’elle décrit.

Et khannâs ? Le n doublé et le â long dessinent la forme arabe de l’habitude : khannâs, c’est celui qui se dérobe toujours, pas une fois : exactement le « toujours prêt à disparaître » de la note de Blachère.

Pourquoi ça marche : nom contre adjectif, trilitère contre quadrilitère, et le n doublé de l’habitude : la forme porte le sens, tu n’as plus qu’à le lire.


Temps 5 : La syntaxe en action : l’I’rab (3 min)

Les quatre mots, mot à mot :

Élément Nature Fonction et cas
مِن min particule, « contre » invariable : les particules n’ont pas de cas, elles le commandent
شَرِّ sharri nom, « le mal » majrûr : -i sous l’effet de min
ٱلْوَسْوَاسِ al-waswâsi nom, « le susurreur » majrûr : -i, second terme de l’annexion sharr al-waswâs
ٱلْخَنَّاسِ al-khannâsi adjectif, « le fuyant » majrûr : -i, par accord avec waswâs

Trois kasra, trois moteurs : c’est toute la leçon.

Le premier, tu le connais depuis bi-rabbi : la préposition impose le génitif au nom qui la suit. Min sharri, « contre le mal ».

Le second, tu le connais depuis rabb n-nâs : dans « le mal DU susurreur », waswâs est le second terme de l’annexion, et le second terme est toujours majrûr. Même kasra, même mécanisme, nouveau nom.

Le troisième est le vrai acquis du jour : l’épithète épouse le cas de son nom. Waswâs est majrûr, donc khannâs est majrûr. Ce n’est pas nouveau pour ton œil : dans bi-Llâhi r-raḥmâni r-raḥîm, les deux Noms suivaient Allâh par la kasra pour la même raison. Ici le mécanisme a enfin son nom : l’accord de l’épithète.

Pourquoi ça marche : la même voyelle finale ne cache plus un mystère mais trois règles distinctes ; tu lis maintenant le génitif en grammarien.


Temps 6 : Sortie active (2 min)

  1. Rappel libre : recouvre l’arabe. À partir de « contre le mal du susurreur fuyant », reconstruis le verset à l’écrit, puis vérifie.
  2. Miroir : souligne les trois -i et note au-dessus de chacun son moteur : préposition, annexion, épithète.
  3. Transfert : tu sais sharr (« le mal ») et n-nâs (« des hommes », toujours majrûr en second terme). Forme « le mal des hommes ». (Réponse : شَرِّ ٱلنَّاسِ, sharri n-nâs.)
  4. Quiz : les quatre questions ci-dessous.

Pourquoi ça marche : le même -i produit par trois mécanismes réunis en un verset de quatre mots : la concentration fait la mémoire.


En attendant la leçon 13 : travail de renforcement

Moment Travail
Ce soir Écoute les versets 1 à 4 d’affilée ; lève le doigt à chaque kasra finale et nomme son moteur (préposition, annexion, épithète, apposition).
J+1 Cartes Anki (série ci-dessous) + écris le verset trois fois de mémoire.
J+3 Repasse les cartes des leçons 114.1 et 114.2 + aligne les trois génitifs vus jusqu’ici : bi-rabbi, maliki n-nâs, min sharri.
J+7 Écoute la sourate entière ; repère le verbe yuwaswisu du verset 5, de la même racine que waswâs.

Cartes Anki à créer (5)

Recto Verso
مِن « de, contre » : préposition invariable (ḥarf jarr) ; impose la kasra au nom qui suit
شَرِّ « le mal » : racine ش-ر-ر ; contraire de khayr ; ici majrûr sous min
ٱلْوَسْوَاسِ « le susurreur » : racine quadrilitère و-س-و-س ; le nom n’existe qu’en 114:4 ; le verbe vient au verset 5
ٱلْخَنَّاسِ « le fuyant » : adjectif sur خ-ن-س « se dérober » ; épithète de waswâs, majrûr par accord
Dans min sharri l-waswâsi l-khannâs, pourquoi trois -i ? Trois moteurs : min pour sharr, l’annexion pour waswâs, l’accord de l’épithète pour khannâs

Pourquoi ça marche : quatre cartes de mots, une carte mécanisme : la révision garde le même ratio que la leçon : du lexique, et une seule règle à retenir.


Pour aller plus loin : le susurreur va parler

Waswâs était un nom. Au verset 5, la même racine devient verbe : يُوَسْوِسُ (yuwaswisu), « il insuffle », et tu apprendras dans quoi il souffle : صُدُورِ ٱلنَّاسِ (ṣudûri n-nâs, « les poitrines des hommes ») : encore une annexion, encore n-nâs.

Prochaine leçon : alladhî yuwaswisu fî ṣudûri n-nâs : celui qui agit, son action, et la préposition fî. Elle t’attend dans le programme des sourates du refuge (/category/arabe-par-le-coran/les-sourates-du-refuge/), et le cours entier depuis la page de la formation (/arabe-par-le-coran/). Si tu veux reprendre le verset 1, la leçon « qul a’ûdhu bi rabbi n-nâs » est là ; le Roi et le Dieu des hommes tiennent l’annexion en série.

Vérifiez votre compréhension

Question 1 sur 4 Que fait مِن (*min*) en tête du verset ?
C'est une préposition : elle impose le génitif au nom qui suit

مِن (*min*) est un حَرْف جَرّ (*ḥarf jarr*), une particule de génitif : شَرِّ (*sharri*) porte la kasra parce qu'elle le suit directement. Même mécanisme que بِ (*bi-*) devant رَبِّ (*rabbi*) au verset 1.

C'est une conjonction qui coordonne, comme وَ (*wa-*)

La coordination est le fait de وَ (*wa-*, « et »), qui ne change aucune voyelle. مِن (*min*, « de, contre ») ouvre un complément et commande la kasra : les deux particules ne font pas le même travail.

C'est la marque du pluriel : « les maux »

Le pluriel ne se marque pas par une particule. شَرّ (*sharr*) est un nom singulier ; les traducteurs rendent « le mal », au singulier.

Question 2 sur 4 Dans ٱلْوَسْوَاسِ ٱلْخَنَّاسِ (*al-waswâsi l-khannâsi*), lequel des deux est l'adjectif ?
ٱلْوَسْوَاسِ (*al-waswâsi*) : « le furtif » décrit un être

Renversé : *waswâs* est le nom, « le susurreur ». Blachère le traduit « le Tentateur » : c'est l'être désigné, pas sa qualité.

ٱلْخَنَّاسِ (*al-khannâsi*) : « le fuyant » qualifie le susurreur

ٱلْخَنَّاسِ (*al-khannâsi*) est l'épithète : la racine خ-ن-س dit « se dérober, se volatiliser », et le Corpus le classe adjectif. Le nom *waswâs* reçoit la qualité *khannâs*.

Les deux sont des noms coordonnés : « le susurreur et le fuyant »

Rien ne les coordonne : pas de وَ (*wa-*), et les traducteurs rendent un seul être, « le Tentateur furtif », pas deux.

Question 3 sur 4 Pourquoi ٱلْوَسْوَاسِ (*al-waswâsi*) finit-il par -i ?
Parce que مِن (*min*) le touche directement

شَرِّ (*sharri*) s'interpose : *min* ne règne que sur le nom qui la suit. *waswâs* est séparé de *min* par *sharr*.

Parce qu'il est le second terme de l'annexion *sharr al-waswâs*

« Le mal DU susurreur » : *waswâs* est le mudâf ilayh de *sharr*, même mécanisme que *nâs* dans *rabb n-nâs*. La kasra de l'annexion, apprise en 114.1.

Parce qu'il est au pluriel

ٱلْوَسْوَاسِ (*al-waswâsi*) est singulier : c'est un être, « le susurreur ». Le pluriel n'impose pas la kasra.

Question 4 sur 4 Et ٱلْخَنَّاسِ (*al-khannâsi*), pourquoi finit-il aussi par -i ?
L'épithète partage le cas de son nom : il suit *waswâsi* au génitif

Un adjectif épouse le cas du nom qu'il qualifie : *waswâs* est majrûr, *khannâs* l'est donc aussi. Tu l'as déjà vu avec رَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ (*ar-raḥmâni r-raḥîmi*, « le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux »), majrûr sous *bi-* au verset 3 de la Fatiha.

Il est aussi le second terme d'une annexion

Une annexion colle nom + nom (« X de Y »). Ici le second mot est un adjectif : « le susurreur fuyant », pas « le fuyant du susurreur ». Le mécanisme est l'accord, pas l'annexion.

مِن (*min*) fait basculer tout le verset au génitif, sans autre mécanisme

مِن (*min*) ne règne que sur *sharr*. Les kasra suivants ont chacun leur moteur : l'annexion pour *waswâs*, l'accord pour *khannâs*. Trois kasra, trois raisons.