Wajd

Le ravissement de l'âme : l'extase qui survient dans le dhikr ou le samâ', sans être cherchée ni programmée.

Wajd vient de wajada, trouver : le wajd est ce qui « trouve » l’âme, l’envahit, et lui fait perdre la mesure ordinaire. La tradition soufie l’applique à l’état qui survient dans l’invocation ou l’audition spirituelle (samâ’) : un tremblement, un transport, parfois un cri. Al-Qushayrî le classe parmi les chapitres délicats de sa Risâla, car l’état peut être feint, et la convention des maîtres est qu’il ne se produit pas pour être vu.

Le vocabulaire y articule une nuance fine : le wajd est le saisissement momentané ; le wujûd (du même verbe) est son état devenu durable ; et le tawâjud est sa recherche affectée, tenue par les maîtres pour une imposture de l’âme. On ne fabrique pas le ravissement.

L’expérience n’est donc ni un but ni une preuve : elle peut survenir dans la séance de dhikr sans qu’on l’ait attendue, et les guides enseignent de la recevoir sans s’y attacher. Le travail de la voie est ailleurs : dans la régularité discrète, non dans l’état saisissant. Voir hâl, la catégorie à laquelle il appartient.