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Histoire d’une voie à travers ses maîtres (7/8)
Hajj Abbas, la porte de la générosité
par Christophe Vic et Jean-Louis Girotto



Sidi Abbas (1890-1972), fils du résistant Hajj Mokhtar Qâdiri Boudchich (1853-1914), naquit dans les montagnes des Beni Snassen. En 1908, il suivit son père lorsque celui-ci rejoignit la plaine de Triffa après le saccage de sa propriété par les troupes françaises en guise de représailles. C’est au sein d’un hameau de Madagh que cette branche de la famille commença une nouvelle vie avec la fondation d’un centre spirituel – zaouïa – et la création d’une exploitation agricole basée sur la culture des orangers et des oliviers. Les prédispositions du jeune Abbas pour les travaux agricoles se révélèrent alors évidentes et, à la mort de Hajj Mokhtar, les rôles des successeurs furent répartis : le fils aîné, Sidi al-Makki (mort en 1936), prit la conduite de la zaouïa alors que Sidi Abbas devint responsable de la ferme.

Cependant, Sidi Abbas avait entamé très jeune une quête spirituelle, ressentant les limites de la voie Qâdiriya Boudchichiya – qui ne disposait pas à son époque du sirr (secret spirituel) – à laquelle il était rattaché depuis son enfance. Ainsi, il partit à la recherche d’un homme accompli qui serait susceptible de lui apporter un enseignement complémentaire. Or un jour, vers 1910, il rencontra un saint homme doté de perceptions prémonitoires qui lui professa ce conseil : « Rentre chez toi et prends patience ! Quand le temps sera venu, celui qui sera ton maître viendra frapper à ta porte. ». Sidi Abbas suivit à la lettre cette indication et retourna chez lui, dans la propriété agricole de Madagh. Des jours, des semaines, puis des années passèrent. Il travailla dur et fit prospérer son exploitation, en attendant que vienne à lui son maître, avec toujours la même patience et la même certitude au cœur. Plus de trente ans s’écoulèrent jusqu’à ce que la prédiction s’accomplisse enfin.

Au cours de l’année 1942, Sidi Abû Madyan (1873-1957), un cousin vivant dans les montagnes de Taghajirt, se rendit à la propriété de Madagh à l’occasion des funérailles de l’une des filles de Sidi Abbas. Malgré la douleur des circonstances, celui-ci comprit qu’il s’agissait là de la visite qu’il attendait depuis si longtemps. En effet, Sidi Abû Madyan était porteur du sirr dont il avait hérité au terme d’une longue quête auprès de différents maîtres. Il menait une vie recluse et était intransigeant sur le choix de ses disciples qui devaient être pourvus d’une sincérité résistant à toutes les épreuves. Poussé par un désir ardent, Sidi Abbas exposa à son visiteur le sens de sa démarche et obtint – au même titre que son fils Sidi Hamza (né en 1922) – l’autorisation de devenir son disciple. Le soir même, il commença à réciter les invocations – dhikr – que venait de lui transmettre son guide spirituel lorsqu’il eut une vision au cours de laquelle il lui était remis des formules d’invocations différentes de celles qu’il récitait. Sidi Abbas, qui n’était pas habitué à vivre de tels états de clairvoyance, décida de s’abstenir de toute pratique supplémentaire et d’en référer à Sidi Abû Madyan. Lorsque celui-ci fut mis au courant de l’histoire, il confia à son nouveau disciple : « Tu as bien agi, car, si tu avais récité les formules qui t’avaient été données, tu aurais certainement perdu ma confiance ! »

Après avoir surmonté cette épreuve inattendue, Sidi Abbas proposa l’hospitalité à son visiteur qui accepta l’offre. Cet acte de générosité spontanée allait fonder la relation entre les deux hommes puisque c’était désormais au sein de la propriété de Madagh que Sidi Abû Madyan choisissait de dispenser son enseignement. La venue de Sidi Abû Madyan bouleversa le paysage spirituel sur place car le caractère vivant de son enseignement vint supplanter l’héritage tabarruk reçu par Sidi Mustafa qui avait entretemps succédé à son père, Sidi al-Makki. Pour prévenir toute confusion, Sidi Mustafa choisit de s’installer dans la ville voisine d’Ahfir, laissant à la voie du sirr portée par Sidi Abû Madyan toute la latitude pour se développer à Madagh.

Jusqu’à la mort de son maître survenue en 1957, Sidi Abbas incarna à la perfection le disciple dévoué, entretenant une relation de compagnonnage à partir de laquelle il franchit toutes les étapes menant à la réalisation spirituelle. Du fait notamment de sa grande générosité, il hérita de l’autorisation de succéder à Sidi Abû Madyan à la tête de la tariqa. Cependant, pendant cinq années, son état de profonde humilité l’empêcha d’endosser cette fonction. Il resta en retrait jusqu’à ce que s’impose enfin à lui la nécessité de révéler aux autres disciples la nature de l’autorisation qu’il avait reçue.

Sidi Hajj Abbas fut le guide spirituel de la tariqa jusqu’à sa mort en 1972 et aimait à rappeler que si Dieu ne lui avait pas donné l’éloquence, Il lui avait cependant confié un secret qui transformait les cœurs. Sous l’effet de sa nature miséricordieuse, la voie changea de modalité, l’aspect initialement rigoureux s’estompant au profit d’une plus grande douceur dans l’approche de l’enseignement. La voie Qâdiriya Boudchichiya put ainsi s’ouvrir plus facilement à des disciples issus de toutes les couches de la société marocaine. En 1968, Hajj Abbas effectua un déplacement depuis l’est vers l’ouest du Maroc pour faire « goûter » la voie auprès de tous ceux qui aspiraient sincèrement à une guidance spirituelle. Des groupes de disciples se constituèrent peu après à Fès, à Rabat, à Casablanca, à Agadir, transformant le caractère local de la confrérie en une dimension touchant tout le pays.

Durant les dernières années de sa vie, Hajj Abbas fut affaibli par un glaucome qui le priva progressivement de la vue. Cependant, sa lucidité spirituelle resta intacte et, peu avant sa mort, il rédigea un testament spirituel qui rappelait les principes de la voie basés sur la sunna et qui confirmait le rôle éminent à venir de Sidi Hamza ainsi que le développement futur de la voie Qâdiriya Boudchichiya à une échelle internationale. Il repose dans le cimetière de la zaouïa de Madagh auprès de son maître et auprès de son père.

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